jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2500517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | JARRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 janvier 2025 et 6 février 2025, M. C B, représenté par Me Jarry, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 20 décembre 2024 par laquelle le préfet de la région Bretagne (direction interrégionale de la mer Nord Atlantique-Manche ouest) a suspendu pour une durée de quatre mois sa licence nationale de pêche de la coquille Saint-Jacques et a confirmé la décision du 22 février 2024 par laquelle le directeur départemental adjoint de la direction départementale des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor a procédé à la saisie de 128 kg de coquilles Saint-Jacques et à leur vente au profit de l'Etat pour une somme de 239,49 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 440 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le manque à gagner du fait de la suspension de sa licence entraîne des répercutions graves sur la situation financière de sa famille dont il assure la majorité des revenus, que les salaires de l'équipage et les charges continuent à être versés durant la période de suspension et que la pêche des coquilles Saint-Jacques ne pourrait être substituée par une autre pêche qui impliquerait des sorties en mer conditionnées aux aléas climatiques alors que des tempêtes se succèdent sur le littoral Atlantique depuis fin 2024 ; s'il bénéficie d'une dérogation pour pêcher au chalut dans la zone des trois milles, il ne pratique pas cette pêche qui n'est pas rémunératrice ; il n'a commis aucune infraction grave au sens des dispositions de l'article R. 946-4 du code rural et de la pêche maritime ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors que :
* la motivation de la décision est insuffisante en droit, ne permet pas de savoir quelle infraction a été retenue pour justifier la sanction et se base sur des textes inapplicables ;
* la procédure du contrôle réalisé le 21 février 2024 est viciée dès lors qu'il n'est pas établi que le procureur de la République en a été informé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 942-4 du code rural et de la pêche maritime ;
* il a été contrôlé sans s'être vu informer de ses droits en méconnaissance des dispositions de l'article 61-1 du code de procédure pénale ;
* dans la mesure où il n'a pas signé le procès-verbal d'infraction et où aucune copie du rapport d'inspection ne lui a été transmise, la procédure suivie par les agents de contrôle lors de l'inspection a été viciée au regard des dispositions des articles 115 à 117 du règlement d'exécution UE n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 ;
* le préfet a commis une erreur de droit en le sanctionnant pour le non-respect des règles édictées par la décision n° 034/2024 du 24 février 2024 postérieure aux faits reprochés ou par la décision n° 30/2024 du 15 février 2024 non publiée et non approuvée par le préfet ; il respectait en tout état de cause le volume de pêche maximal autorisé à débarquer ;
* la sanction de suspension de quatre mois de sa licence est disproportionnée par rapport à des sanctions prononcées à l'égard d'autres armateurs, compte tenu d'un barème de sanction établi en 2013 par le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne et en l'absence d'infraction grave.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2025, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dans la mesure où la durée effective de la sanction ne sera pas de quatre mois mais de trois mois et demi en raison de la date de fermeture de la pêche de la coquille Saint-Jacques et où M. B pourra reporter son activité de pêche sur d'autres espèces à proximité des côtes durant la période de la sanction, activités qui se sont d'ailleurs avérées plus lucratives au cours des années précédentes que la pêche de la coquille Saint-Jacques ; les faits reprochés révèlent l'existence d'une intention frauduleuse et sont de nature à porter fortement atteinte aux ressources halieutiques et au renouvellement du gisement de la baie de Saint-Brieuc ;
- en ce qui concerne la condition de l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux :
* malgré le visa d'une norme inapplicable qui constitue une simple erreur de plume, l'arrêté litigieux est suffisamment motivé, tant en ce qui concerne les dispositions appliquées qu'en ce qui concerne les faits à l'origine des sanctions ;
* il n'appartenait pas aux agents de contrôle, agissant au titre d'une mission de police administrative prévue par les dispositions des articles L. 941-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, d'obtenir l'accord préalable du procureur de la République avant de réaliser leur contrôle ;
