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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407681

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407681

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Douard, de la Selarl Peneau et Douard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 13 décembre 2024, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas établi que la décision litigieuse aurait été précédée d'un entretien de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 522-3 du même code ;

- la seule circonstance qu'il ne s'est pas rendu à deux reprises au commissariat de police de Saint-Brieuc constitue un fait isolé insusceptible de justifier le retrait du bénéfice des conditions matérielles du droit d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2025, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive UE n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vennéguès, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. Vennéguès a été entendu au cours de l'audience publique du 3 janvier 2025.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gambien née le 4 avril 1996 à Jarra Soma (Gambie), est entré irrégulièrement en France le 31 juillet 2024. Il a présenté une demande d'asile le 12 août 2024 auprès de la préfecture de police de Paris. Par arrêté du 21 octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son transfert aux autorités allemandes. Par arrêté du même jour, l'autorité préfectorale l'a assigné à résidence à Saint-Brieuc avec une obligation de se présenter au commissariat de police de cette ville deux fois par semaine. Le 13 décembre 2024, au motif que l'intéressé n'avait pas respecté l'obligation de présentation assortissant l'assignation à résidence, la directrice territoriale de l'OFII à Rennes a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait depuis le 16 août 2024. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Selon l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ".

4. En l'espèce, par lettre recommandée du 19 novembre 2024 avec demande d'avis de réception, l'OFII a informé M. A de son intention de mettre un terme aux conditions matérielles d'accueil. Cette notification d'intention mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précédemment citées au point 3 ainsi que la circonstance qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités charges de l'asile en s'abstenant de se présenter à celles-ci. Elle informe en outre l'intéressé qu'il dispose d'un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations, ce qu'il a pu faire utilement par courrier du 19 novembre 2024 en indiquant qu'il n'avait pas compris clairement l'obligation de pointage au commissariat de police qui lui était faite et qu'il s'y était finalement plié à compter du 4 ou du 5 novembre 2024 après avoir reçu les explications d'une travailleuse sociale. Par la décision attaquée du 13 décembre 2024, au vu de ces explications, la directrice de l'OFFII à Rennes a considéré que le non-respect par M. A de son obligation de se présenter au commissariat de police de Saint-Brieuc justifiait la cessation totale du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de ses besoins comme de sa situation personnelle et familiale.

5. Il en résulte que, d'une part, M. A a été clairement informé des raisons pour lesquelles le retrait des conditions matérielles d'accueil était envisagé et mis à même de présenter ses observations et, d'autre part, que la directrice de l'OFII à Rennes a suffisamment motivé sa décision en droit comme en fait au regard des dispositions citées au point 3 des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant notamment en compte la situation personnelle et familiale du requérant, et, partant, son éventuelle vulnérabilité, dont le requérant n'établit au demeurant aucunement la réalité.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

7. Ces dispositions font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision portant retrait du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil.

8. L'OFII justifie que le requérant a bénéficié le 12 août 2024, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, lequel n'a d'ailleurs fait ressortir aucun élément de nature à caractériser une telle situation.

9. Le moyen consistant à soutenir qu'il n'est pas établi que le requérant aurait bénéficié d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité préalablement à la décision attaquée n'est donc pas fondé.

10. En dernier lieu, il est établi et n'est d'ailleurs pas contesté par M. A qu'il ne s'est pas présenté au commissariat de police de Saint-Brieuc avant le 4 ou le 5 novembre 2024 alors d'une part que l'obligation de s'y présenter deux fois par semaine le lundi et le jeudi, objet de l'article 2 de l'arrêté préfectoral du 21 octobre 2024 l'assignant à résidence, lui avait été notifiée le 23 octobre 2024 après lecture faite par une interprète en langue anglaise qu'il comprend et, d'autre part, qu'il avait précédemment déclaré qu'il refusait d'être transféré vers l'Allemagne.

11. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précédemment citées au point 3 des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D É C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

P. Vennéguès La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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