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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500054

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500054

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2025, M. C A, représenté par Me Béguin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enregistrer sa demande de titre de séjour, d'initier son instruction et de lui délivrer un récépissé ou, à titre subsidiaire, de lui ouvrir les accès permettant le dépôt de sa demande par l'application ANEF, en toute hypothèse dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il a vainement tenté de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son espace ANEF ne lui permet de déposer une demande qu'en qualité de mineur ou de conjoint de français ou ressortissant communautaire ; il s'est rendu au point d'accueil numérique qui n'a pas réussi à débloquer son compte ; il a transmis sa demande à la préfecture des Côtes-d'Armor par courrier recommandé avec accusé de réception, reçu le 9 juillet 2024, ainsi que par courriel, la veille ;

- il a sollicité la communication des motifs de la décision portant refus implicite d'enregistrement et de mise à l'instruction de son dossier, par courrier du 18 novembre 2024 ;

- il a été informé, par courriel du 25 novembre 2024, de ce qu'il avait fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 8 février 2024, portant retrait de son attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français, notifié à son ancienne adresse ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : il est empêché, depuis un délai anormalement long et malgré ses multiples relances, de faire enregistrer sa demande de titre de séjour ; il est par suite empêché de travailler et de subvenir aux besoins de sa famille ; il est également empêché de bénéficier de la prise en charge médicale que son état psychiatrique nécessite ;

- les mesures sollicitées sont utiles ; elles sont les seules permettant que son dossier soit instruit et que sa situation administrative soit régularisée ; elles ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, dès lors que sa demande de titre de séjour n'est, précisément, pas instruite et n'a donné lieu à aucune décision de refus.

Le préfet des Côtes-d'Armor, régulièrement informé de la requête, n'a pas produit d'observations écrites en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle et présente des conclusions au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a par suite lieu de l'admettre provisoirement à son bénéfice.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2.

4. D'autre part, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. M. A, ressortissant ivoirien né le 24 décembre 1993, est entré en France le 17 novembre 2020. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 mai 2023. Il a sollicité, en parallèle, son admission au séjour pour raisons de santé puis a tenté de déposer une demande de titre de séjour mention vie privée et familiale par la plateforme ANEF, considération prise de sa relation et de son PACS conclu avec une compatriote, à laquelle le statut de réfugiée a été reconnu. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas été en mesure de déposer cette demande par la plateforme dédiée, aucun des modules proposés ne correspondant à sa situation, que le point d'accès numérique n'est pas parvenu à débloquer son compte et que l'intéressé n'a pas davantage obtenu de rendez-vous auprès de la préfecture des Côtes-d'Armor pour finaliser l'enregistrement de sa demande, transmise par courrier recommandé le 8 juillet 2024, malgré de multiples relances.

6. Eu égard à l'absence, établie par M. A, de possibilité de faire enregistrer sa demande de titre de séjour pendant plusieurs mois et dans un délai raisonnable, ayant pour effet de faire obstacle à tout examen et instruction de son dossier, alors qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, la mesure sollicitée revêt un caractère urgent.

7. Cette mesure présente également un caractère utile en l'absence d'autres voies permettant à l'intéressé de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour en vue de son instruction par les services préfectoraux compétents.

8. La demande de M. A ne se heurte enfin à aucune contestation sérieuse, dès lors que la seule circonstance qu'il soit en situation irrégulière et sous le coup d'une mesure d'éloignement en cours de validité ne fait pas obstacle à ce qu'il sollicite son admission au séjour, l'autorité administrative devant, dans cette hypothèse, lui permettre de voir son cas examiné dans un délai raisonnable, l'enregistrement d'une demande ne préjugeant aucunement des suites qui lui seront données à l'issue de son instruction.

9. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en enjoignant au préfet des Côtes-d'Armor de communiquer à M. A, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous qui devra avoir lieu dans un délai maximal de quatre semaines suivant cette communication ou de prendre, dans le délai de quinze jours à compter de cette notification, toutes mesures permettant de débloquer l'accès de l'intéressé à la plateforme ANEF. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. La délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour restant subordonnée au caractère complet du dossier déposé, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de remettre à M. A un récépissé de demande de titre de séjour ne peuvent, en revanche, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre des frais d'instance, à verser à Me Béguin, avocate de M. A, dans les conditions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de communiquer à M. A, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous qui devra avoir lieu dans un délai maximal de quatre semaines suivant cette communication, ou de prendre, dans le délai de quinze jours à compter de cette même notification, toutes mesures permettant de débloquer l'accès de l'intéressé à la plateforme ANEF.

Article 3 : l'État versera une somme de 800 euros au titre des frais d'instance à Me Béguin, avocate de M. A, dans les conditions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Béguin et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Côtes-d'Armor.

Fait à Rennes, le 11 février 2025.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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