* les infractions n'ont pas été sanctionnées au titre des règles édictées par une décision postérieure aux faits mais par application des règles édictées par la décision n° 30/2024 du 15 février 2024, antérieure aux faits reprochés ; le quota de 900 kg de coquilles Saint-Jacques pêchées par jour et par navire, godaille comprise, prévu par cette décision a été dépassé par le requérant le 21 février 2024 ;
* dès lors que le requérant a commis intentionnellement deux infractions qu'il lui appartenait de punir par le biais d'une sanction à visée dissuasive afin de protéger la pérennité du gisement, que la sanction concerne une période de l'année où le marché n'est pas le plus prolifique et qu'elle ne concerne qu'une des licences détenues par le requérant, la sanction prononcée n'est pas disproportionnée.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2500516 le 27 janvier 2025 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 février 2025 :
- le rapport de M. Poujade, juge des référés ;
- les observations de Me Jarry, représentant M. B, reprenant les moyens de la requête et précisant que :
* l'urgence est caractérisée dans la mesure où la pêche de la coquille Saint-Jacques est la plus rémunératrice de son activité, a correspondu à la moitié de ses revenus sur la période en cause en 2023 et ne saurait donc être compensée par une autre pêche, où son épouse travaille à mi-temps, où ses marins risquent de démissionner faute de percevoir une part sur la pêche empêchée et où les coquilles Saint-Jacques sont abondantes et ne présentent aucun risque quant à leur pérennité ;
* la pêche à l'araignée de mer est une pêche au casier qui se réalise en dehors de la baie de Saint-Brieuc ;
* l'urgence ne doit être appréciée qu'au regard des seules pièces du dossier, les éléments exposés par le représentant de la préfecture à l'audience n'ayant pas fait l'objet d'échanges contradictoires ;
* la décision litigieuse ne mentionne pas qu'il n'a jamais fait l'objet de sanctions par le passé ;
* la décision du 15 février 2024 sur laquelle est fondée la décision de sanction n'a pas été publiée au recueil des actes administratifs et il n'est pas établi qu'elle aurait été portée à sa connaissance ;
* la pénalité par point prononcée au titre du code rural et de la pêche maritime en cas d'infraction grave est automatique ;
- les observations de M. A, représentant le préfet de la région Bretagne, qui a repris ses écritures et a fait valoir que :
* M. B dispose de plusieurs biens immobiliers dont il tire des bénéfices et son épouse est propriétaire d'un commerce ;
* les dettes de son entreprise ont vocation à se réduire drastiquement en 2026 ; cette entreprise ne conclut que des contrats courts avec ses employés et M. B a été en congé pendant une longue période ;
* l'araignée de mer est en prolifération, les conditions climatiques pour sa pêche ne sont pas exceptionnellement mauvaises et le manque à gagner en cas de tempête peut être compensé par des journées d'ouverture de la pêche de rattrapage ;
* la pêche de la coquille Saint-Jacques étant subordonnée à l'absence de dépassement d'un quota global maximal pour la baie de Saint-Brieuc, celle-ci pourra être arrêtée avant le 14 mai 2025 de sorte que la véritable durée de la sanction pourra être inférieure aux trois mois et demi prévus ;
* M. B n'a pas demandé à obtenir une communication du procès-verbal d'inspection et n'a pas demandé à se voir communiquer les pièces de son dossier ;
* la décision du 15 février 2024 sur laquelle est fondée la sanction constituait un acte courant de gestion de la pêche de la coquille Saint-Jacques et n'avait pas à faire l'objet d'une approbation préfectorale ;
* les infractions sont graves au sens des dispositions du code rural et de la pêche maritime, la pénalité prévue par les textes n'ayant simplement pas été prononcée ;
* le barème de sanction dont se prévaut le requérant a été établi en 2013 au niveau régional alors que les problématiques liées à la disponibilité des ressources halieutiques sont propres à chaque département.