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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500746

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500746

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500746
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2025, M. D A, représenté par Me Sémino, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 31 janvier 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Rennes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis le jour de sa demande dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser, soit à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, soit, à son profit, sur le fondement de ce dernier article, en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et méconnaît ainsi l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen au regard des articles L. 551-15 et D. 551-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été interrogé sur son parcours avant son entrée sur le territoire français lors de l'entretien de vulnérabilité et que la décision attaquée a été établie avant la tenue de cet entretien ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen complet de sa vulnérabilité, dès lors que le formulaire d'évaluation de vulnérabilité ne reprend ni tous les éléments fixés par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni tous les types de handicaps mentionnés dans l'arrêté du 23 octobre 2015, ce qui l'a privé de la garantie de faire valoir tous les éléments de sa vulnérabilité de manière utile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut examen de son état de santé dès lors qu'elle a été édictée sans attendre l'avis du médecin de l'OFII sur sa situation médicale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 551-15, L. 522-3 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les observations de Me Sémino, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que l'infection au pied dont M. A souffre s'est aggravée ;

- et les observations de M. A, assisté d'un interprète en peul.

Le directeur général de l'OFII n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après les observations présentées par M. A en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité mauritanienne, est entré en France le 6 août 2021. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 15 septembre 2021. Sa demande a été rejetée définitivement par la cour nationale du droit d'asile le 21 mars 2023. Le 31 janvier 2025, M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Selon l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

4. L'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-2 de ce code : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

5. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C B, directrice territoriale de l'OFII qui a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée. Par ailleurs, il ressort de l'article 8 d'une décision du 31 décembre 2023 du directeur général de l'OFII portant organisation générale de l'OFII, accessible sur le site internet de l'OFII, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision litigieuse, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Ainsi, la décision litigieuse qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, le requérant fait valoir que la fiche d'évaluation de vulnérabilité ne reprend pas l'ensemble des éléments fixés par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4 dès lors qu'il ne permet pas d'identifier les personnes victimes de la traite des êtres humains et les personnes victimes d'actes de tortures ou d'autres formes graves de violences psychologiques et qu'elle ne liste pas tous les types de handicaps mentionnés dans l'arrêté du 23 octobre 2015. M. A soutient également qu'il n'a pas été interrogé sur son parcours avant son entrée sur le territoire français. Toutefois, il apparait que cette fiche comporte une rubrique " parcours précèdent l'entrée en France " et une rubrique " Informations complémentaires éventuelles " permettant à l'étranger de faire état de ces situations, ce que M. A n'a pas fait en l'espèce. À cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités de déroulement de l'entretien de vulnérabilité ont fait obstacle à ce que l'intéressé présente des observations notamment quant aux circonstances qui l'ont conduit à solliciter l'asile. En outre, M. A, dont l'entretien s'est déroulé en langue peule à l'aide d'un interprète, langue que l'intéressé a attesté comprendre, a signé la fiche d'évaluation de vulnérabilité sur laquelle il a certifié avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il n'établit ni même ne soutient qu'il aurait signé ce document sans avoir pu en prendre connaissance que ce soit par sa lecture ou une lecture qui aurait été effectuée par l'agent ayant mené cet entretien. Dans ces conditions, et alors même que la décision attaquée lui aurait été remise en mains propres après l'entretien de vulnérabilité, le requérant n'a pas été privé d'une garantie lors de son entretien de vulnérabilité.

8. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'OFII n'était pas tenu d'attendre le retour de ce certificat pour statuer sur la demande de conditions matérielles d'accueil, le requérant pouvant à tout moment solliciter à nouveau le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil en faisant valoir des circonstances nouvelles tel que l'avis dudit médecin sur son état de santé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En cinquième lieu, d'une part, pour les mêmes motifs qu'aux points 7 et 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. D'autre part, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité que M. A a pu faire état de la précarité de sa situation ainsi que de ses problèmes de santé, qu'un certificat médical vierge pour avis du médecin coordonnateur de zone (Medzo) lui a été remis au cours de l'entretien de vulnérabilité et qu'il a obtenu un rendez-vous avec le médecin de l'OFII fixé au 6 février 2025. Dans ces conditions, et alors même que la décision attaquée lui aurait été remise en mains propres après l'entretien de vulnérabilité, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni d'aucune autre pièce du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas pris en considération l'ensemble des éléments portés à sa connaissance avant de statuer. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de M. A doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé, le 31 janvier 2025, une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il se trouvait ainsi dans le cas où les conditions matérielles d'accueil devaient, en principe, lui être refusées totalement ou partiellement, sauf situation de vulnérabilité. Si le requérant fait valoir qu'il souffre d'une infection au pied qui s'aggrave pour laquelle il suit un traitement médicamenteux quotidien, la gravité de son état de santé n'est pas démontrée par l'ordonnance médicale et le certificat médical du 4 février 2025, établis au demeurant postérieurement à la décision attaquée, qui font état d'un traitement médical d'une durée inférieure à sept jours et d'un repos à domicile de cinq jours, sans autre précision. En outre, la seule circonstance que bien qu'hébergé par des amis, le requérant se trouve en situation de précarité, en l'absence de ressources, ne suffit pas à caractériser une situation d'une particulière vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Compte tenu du rejet des conclusions à fin d'annulation, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par M. A.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. Pellerin

La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2500746

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