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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500859

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500859

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2025, M. C B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine) demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 février 2025 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il avait fait l'objet par un précédent arrêté du 28 août 2024 notifié le 29 août 2024 pour une durée initiale de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2025, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 12 février 2025 par laquelle la vice-présidente en charge des rétentions administratives près le tribunal judiciaire de Rennes a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-six jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les observations de Me Berthet-Le Floch, avocate commise d'office représentant M. B, qui maintient ses conclusions, déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence, maintenir les autres moyens et soulève un moyen tiré de la disproportion de la mesure de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français. Au titre des moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen de sa situation, il est précisé que l'arrêté ne mentionne ni la présence du père du requérant en France alors que celui-ci, gravement malade, est en attente de la délivrance d'un titre de séjour pour ce motif et que la présence du requérant à ses côtés est indispensable, ni sa situation de couple avec une ressortissante géorgienne également gravement malade. La prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors que M. B est en France depuis 2019, que ses parents et sa compagne y résident et que l'arrêté attaqué ne fait pas état d'un élément nouveau au titre de la menace pour l'ordre public ;

- les explications de M. B, assisté d'une interprète en géorgien ;

- et les observations de M. A, représentant le préfet des Côtes-d'Armor, qui maintient l'intégralité des écritures et précise que M. B verse à l'instance une attestation de son père dépourvue de valeur probante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 9 septembre 1988, est entré irrégulièrement en France le 5 juin 2019 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) du 27 août 2019 puis confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile du 19 décembre 2019. Sa demande de réexamen a également été rejetée par une décision de l'OFPRA du 26 août 2020. Par un arrêté en date du 28 août 2024, notifié le 29 août suivant, le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. La légalité de cet arrêté a été confirmée par jugement n° 2405152 du tribunal administratif de Rennes du 22 novembre 2024. Par un nouvel arrêté du 8 février 2025, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Côtes-d'Armor a prolongé d'un an la durée d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment le 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il fait état de l'interpellation et du placement en garde à vue, le 8 février 2025, de M. B notamment pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire, de l'inexécution par l'intéressé de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 28 août 2024 sans apporter d'éléments nouveaux, de son entrée récente en France, de la nature ainsi que de l'ancienneté de ses liens avec la France et de ce que son comportement trouble l'ordre public. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté en litige, que le préfet des Côtes-d'Armor a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle du requérant. À cet égard, si M. B fait état de la présence en France de son père, il ne justifie pas que ce dernier ait entrepris des démarches pour régulariser sa situation administrative alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an par un arrêté préfectoral du 16 novembre 2022. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition du 8 février 2025 de la gendarmerie nationale que M. B n'a pas fait état de sa situation de couple avec une ressortissante géorgienne en France. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant au soutien des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union, il résulte par ailleurs de la jurisprudence de cette cour que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 8 février 2025 produit en défense, que M. B a été interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire et a été invité à formuler des observations sur sa situation administrative, personnelle et familiale ainsi que sur la mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet. À cette occasion, il a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation et l'éventualité de nouvelles mesures relatives à sa situation administrative. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas même allégué qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision attaquée. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire, qui n'est au demeurant assorti d'aucune précision, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit dès lors être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".

8. Il est constant que le requérant n'a notamment pas déféré aux mesures d'éloignement dont il a fait l'objet les 26 janvier 2020, 10 novembre 2021 et 4 décembre 2022. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a fait l'objet le 28 août 2024 d'un arrêté, qui lui a été notifié le 29 août suivant, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Or, il est constant que le requérant n'a pas exécuté cette nouvelle mesure d'éloignement sans apporter la moindre justification. Par ailleurs, il est constant que M. B a été condamné à trois reprises par le tribunal correctionnel de Rennes le 16 décembre 2021 pour des faits de vol en récidive commis le 28 août 2021, le 11 janvier 2022 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances commis le 21 mai 2021 et le 17 octobre 2023 pour des faits de vol en réunion en récidive commis les 12 et 13 octobre 2023 et que ces condamnations ont constitué le fondement de l'arrêté préfectoral du 28 août 2024 précité. Il ressort du procès-verbal d'audition du 8 février 2025 précité que M. B a admis avoir commis l'infraction de conduite d'un véhicule sans détenir un permis de conduire français. Ce fait nouveau, qui est postérieur à l'arrêté du 28 août 2024 et qui, cumulé aux autres condamnations précitées, démontre que la présence de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, est l'un des motifs de l'arrêté attaqué. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 3, le père du requérant n'a pas, en l'état de l'instruction, vocation à demeurer sur le territoire français et la réalité de la situation de couple de M. B avec une ressortissante géorgienne n'est nullement établie par la production d'une attestation de cette dernière du 10 février 2025 qui est postérieure à l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait d'autres attaches en France. Dans ces conditions, le préfet des Côtes-d'Armor, en prolongeant d'un an la durée initiale de trois ans de son interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Décision communiquée aux parties le 14 février 2025, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La magistrate désignée,

signé

C. PellerinLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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