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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500215

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500215

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHAMRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 28 janvier 2025, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 octobre 2024 par laquelle le maire de la commune de Plouay s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Cellnex France Infrastructures en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieudit Kermignan Est ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Plouay d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Plouay la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile de la société Bouygues Télécom et des engagements que cette société a pris en terme de taux de couverture au moyen de ses propres installations vis-à-vis de l'État ; en outre, la partie de territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par ses propres réseaux, ainsi qu'il résulte des cartes de couverture qu'elles produisent, et le site projeté doit également permettre de décharger substantiellement le site saturé, les stations relais étant de plus en plus sollicitées pour assurer le transfert de données liées à la vidéo, aux réseaux sociaux et à la navigation internet ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme sur laquelle elle se fonde n'est pas applicable aux pylônes et antennes conformément à l'article 8 de ses dispositions générales ;

- en tout état de cause, le motif tiré de la mauvaise insertion du projet dans son environnement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation : si le secteur retenu pour l'implantation du projet n'est pas dénué de tout intérêt, il ne présente aucune caractéristique esthétique ou architecturale à laquelle une station relais du type de celle qui est ici en cause, pourrait porter atteinte ; le pylône, de type treillis, s'il s'implante dans le site inscrit des rives du Scorff, sera partiellement masqué par la végétation existante et aura une emprise au sol très limitée et d'ailleurs l'architecte des bâtiments de France a donné un avis favorable au projet ; s'agissant de la visibilité, les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve des droits des tiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, la commune de Plouay, représentée par la Selarl Cabinet Coudray Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des sociétés Cellnex France Infrastructures et Bouygues Télécom la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : la couverture du territoire communal, et plus particulièrement du lieudit d'implantation du projet, est considérée comme excellente par l'ARCEP en 4G/4G+ et très bonne à bonne en voix/sms ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et, en tout état de cause, il n'est pas fondé ;

- les dispositions de l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme sont opposables, l'article 8 des dispositions générales étant d'application supplétive, et elles prévoient que les projets d'installations d'intérêt général ne peuvent être admis qu'à la condition qu'ils s'insèrent dans leur environnement, condition qui résulte également du I de l'article A 2 du règlement ;

- le projet ne s'insère pas dans son environnement : le secteur présente une forte valeur, le site d'implantation est situé au sein du site inscrit des Rives du Scorff, au sein de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) du Scorff/Forêt de Pont-Calleck et la parcelle d'assiette accueille à proximité une haie remarquable identifiée comme élément de paysage à protéger et mettre en valeur ; l'installation projetée a des dimensions particulièrement imposantes et sera visible, compte tenu de l'absence de relief, depuis les habitations du hameau situé à moins de 400 mètres ;

- à titre subsidiaire, un autre motif justifiait la décision d'opposition tiré de la méconnaissance des dispositions du I de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme faute pour le projet de présenter une bonne insertion dans l'environnement.

Vu :

- la requête au fond n°2407061 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Hamri, représentant les sociétés Bouygues Télécom et Phoenix France Infrastructures, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que les cartes de l'ARCEP n'ont qu'un caractère illustratif et que les cartes des opérateurs sont plus précises, sur le fait que le choix d'implantation est satisfaisant même s'il n'est pas dépourvu de tout impact, que le paysage est essentiellement agricole ;

