jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2500177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CACCIAPAGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 novembre 2024 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a retiré son agrément d'assistante familiale ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Morbihan de procéder au rétablissement de son agrément d'assistante familiale, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : la décision l'empêche d'exercer toute activité professionnelle, ce qui a des conséquences psychologiques et financières, le foyer ne pouvant plus faire face à ses charges fixes ; il n'existe aucun intérêt public qui s'oppose à la suspension de la décision litigieuse ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
- elle est entachée d'incompétence à défaut pour le département de justifier que son signataire bénéficiait d'une délégation régulière ;
- elle est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle ne la met pas en mesure de connaître la totalité des faits qui lui sont reprochés ;
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière :
* elle n'a pas eu communication de son dossier administratif avant son passage devant la commission consultative paritaire départementale (CCPD), ce qui l'a privée d'une garantie substantielle ;
* il n'est pas justifié d'une information régulière des représentants élus des assistants maternels et familiaux, conformément aux dispositions de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles ;
* les droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pas été informée convenablement de la teneur des faits qui lui sont reprochés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : le département ne se fonde que sur des prétendus incidents portés à sa connaissance mais n'a pas réalisé les diligences nécessaires pour déterminer si ces éléments revêtaient un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité ; elle a su créer, pendant ses années d'exercice, un environnement favorable à l'épanouissement des enfants qui lui ont été confiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2025, le département du Morbihan, représenté par Me Collin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée : les charges dont fait état Mme B ne sont pas toutes justifiées, la requérante ne démontre pas son impossibilité d'exercer toute activité professionnelle ni son incapacité à percevoir des allocations de retour à l'emploi ; il existe un intérêt public de nature à justifier le maintien de l'exécution de la décision contestée tenant à l'intérêt supérieur des mineurs confiés ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- son signataire dispose d'une délégation régulière ;
- elle est parfaitement motivée en détaillant l'ensemble des motifs qui la fondent ; en tout état de cause, l'ensemble des faits ont été présentés en détail à Mme B dans le rapport en vue de la saisine de la CCPD ainsi que dans le cadre de la procédure de licenciement qui a précédé la procédure de retrait ;
- la procédure suivie a été régulière :
* Mme B n'a pas adressé de demande de communication de son dossier dans des conditions permettant d'y répondre en temps utile et, en tout état de cause, une éventuelle communication la veille de la tenue de la CCPD n'aurait pas pu influer de manière déterminante sa défense et l'intéressée avait déjà pu consulter son dossier dans le cadre de la procédure de licenciement, de telle sorte qu'elle n'a pas été privée d'une garantie ;
* les membres de la CCPD ont reçu l'ensemble des documents relatifs à la séance et avaient la possibilité de consulter le dossier administratif de Mme B ;
* Mme B a été en mesure de s'exprimer sur sa situation ;
- elle n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation : il a effectué toutes les diligences nécessaires pour établir les faits reprochés à Mme B ; il est reproché à Mme B une alcoolisation excessive du couple, notamment de son mari mais également une absence d'observation, d'écoute et de prise en compte des besoins particuliers du mineur ou du jeune majeur accueilli, un défaut de surveillance, des paroles inadaptées à l'attention des jeunes accueillis démontrant une incapacité à poser un cadre éducatif cohérent, structurant et adapté, des gestes inadaptés de son époux envers les enfants accueillis, un positionnement professionnel inadapté dans l'accompagnement des jeunes et dans la recherche insistante de contact avec les jeunes qui lui ont été retirés, une détérioration des affaires personnelles d'une jeune confiée, une attitude également inadaptée de son fils envers une jeune accueillie, une organisation au quotidien inadaptée à l'accompagnement nécessaire du mineur ou du jeune accueilli dans ses déplacements, une incapacité à la remise en question ainsi qu'une inaptitude à la communication avec les services départementaux.
