lundi 13 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | MAZOUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, enregistrée le 26 décembre 2024, M. C B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Bonniec, premier conseiller, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. le Bonniec ;
- les observations de Me Mazouin, avocate commise d'office, représentant M. B, assisté d'une interprète, qui soutient que l'arrêté mentionne à tort que l'intéressé n'a pas entrepris de démarches de régularisation alors que le compte-rendu d'audition fait état d'une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade, qu'il en résulte un défaut d'examen en ce que le préfet était tenu de tenir compte de sa demande d'admission au séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation, qu'en cas de retour en Géorgie, M. B s'exposerait à des dangers et une privation de liberté en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations de M. A, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui fait valoir qu'en l'absence de preuve d'une demande d'admission sur le fondement de l'article L. 425-9 précité, il convient d'en tirer la conclusion que cette demande, à la supposer établie, aurait été suivie d'une décision implicite de rejet dans un délai de quatre mois, qui réfute le défaut de motivation, qui soutient que l'intéressé n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier des traitements requis par sa santé en Géorgie, que l'identité du requérant est fluctuante, que les craintes exposées en cas de retour dans son pays d'origine n'ont pas lieu d'être puisqu'en exécution d'un mandat d'arrêt européen émis par les autorités autrichiennes, il sera remis à ces dernières à sa sortie de prison.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, né en 1981, est entré en France en 2014, selon ses déclarations. Par une décision du 19 juin 2020, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile. L'intéressé est également connu sous plusieurs identités, et a reconnu avoir déposé plusieurs demandes d'asile. Par ailleurs, les autorités autrichiennes ont émis le 24 septembre 2024 un mandat d'arrêt européen à son encontre. Par un arrêté du 20 décembre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-1 du code précité : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
3. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français vise ou cite les dispositions de droit sur lesquelles il est fondé, notamment les 4° et 5° de l'article L. 611-1 et les 1° et 3° des articles L. 612-2, L. 612-6, L. 612-10, L. 613-1, L. 613-4, L. 613-5, L. 721-3, L. 721-4, L. 722-3, L. 722-7, L. 824-9 et L. 824-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, ainsi que les éléments de fait, notamment la situation administrative et personnelle de l'intéressé, son entrée irrégulière sur le territoire, son historique de demande d'asile rejetée, qui l'a privé de son droit de se maintenir sur le territoire. Le préfet indique également que l'intéressé présente une menace pour l'ordre public, en ce qu'il a été incarcéré le 9 août 2024 après avoir été condamné le 15 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Nantes pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique à trois mois d'emprisonnement, puis le 13 novembre 2020 par le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire pour des faits de vols en récidive, puis le 14 décembre 2020 par le tribunal correctionnel de Nantes pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, justifiant son éloignement sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il se maintient sans droit au séjour, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il ne justifie pas avoir entamé des démarches en vue de la régularisation de son droit au séjour depuis le rejet de sa demande d'asile, que le risque de soustraction à son obligation de quitter le territoire est avéré. Il examine également la situation personnelle et familiale de M. B, notamment qu'il se déclare marié et père de trois enfants vivant en Turquie, qu'il ne démontre pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine, et que dans sa situation la mesure contestée ne porte pas une atteinte grave ou disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne enfin que M. B n'établit pas encourir de risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine la Géorgie, et qu'il n'établit pas y être exposé à des peines ou des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays.
4. Si, à l'audience, l'avocate du requérant fait valoir que le préfet n'a pas mentionné dans l'arrêté litigieux une demande de séjour en tant qu'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'intéressé lui aurait adressé en juillet, d'après ses déclarations lors de son audition du 17 décembre 2024, il ne ressort pas des pièces versées au dossier qu'une telle demande aurait été enregistrée comme étant complète et aurait donné lieu à la délivrance d'un récépissé en application des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que l'intéressé ne verse pas à l'instance d'accusé de réception des services postaux ou électronique d'une telle demande. En outre, s'agissant de son état de santé, il ne verse à la procédure aucune constatation médicale de nature à étayer ses allégations, et n'établit pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En tout état de cause, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative oblige à quitter le territoire français un étranger qui, étant en situation irrégulière à la date de cette demande, se trouve notamment dans l'un des cas mentionnés au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et représente une menace actuelle pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté contesté doit être écarté.
5. Pour les mêmes motifs que développés aux points précédents, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté litigieux doit également être écarté.
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
7. Si M. B soutient qu'il serait exposé à des menaces le visant personnellement en cas de retour dans son pays d'origine, en raison de la circonstance qu'il serait recherché par les autorités géorgiennes et qu'il encourrait une peine d'emprisonnement, il ne produit toutefois aucun élément probant et circonstancié à l'appui de ses allégations, alors qu'au demeurant le préfet fait valoir que l'intéressé est visé par un mandat d'arrêt émis par les autorités autrichiennes, et qu'il sera donc remis à ces autorités à sa sortie de prison. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
J. Le BonniecLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026