- les observations de Me Souleau, représentant la commune de Plouay, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur l'excellente couverture du territoire de la commune par le réseau de la société Bouygues Télécom, fait valoir que le règlement local d'urbanisme comporte deux dispositions particulières relatives à l'insertion dans l'environnement d'un projet en zone A, à savoir l'article A2 et l'article A 11, souligne que le projet, notamment en raison de sa grande hauteur, altère la qualité des lieux, paysage à dominante rurale dénué de tout relief.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cellnex France Infrastructures a déposé le 6 septembre 2024, pour le compte de la société Bouygues Télécom, en mairie de Plouay, un dossier de déclaration préalable pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieudit " Kermignan Est ", parcelle cadastrée section XL n° 17, à laquelle le maire de la commune s'est opposé, par arrêté du 24 octobre 2024. Les sociétés Cellnex France Infrastructures et Bouygues Télécom demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la société Bouygues Télécom qui a pris des engagements vis-à-vis de l'État quant à la couverture du territoire par son propre réseau, et à la circonstance qu'il résulte de l'instruction, en particulier des cartes produites au dossier par les sociétés requérantes, qui sont plus précises que celles du site de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ACERP), qu'il existe des trous de couverture par le réseau de téléphonie mobile de la société Bouygues Télécom dans la partie du territoire de la commune de Plouay sur laquelle la station relais doit être implantée, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :

5. Aux termes de l'article 8 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " Sauf dispositions particulières exprimées dans les différents articles des règlements de zones, il n'est pas fixé de règles spécifiques en matière d'implantation, de coefficient d'emprise au sol, de hauteur, d'aspect extérieur, de stationnement et de coefficient d'occupation des sols pour la réalisation : / () - et de certains ouvrages exceptionnels tels que : clochers, mats, pylônes, antennes, silos, éoliennes/ dans la mesure où ils ne sont pas interdits dans les articles 1ers des différents règlements de zones ". L'article A 11 du règlement de ce même plan local d'urbanisme, qui régit l'aspect extérieur des constructions, n'impose aucune règle particulière aux ouvrages mentionnés à l'article 8 précité. Dès lors, en application des dispositions de ce dernier article, il n'est pas fixé de dispositions spécifiques pour l'implantation et l'aspect extérieur de ces ouvrages en zone A.

6. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de Plouay a commis une erreur de droit en appliquant au projet des sociétés requérantes les dispositions de l'article A 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune est propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à justifier la suspension de l'exécution de la décision en litige.

8. Pour établir que la décision d'opposition litigieuse était légale, la commune de Plouay demande à ce qu'il soit procédé à une substitution de motifs en faisant valoir que le projet méconnaît l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme aux termes duquel, en secteurs Aa et Ab " les constructions, installations, équipements d'intérêt collectif et ouvrages spécifiques qui ont pour objet la satisfaction de besoins d'intérêt général sont autorisés sous réserve d'une bonne insertion dans l'environnement ".

9. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies figurant dans le dossier de déclaration préalable, que le projet en litige est implanté dans un secteur à dominante agricole et très faiblement bâti. Si le projet se situe dans le périmètre du site inscrit des " Rives du Scorff " et au sein de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique du Scorff/ Forêt de Pont-Calleck, il ne ressort pas des pièces du dossier que la station relais de téléphonie mobile, comportant notamment un pylône d'une hauteur de 42,25 mètres dont la conception en treillis permet d'en limiter l'impact visuel, serait, au regard de ses caractéristiques et du choix d'implantation retenu par la société pétitionnaire, de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux et paysages avoisinants. Par suite, la demande de substitution de motifs ne peut être accueillie.

11. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. La présente ordonnance, qui suspend l'exécution de la décision du maire de la commune de Plouay du 24 octobre 2024 portant opposition à la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France Infrastructures implique nécessairement que soit reprise l'instruction de cette demande, en tenant compte des motifs de la présente ordonnance. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de la commune de Plouay de procéder à une nouvelle instruction de cette déclaration préalable et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Plouay doivent, dès lors, être rejetées.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Plouay le versement aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France Infrastructures de la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 24 octobre 2024 par laquelle le maire de la commune de Plouay s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Cellnex France Infrastructures en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieudit Kermignan Est est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Plouay de procéder à un nouvel examen de la déclaration préalable déposée par la société Cellnex France Infrastructures et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Plouay versera aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France Infrastructures une somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom, première dénommée pour l'ensemble des sociétés requérantes en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Plouay.

Fait à Rennes, le 30 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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