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, patron-armateur du navire de pêche " Carpe diem " immatriculé PL 753 562, est entre autres bénéficiaire d'une licence nationale de pêche à la coquille Saint-Jacques. Lors d'un contrôle réalisé le 21 février 2024 à Ploubalzanec, les agents de l'unité littorale des affaires maritimes des Côtes-d'Armor ont relevé l'existence d'une infraction de non-respect de l'obligation de peser les coquilles Saint-Jacques pêchées sur un système agréé avant leur mise sur le marché et d'une infraction de dépassement du quota autorisé de pêche de coquilles Saint-Jacques par jour et par navire, godaille comprise. Par une décision du 22 février 2024, le directeur départemental adjoint de la direction départementale des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor a procédé à la saisie des 128 kg de coquilles Saint-Jacques non pesés dans ces conditions et à leur vente au profit de l'Etat pour une somme de 239,49 euros. Par un courrier du 9 avril 2024 notifié le 22 avril suivant, le chef du service activités maritimes de la direction départementale des territoires et de la mer des Côtes-d'Armor a informé M. B du prononcé possible d'une sanction administrative et lui a laissé un délai de quinze jours francs pour présenter ses observations et prendre connaissance de son dossier. M. B n'a présenté aucune observation en réponse. Par une décision du 20 décembre 2024, le préfet de la région Bretagne a suspendu pour une durée de quatre mois la licence de M. B et a confirmé la décision de saisie du 22 février 2024. Par une annexe à cette décision établie le 16 janvier 2025, la période de suspension a été fixée du 3 février 2025 au 2 juin 2025. Par la requête visée ci-dessus, M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 20 décembre 2024.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. B se prévaut de ce que la sanction prononcée aura des répercussions graves sur sa situation personnelle et professionnelle dès lors qu'il assure la majorité des revenus de sa famille composée notamment de trois enfants, son épouse travaillant à mi-temps, et dès lors que cette sanction entraînera une importante perte de chiffre d'affaires et ce malgré le maintien de ses charges et des salaires des marins qu'il emploie. Il se prévaut en ce sens de ce que la pêche de la coquille Saint-Jacques est la pêche la plus rémunératrice de son activité, de ce qu'elle ne pourrait être compensée par une autre pêche impliquant des sorties en mer en dehors de la baie de Saint-Brieuc, en particulier en raison des conditions climatiques dégradées touchant le littoral Atlantique depuis fin 2024 et de ce que les coquilles Saint-Jacques sont abondantes cette année, ce qui est de nature à accroître le montant de son manque à gagner et à rendre inexistant le risque invoqué en défense d'atteinte à la pérennité de la ressource.
5. Il résulte de l'instruction que si la pêche de la coquille Saint-Jacques représentait environ la moitié et un tiers des ventes à la criée réalisées respectivement en 2023 et 2024 sur la période correspondant à celle de la sanction, les documents comptables produits par le requérant établissent que la production annuelle de coquilles Saint-Jacques n'est pas, contrairement à ce qu'il soutient, la plus rentable puisqu'elle n'intervenait en 2023 qu'en troisième position après celle de poissons et celle d'araignées de mer, cette dernière ayant eu un résultat dépassant de 137 528 euros celui de la production de coquilles Saint-Jacques. Il en allait de même en 2020, 2021 et 2022 avec des écarts de résultats respectifs de 159 138 euros, de 304 270 euros et de 242 926 euros. Alors qu'il n'a pas été contredit au cours de l'audience que les araignées de mer sont actuellement en prolifération dans la zone de pêche habituelle de M. B et dès lors qu'il n'est pas établi que les conditions météorologiques à venir rendrait la pêche de cette espèce impossible ou particulièrement compliquée par rapport aux années précédentes, M. B n'établit pas que la perte de revenus engendrée par la sanction litigieuse, dont l'estimation à hauteur de 55 398 euros n'est au demeurant étayée par aucun document comptable, ne pourrait pas être compensée par un report de l'activité sur une autre pêche pour laquelle il bénéficie toujours d'une licence. Dans ces circonstances, M. B n'établit pas que la sanction en litige préjudicierait de manière suffisamment grave à sa situation personnelle et à celle de son entreprise. Par suite, et sur la base des seuls éléments contradictoirement débattus, la condition d'urgence ne saurait être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnant la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la région Bretagne du 20 décembre 2024 ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à sa charge le versement d'une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées en ce sens par M. B doivent donc être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Bretagne (direction interrégionale de la mer Nord Atlantique-Manche ouest).
Fait à Rennes, le 20 février 2025.
Le juge des référés,
signé
A. PoujadeLa greffière d'audience,
signé
E. Ramillet
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026