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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500304

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500304

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCOSNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 28 janvier 2025, M. B A, placé en rétention administrative au centre de rétention de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représentés par Me Berthaut, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, opposées par un arrêté du préfet du Finistère pris le 17 janvier 2025 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui accorder, dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir, un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocat, moyennant renonciation par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence, d'insuffisance de motivation, d'un défaut examen sérieux et particulier, d'un vice de procédure au regard du principe du contradictoire, d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit ;

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

* en invoquant un motif tiré de la menace à l'ordre public que représenterait sa présence en France, le préfet du Finistère a entaché la décision d'un vice de procédure, d'un défaut d'examen, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation : il a méconnu les articles L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, R. 40-29 du code de procédure pénale et 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 en se fondant sur des éléments issus de la consultation du " traitement des antécédents judiciaires ", sans justifier de la régularité d'une telle consultation et sans complément d'information auprès des services d'enquête et du procureur de la République quant aux suites judiciaires ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 613-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet lui a opposé une condition d'exclusivité des liens familiaux en France ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant du refus de délai de départ volontaire :

* la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

* elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de la menace à l'ordre public invoquée ;

- s'agissant de la fixation du pays de renvoi :

* la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

* elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

* la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

* elle est entachée d'un vice de procédure au regard du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

* elle est entachée d'erreur de droit ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment au regard de la menace à l'ordre public invoquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet des conclusions présentées par M. A.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel le préfet du Finistère a placé M. A en rétention administrative ;

- l'ordonnance du 22 janvier 2025 par laquelle le conseiller délégué à la cour d'appel de Rennes a infirmé l'ordonnance rendue le 21 janvier 2025 par la vice-présidente du tribunal judiciaire de Rennes en charge des rétentions administratives et a prolongé la rétention de M. A pour un délai maximum de vingt-six jours ;

- l'arrêté du 21 janvier 2025 par lequel le préfet du Finistère a assigné M. A à résidence pour une durée de 45 jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouju, premier conseiller, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2025 à partir de 10 h :

- le rapport de M. Bouju ;

- les observations de Me Berthaut, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que précédemment, qui déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et maintient les autres moyens qu'il développe en insistant notamment sur l'absence d'éléments apportés par le préfet quant aux suites judiciaires réservées aux procédures qu'il évoque au titre de la menace pour l'ordre public qui n'apparait pas caractérisée, sur la situation des membres de sa famille, sur ses efforts d'insertion malgré les difficultés rencontrées et sur sa vulnérabilité en cas de retour dans son pays ;

- les observations de M. A ;

- et les observations de Mme C, représentant le préfet du Finistère, qui insiste notamment sur le motif qui fonde de l'obligation de quitter le territoire français au regard du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la menace à l'ordre public que représente la présence en France du requérant.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 13 janvier 2006, est entré en France le 12 novembre 2019 avec ses deux parents et ses frères et sœurs. Par un arrêté du 17 janvier 2025, le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, M. A a introduit la présente requête tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans. Par la suite, par un arrêté du 21 janvier 2025, le préfet du Finistère l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. En premier lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué, qui cite les textes applicables et fait état d'éléments propres à la situation administrative, personnelle et familiale de M. A, que celui-ci énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder pour édicter l'obligation de quitter le territoire français litigieuse. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de M. A, notamment au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné par les services de police le 16 janvier 2025 et mis à même de présenter ses observations sur sa situation administrative. En outre, il n'établit pas avoir été empêché de porter à la connaissance de l'administration des éléments de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet du Finistère a fondé sa décision portant obligation de quitter le territoire français sur les seules dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la circonstance non contestée selon laquelle M. A, entré en France avec ses parents le 12 novembre 2019, n'a pas sollicité de titre de séjour depuis sa majorité et se maintient ainsi irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, les moyens invoqués pour critiquer le motif tiré de ce qu'il représenterait une menace pour l'ordre public, motif qui ne constitue pas le fondement de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, sont inopérants et doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet aurait opposé une condition tenant à " l'exclusivité des liens familiaux en France de M. A pour l'édiction de l'obligation de quitter le territoire " français litigieuse. Par suite, le moyen d'erreur de droit allégué doit être écarté.

9. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France à l'âge de 13 ans et 10 mois, accompagné de ses parents et de ses frères et sœurs. Depuis sa majorité, acquise le 13 janvier 2024, il n'a pas sollicité d'autorisation de séjour en France. Célibataire, sans enfant, il est hébergé avec ses parents et sa jeune sœur à Quimper. Ses parents et son frère ainé se maintiennent en situation irrégulière sur le territoire français et ont chacun fait l'objet, en 2022, d'une obligation de quitter le territoire. Les recours introduits contre ces mesures d'éloignement ont été rejetés par le tribunal administratif de Rennes (jugements du 12 août 2022 n°s 2203537, 2203354 et 2203357). S'il se prévaut de l'évolution de la situation de ce frère, qui s'est marié avec une ressortissante française le 23 août 2024, il n'a pas vocation à vivre avec celui-ci, dont la situation n'est actuellement pas régularisée, une demande de titre de séjour venant seulement d'être déposée en préfecture. Il n'a pas davantage vocation à vivre avec sa sœur aînée qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il a bénéficié d'un accompagnement par la mission locale du pays de Cornouaille et est inscrit, depuis septembre 2024, en formation de " prépa-apprentissage " auprès de Bâtiment CFA Bretagne, formation qu'il toutefois reconnu ne pas suivre assidument. Les circonstances dans lesquelles il a été interpellé, le 15 janvier 2025, en possession de produits stupéfiants et d'une arme, ses déclarations lors de son audition par le service d'enquête ainsi que la condamnation pénale à une peine d'emprisonnement prononcée à son encontre fin 2023, qui ressort des pièces qu'il a produites et de ses déclarations à l'audience, révèlent une insertion sociale particulièrement précaire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation, ni que cette mesure porterait, au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, compte-tenu de ce qui vient d'être dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

13. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui indique notamment que l'intéressé n'a apporté aucun élément permettant de considérer qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de la fixation du pays de renvoi, mentionne, de manière suffisamment précise, les motifs de droit et de fait sur lesquels son auteur a entendu fonder sa décision d'éloigner M. A à destination de tout pays dans lequel il serait admissible.

14. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de M. A avant de fixer le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. M. A invoque " sa grande vulnérabilité personnelle " résultant de son enfance difficile, de difficultés psychosociales et d'un environnement social toxique. Son argumentation ne permet pas de considérer comme établi un motif sérieux et avéré de croire qu'il serait exposé à un risque de torture, de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas d'exécution de la mesure d'éloignement.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

18. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

19. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que le préfet du Finistère a fondé son refus d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire sur la menace à l'ordre public qu'il représenterait en indiquant qu'il est " très défavorablement connu des forces de l'ordre " et en listant une série de faits relevant de qualifications pénales dans lesquels il serait impliqué. Toutefois, le préfet du Finistère, qui ne conteste pas que les faits ainsi évoqués résultent d'une consultation du système de " traitement des antécédents judiciaires ", sans préciser les conditions dans lesquelles a été effectuée cette consultation, et sans justifier avoir procédé à des vérifications complémentaires auprès des services de police ou de gendarmerie ou du procureur de la République, n'apporte aucun élément relatif aux suites judiciaires auxquelles auraient donné lieu ces faits et aux éventuelles condamnations pénales prononcées à l'encontre de M°A. Si ce dernier a pu être condamné pénalement à une peine d'emprisonnement, au moins partiellement assortie d'un sursis probatoire, prononcée le 12 décembre 2023, cela ne ressort que des pièces produites par l'intéressé lui-même et de ses déclarations à l'audience, sans que soient précisément établis la nature des faits à l'origine de cette condamnation et le quantum de la peine prononcée. En dépit de cette condamnation et des circonstances dans lesquelles M. A a été interpellé, le 15 janvier 2025, en possession de produits stupéfiants et d'une arme, sans que ne soient d'ailleurs précisées les suites réservées à l'enquête, le préfet du Finistère ne produit pas les éléments de nature à justifier, à établir et à apprécier la réalité et l'intensité de la menace à l'ordre public que représenterait le comportement de M. A. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués à son encontre, la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

21. Le préfet du Finistère a fondé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le refus d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire, et a tenu compte, pour en fixer la durée à trois ans, de la menace pour l'ordre public que représenterait sa présence en France. Compte-tenu de ce qui a été indiqué au point 18 du présent jugement et de ce que le refus de délai de départ volontaire doit être annulé, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, il y a lieu d'annuler également la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

22. Le présent jugement, en tant qu'il annule seulement la décision de refus de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

23. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 17 janvier 2025 du préfet du Finistère doit être annulé en tant seulement qu'il refuse d'accorder à M. A un délai de départ volontaire et qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans. Les autres conclusions de la requête aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doivent en revanche être rejetées, de même que les conclusions de la requête aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

24. M. A a été admis de façon provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, et sous réserve, d'autre part, que Me Berthaut, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à cet avocat de la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet du 17 janvier 2025 est annulé en tant seulement qu'il refuse d'accorder à M. A un délai de départ volontaire et qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans.

Article 3 : L'État versera à Me Berthaut la somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que soit accordée à M. A l'aide juridictionnelle à titre définitif et que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Berthaut, et au préfet du Finistère.

Rend public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025

Le magistrat désigné,

signé

D. BoujuLa greffière d'audience,

signé

E. Ramillet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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