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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500587

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500587

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2025, M. D, représenté par Me Berthet - Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 janvier 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros au profit de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision litigieuse :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que sa vulnérabilité n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- méconnaît l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison du défaut d'information préalable dans une langue qu'il comprend ;

- est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permettent pas de refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil en cas de fraude, mais seulement de refuser l'allocation pour demandeur d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Grondin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- et les observations orales de Me Berthet - Le Floch, représentant M. C, qui reprend ses écritures et conclut à ce que la somme de 1 200 euros versée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et non de l'État.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant éthiopien né le 27 mars 1995, est entré irrégulièrement en France le 23 novembre 2024 selon ses déclarations. Le 22 janvier 2025, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, cette demande ayant été enregistrée en procédure accélérée. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 22 janvier 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressé a tenté de les obtenir frauduleusement, en altérant volontairement ses empreintes.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. C ayant sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle selon une demande du 24 janvier 2025 sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants :() La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article D. 551-17 de ce code dispose que : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ". L'article D. 551-20 de ce code dispose que : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile est refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon les modalités définies à l'article D. 551-17 : () 3° En cas de fraude ".

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

5. La décision en litige a été signée par Mme B A, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, laquelle a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur et mise en ligne le même jour et librement consultable par les parties sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, en vertu d'une décision du 15 mars 2023 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant organisation générale de cet office, accessible sur le site internet de cet office, " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, Mme A était compétente pour signer la décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la motivation de la décision litigieuse :

6. La décision attaquée vise notamment l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constitue la base légale. Elle contient donc les considérations de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs elle relève, " après un examen de vos besoins et de votre situation personnelle et familiale " que le requérant a tenté d'obtenir frauduleusement les conditions matérielles d'accueil en altérant volontairement ses empreintes. Dans ces conditions, la décision litigieuse comporte une motivation suffisante en fait et en droit pour permettre à l'intéressé de comprendre les raisons pour lesquelles les conditions matérielles d'accueil lui ont été refusées, alors même qu'elle est rédigée selon des formules stéréotypées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant :

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. C mais seulement ceux sur lesquels elle s'est fondée pour prendre sa décision, n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que sa vulnérabilité n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a été évaluée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'occasion d'un entretien qui s'est déroulé le 22 janvier 2025 préalablement à l'édiction de la décision attaquée, conformément à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le requérant a certifié, en signant la fiche d'évaluation de vulnérabilité, avoir bénéficié d'un tel entretien et n'a fait état, durant cet entretien, d'aucune vulnérabilité particulière. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

9. M. C soutient qu'il n'est pas établi qu'il a reçu les informations prévues à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une langue qu'il comprend. Il ressort toutefois de la fiche d'évaluation de vulnérabilité que l'entretien évoqué au point 7 s'est déroulé en langue ahmarique que l'intéressé a déclaré comprendre. Par ailleurs le requérant a certifié, en signant cette fiche, avoir reçu dans une langue qu'il comprend les informations prévues à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il ne précise pas dans quelle autre langue ces informations auraient dû lui être communiquées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

10. Il est toujours loisible à l'administration, même en l'absence de texte l'y autorisant expressément, de rejeter une demande entachée de fraude. Ainsi, alors même que le motif tiré de la fraude n'est mentionné qu'au sein de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne concerne que le seul refus du bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile, et n'est pas expressément prévu à l'article L. 551-15 de ce code, qui concerne l'ensemble des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait se fonder sur un tel motif pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sans entacher la décision attaquée d'une erreur de droit.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

11. M. C soutient que l'altération des empreintes n'est pas volontaire et n'est pas établie, et qu'il n'a pas bénéficié d'une seconde convocation pour reprendre ses empreintes. Toutefois, il ressort de la notice d'information pour les personnes dont la demande d'asile a été placée en procédure accélérée au stade de l'enregistrement de celle-ci que M. C a présenté de faux documents d'identité ou de voyage, fourni de fausses indications ou dissimulé des informations concernant son identité, sa nationalité ou les modalités de son entrée en France afin d'induire l'administration en erreur. Par ailleurs, le requérant ne se prévaut d'aucun élément de nature à expliquer le caractère illisible et inexploitable de ses empreintes. Dans ces conditions, la circonstance que l'ensemble de ses empreintes s'avère inexploitable a pu être regardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration comme révélant une intention de fraude. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 22 janvier 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de M. C dirigées à l'encontre de la décision du 22 janvier 2025, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés d'instance :

14. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, il peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce que la somme de 1 200 euros sollicitée par M. C au profit de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

T. GrondinLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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