mercredi 22 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2500094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | VERVENNE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2025 sous le n° 2500094, M. E G, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2025 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur de procédure du fait de la saisine du secrétaire général de la préfecture ;
- il est dépourvu de base légale du fait de l'abrogation implicite de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il est dépourvu de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la définition des modalités de l'assignation.
II. Par une ordonnance du 9 janvier 2025, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. G.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 28 et 31 décembre 2024, 3, 10 et 15 janvier 2025 sous le n° 2500107, M. E G, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans un délai de 15 jours une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail le temps de cet examen et de procéder à l'effacement du signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu son droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à être entendu ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de mention du pays de renvoi ;
- la décision d'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 et 15 janvier 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les observations de Me Vervenne, substitué par Me Berthaut, représentant M. G, qui reprend ses écritures en soulignant le défaut d'examen suffisant de sa situation,
- les observations de M. H, représentant le préfet du Finistère.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. M. G justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans les deux instances.
Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
2. M. G, de nationalité marocaine, est entré irrégulièrement en France en 2019 selon ses déclarations et a bénéficié de l'aide sociale à l'enfance. Il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 27 octobre 2023. Par ailleurs, l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de violence et de viol à l'égard d'un mineur. Constatant que l'intéressé s'était vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et qu'il représentait une menace pour l'ordre public, le préfet du Finistère pouvait légalement prendre, par décision du 27 décembre 2024 et sur le fondement des 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de M. G.
3. Le préfet du Finistère a donné délégation, selon arrêté du 5 septembre 2024, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme A D, chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. L'arrêté vise ou cite notamment les 3° et 5° de l'article L. 611-1 et les articles, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment le refus de titre de séjour dont il a fait l'objet et la menace pour l'ordre public qu'il représente. Le préfet indique que l'intéressé présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement du fait de son maintien en situation irrégulière après un refus de titre de séjour, de son refus de regagner son pays d'origine et de l'absence de garantie de représentation justifiant l'absence de délai de départ. Il indique également le caractère récent de son séjour, l'absence de lien avec la France, l'absence de précédente obligation de quitter le territoire français, la menace à l'ordre public qu'il représente et l'absence de circonstances humanitaires. Le préfet mentionne enfin que M. G n'établit pas encourir de risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté, dans son ensemble, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. G, durant sa garde à vue le 27 décembre 2024, a été interrogé sur sa situation administrative et sur la perspective de l'intervention d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. À cette occasion, il a pu préciser à l'administration les éléments de sa situation, de sa vie familiale et de ses attaches dans son pays d'origine avant que ne soit prise la décision d'éloignement attaquée. Le droit de l'intéressé d'être entendu a donc été respecté. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit, consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
6. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. G au regard des seuls éléments qu'il a souhaité communiquer à l'administration et des éléments pénaux dont il disposait alors. Enfin, l'intéressé ne peut se prévaloir utilement d'une demande de titre de séjour incomplète pour soutenir que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation en l'absence de mention d'une telle demande.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. G est entré en France en 2019 et a bénéficié de l'aide sociale à l'enfance. Il est célibataire et sans attaches particulières en France et dispose de fortes attaches dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a résidé l'essentiel de sa vie. Dans ces conditions, même s'il dispose d'une certaine ancienneté de présence, le préfet du Finistère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. G, même s'il a pu bénéficier de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance puis d'un contrat jeune majeur, ne travaille plus depuis plusieurs mois à la suite du refus de titre de séjour. Il ne dispose ni de revenus ni d'un logement. Dans ces conditions et pour les motifs ci-dessus retenus, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G ait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'était pas tenu de procéder à l'examen de sa situation sur ce point. L'intéressé ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de cet article pour contester l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.
11. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
12. Il résulte de la lecture même de l'arrêté que le préfet a pris en compte la durée de la présence en France de M. G et la nature de ses liens avec la France et a examiné la situation de l'intéressé en notant les seuls éléments qu'il a bien voulu lui communiquer durant son audition ainsi que le refus de titre de séjour dont il a fait l'objet. Il a donc examiné, contrairement à ce que soutient M. G, son droit au séjour et si cette situation pouvait être regardée comme des considérations humanitaires. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
13. Par ailleurs, si M. G ne conteste pas expressément le fondement retenu par le préfet tenant à la menace pour l'ordre public, il communique des pièces sur ce point et doit être regardé comme soutenant que ce motif ne pouvait être retenu sauf à méconnaître l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, () () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que, le même jour mais postérieurement à la notification de l'obligation de quitter le territoire français, l'enquête de police diligentée après la levée de la garde à vue, n'a pas confirmé les faits de violence et de viol sur mineur de quinze ans qui ne peuvent être retenus contre M. G. L'intéressé est donc fondé à soutenir que le préfet ne pouvait retenir ce comportement et la menace à l'ordre public en résultant. Toutefois, le préfet a également retenu le maintien sur le territoire plus d'un mois après le refus de titre de séjour qui lui a été notifié le 4 novembre 2023. Il pouvait se fonder sur ce seul motif pour prendre la même décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
15. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision de refus de délai de départ devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
18. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. G ne représente pas une menace pour l'ordre public. Le préfet ne pouvait donc fonder le refus de délai de départ volontaire sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet du Finistère a également retenu le risque de soustraction à la mesure d'éloignement prévu au 3° du même article. Il ressort des pièces du dossier que M. G s'est maintenu plus d'un mois après avoir fait l'objet d'un refus de titre de séjour, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français lors de son audition et ne dispose ni d'un passeport ni d'un logement stable. Il se trouvait donc, même s'il allègue sans bénéficier d'un hébergement chez un ami et avoir des difficultés avec l'état civil de son pays, dans la situation de l'étranger qui pouvait être regardé comme présentant un risque de soustraction à la mesure d'éloignement au regard des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet, s'il n'avait retenu que ces motifs, aurait pris la même décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
19. Il ressort des pièces du dossier que M. G ne dispose pas d'un passeport valide et s'est déclaré marocain. Le préfet a mentionné que l'intéressé serait renvoyé dans le pays dont il a la nationalité. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de mention du pays de renvoi doit donc être écarté.
20. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".
22. M. G n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction de retour. Il dispose d'une certaine ancienneté de séjour mais n'établit pas l'existence de liens particuliers en France. Il n'a pas déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français mais un refus de titre de séjour a été pris à son encontre. Par ailleurs, ainsi qu'il vient d'être dit, M. G ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la durée de cette interdiction de retour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :
23. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
24. Par un arrêté du 29 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à Mme B C, directrice de cabinet du préfet et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, durant les permanences du corps préfectoral, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
25. Le préfet étant assisté dans l'exercice de ses fonctions par le secrétaire général, conformément aux dispositions du décret du 29 avril 2004 modifié relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements, la circonstance que l'arrêté ait été pris sur proposition du secrétaire général ne peut révéler un vice de procédure.
26. Les seules circonstances que le juge des libertés ait mis fin à la garde à vue et à la rétention de M. G et que le tribunal administratif de Rouen ait radié de son rôle le jugement de la requête présentée à l'encontre du refus de titre de séjour n'ont pas eu pour effet d'abroger implicitement l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré d'un défaut de base légale doit être écarté.
27. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué soit motivé par la menace à l'ordre public. Dès lors, M. G ne peut utilement se prévaloir de l'absence de cette menace pour contester l'assignation à résidence.
28. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ".
29. M. G qui est célibataire et ne travaille pas, ne fait état d'aucune difficulté à se présenter aux services de police tous les jours entre dix heures et douze heures sauf les samedis, dimanche et jours fériés, la circonstance que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public ne faisant pas obstacle à ce que le préfet fixe de telles modalités pour cette obligation de présentation. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans la définition des modalités de l'assignation doit être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède que M. G est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il prévoit une interdiction du retour d'une durée de trois ans et que le surplus de la requête 2500107 est rejeté. Il résulte également de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 janvier 2025 portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
31. Le présent jugement qui annule la seule interdiction de retour et rejette le surplus de la requête n° 2500107 implique seulement que le préfet procède à l'effacement du signalement de M. G dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre le préfet du Finistère d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
32. M. G a été admis de façon provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vervenne, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vervenne de la somme de 1 200 euros dans la requête n° 2500107.
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. G présentées sur ce fondement dans la requête n° 2500094.
D É C I D E :
Article 1er : M. G est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête n° 2500094 de M. G est rejetée.
Article 3 : L'arrêté du 27 décembre 2024 du préfet du Finistère faisant à M. G obligation de quitter le territoire français est annulé seulement en tant qu'il lui fait interdiction de retour pour une durée de trois ans.
Article 4 : Le surplus de la requête n° 2500107 est rejeté.
Article 5 : Il est enjoint au préfet du Finistère de procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir à l'effacement du signalement de M. G dans le système d'information Schengen.
Article 6 : L'État versera à Me Vervenne la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Me Vervenne et au préfet du Finistère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
O. FLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2500094, 2500107
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026