Vu :
- la requête au fond n° 2500176.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 janvier 2025 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Jeanmougin, substituant Me Cacciapaglia, représentant Mme B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que la décision en litige a pour effet d'empêcher la requérante de travailler et que, même si les revenus du couple restent élevés, il existe de ce seul fait une urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse en dehors de toute considération financière, qu'il n'existe aucun intérêt public qui s'oppose à la suspension dès lors que le département peut simplement décider de ne plus lui confier d'enfant, insiste sur la méconnaissance du droit de Mme B à obtenir la communication de son dossier et sur la méconnaissance du principe général des droits de la défense, fait valoir à cet égard que la requérante a bien demandé la communication de son dossier dans un délai raisonnable puisque le département disposait d'un jour ouvré pour le fournir, que le département ne peut se retrancher derrière le fait qu'elle aurait eu communication de certaines pièces qu'il qualifie de centrales de son dossier lors de son licenciement, l'appréciation sur la nécessité d'obtenir d'autres pièces lui appartenant ;
- les observations de Me Collin, représentant le département du Morbihan, qui reprend les même termes que les écritures qu'elle développe, rappelle la chronologie des faits qui ont conduit au signalement du comportement de Mme B, insiste sur l'absence d'urgence financière et sur le fait que l'intérêt public s'oppose à la suspension de l'exécution de la décision litigieuse dès lors que l'agrément garantit que le professionnel assure la sécurité et l'épanouissement des jeunes accueillis et que de ce fait Mme B pourrait trouver un autre employeur, souligne que la demande de communication de son dossier par Mme B n'a pas été tracée car elle a été faite par mail et qu'en tout état de cause, elle avait déjà eu connaissance des pièces qui ont été communiquées au parquet et avait en sa possession les pièces principales de ce dossier, dont elle avait pris connaissance dans le cadre de la procédure de licenciement, fait valoir que les attestations produites ne sont pas de nature à remettre en cause les griefs à l'origine de son retrait d'agrément, que Mme B n'a pas toujours connu des difficultés dans l'exercice de sa profession mais que le problème consiste dans les dérives constatées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a obtenu, le 25 janvier 2000, un agrément pour exercer les fonctions d'assistante familiale délivré par le département du Morbihan pour l'accueil de deux enfants à titre permanent à son domicile et a été recruté par le département à compter du 10 février 2000. Cet agrément a été étendu le 22 octobre 2019 pour permettre l'accueil de trois enfants. À la suite de signalements remontés par les jeunes accueillis en juillet 2024, le président du conseil départemental du Morbihan a prononcé, le 12 juillet 2024, la suspension de son agrément pour une durée de quatre mois. Par une décision du 24 août 2024, il a prononcé son licenciement pour faute grave à compter du 6 septembre 2024. Par une décision du 12 novembre 2024, il a retiré son agrément d'assistante familiale. Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 12 novembre 2024 lui retirant son agrément.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
3. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait () ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales () / Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été informée, par un courrier du 27 septembre 2024 de la réunion, prévue le 15 octobre suivant de la commission consultative paritaire départementale appelée à émettre un avis sur sa situation et de la possibilité de consulter son dossier administratif sur rendez-vous ou d'en demander par écrit la communication. Il est constant que Mme B a demandé, par l'intermédiaire de son conseil, la communication de son dossier par mail le vendredi 11 octobre 2024 à 19h27, puis, en l'absence de réponse, par un mail du lundi 14 octobre 2024 à 22 h 03, dont le département n'a pris connaissance que le 15 octobre au matin, si bien qu'aucune communication ne lui a été faite dans ce cadre.
5. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
6. En l'espèce, il est constant que Mme B avait déjà été mise à même de consulter l'ensemble de son dossier administratif dans le cadre de la procédure de licenciement dont elle a fait l'objet et a pu avoir copie à sa demande de seize documents en lien avec les griefs retenus à son encontre, notamment issus du sous-dossier " pratiques professionnelles " et " courriers divers ", dont la transmission au Parquet et les notes de situation des jeunes accueillis. Ces documents contenaient toutes les données utiles lui permettant de comprendre les motifs de la procédure engagée par le département et de présenter utilement des observations devant la commission, ce qu'elle a d'ailleurs fait. Par suite, l'absence de nouvelle communication de son dossier administratif à Mme B n'apparaît pas avoir été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise et n'a pas privé la requérante d'une garantie.
7. Il résulte par ailleurs des termes mêmes de l'avis de la commission, devant laquelle Mme B a été représentée par un conseil, que la commission a été régulièrement informée de sa situation et a pu utilement débattre de tous les points litigieux, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que les membres de la commission n'auraient pas été en mesure d'accéder au dossier de l'intéressée.
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie, pris en toutes ses branches, n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
9. Aucun des autres moyens invoqués et analysés ci-dessus n'est davantage de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
10. L'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'étant pas remplie, les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision en litige ne peuvent, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Morbihan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le département du Morbihan présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département du Morbihan présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au département du Morbihan.
Fait à Rennes, le 6 février 2025.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026