jeudi 24 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2500867 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL EDJANG AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés les 10 février 2025 et 25 février 2025, M. F B, représenté par Me Marie-Claude Edjang, de la Selarl Edjang avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2024 du préfet du Morbihan en ce qu'il l'oblige à quitter le territoire français, en ce qu'il refuse de lui accorder un délai de départ volontaire, en ce qu'il décide de sa reconduire à la frontière, en ce qu'il lui fait interdiction d'un retour en France pendant deux ans, en ce qu'il prévoit son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et en ce qu'il l'astreint à restituer son passeport ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté préfectoral contesté a été signé par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;
- il est insuffisamment motivé et ne comporte pas un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- le préfet n'a pas pris en compte le caractère non définitif de la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile ;
- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur de fait et d'une erreur de droit et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Par une ordonnance du 11 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2025.
Par une lettre du 17 mars 2005, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle décision existe.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Thalabard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais née le 18 septembre 2006 à Pointe-Noire (Congo), est entré régulièrement en France le 6 septembre 2023, accompagné de sa mère et de son frère cadet né en 2009. La demande d'asile qu'il a déposée, conjointement avec sa mère, le 15 janvier 2024 a été rejetée par une décision du 16 juillet 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée le 6 décembre 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par arrêté du 26 décembre 2024, le préfet du Morbihan a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui fait interdiction de retour en France pendant deux ans et l'a astreint à des mesures de surveillance. M. B demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le préfet du Morbihan a donné, par arrêté du 11 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation de signature à Mme A C, cheffe du pôle contentieux éloignement, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, directeur de la citoyenneté et de la légalité et de Mme D, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, notamment les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contenues dans l'arrêté préfectoral du 26 décembre 2024 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions par lesquelles le préfet du Morbihan oblige M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de renvoi, lui fait interdiction de retour en France pendant deux ans, procède à son signalement aux fins de non-admission dans le Système d'information Schengen et l'astreint à des mesures de surveillance, qui citent les textes applicables et font état, contrairement à ce que soutient le requérant, d'éléments de fait propres à sa situation, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant d'édicter l'arrêté préfectoral contesté, au regard de l'ensemble des éléments qu'il a fait valoir auprès de ses services et des justificatifs produits.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". L'article L. 541-1 de ce code prévoit que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Selon l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. ()".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile déposée par M. B a été rejetée par l'OFPRA une décision du 16 juillet 2024 et que la CNDA a statué sur le recours formé devant elle par une décision lue le 6 décembre 2024. La circonstance que le requérant a décidé de se pourvoir en cassation contre cette décision de la CNDA est, en vertu des dispositions précitées des articles L. 521-1, L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans incidence sur son droit au maintien sur le territoire français. Il n'est dès lors pas fondé à reprocher au préfet du Morbihan d'avoir décidé de l'éloigner du territoire français sans tenir compte du recours introduit devant le Conseil d'État. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté préfectoral contesté est entaché d'erreur de droit compte tenu du caractère non définitif du rejet de sa demande d'asile.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
8. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, la CNDA a rejeté le recours présenté par M. B contre la décision par laquelle l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. L'intéressé ayant perdu, par application des articles L. 542-2 et L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet du Morbihan pouvait prendre à son encontre une décision l'obligeant à quitter le territoire français. En se bornant à soutenir qu'il appartenait au préfet de se livrer préalablement à un examen approfondi de sa situation, sans conférer un caractère automatique à la mesure d'éloignement, le requérant ne critique pas utilement l'arrêté préfectoral en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En sixième lieu, M. B fait valoir qu'il a développé des attaches personnelles sur le territoire français où il réside désormais avec sa mère et son plus jeune frère. Il ajoute qu'il présente une situation de vulnérabilité, ayant souffert du traumatisme de sa mère avec laquelle il a été contraint de fuir son pays d'origine. Toutefois, si le requérant, dont il est constant qu'il est récemment arrivé en France, entend se prévaloir d'une intégration réussie sur le territoire français où il soutient poursuivre une scolarité paisible, il n'en justifie par aucune des pièces produites devant le tribunal. En outre, sa mère ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement, l'intéressé ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa cellule familiale soit reconstituée hors de France. Au regard de ces éléments, l'arrêté par lequel le préfet du Morbihan oblige M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays destination et lui fait interdiction d'un retour en France pendant deux ans n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet du Morbihan n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. B.
10. En dernier lieu, M. B présente des conclusions à fin d'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Morbihan a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le Système d'information Schengen et l'a astreint à remettre l'original de son passeport aux services du commissariat de Vannes contre un récépissé de remise, sans toutefois développer d'argumentation pour contester ces décisions. En tout état de cause, et compte tenu de ce qui a été dit précédemment s'agissant des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui faisant interdiction d'un retour en France, le requérant se trouvait, dans le cas, où en application tant de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que de l'article R. 231-6 du code de la sécurité intérieure, le préfet pouvait prescrire la remise de son passeport et l'enregistrement de ses données personnelles dans le système informatique national du système d'information Schengen.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2024 du préfet du Morbihan pris à son encontre doivent être rejetées.
12. Si, en outre, M. B présente des conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, laquelle n'est toutefois contestée par aucun moyen propre, il ressort des termes de l'arrêté du 26 décembre 2024 qu'il a été accordé à l'intéressé un délai de trente jours pour quitter le territoire français. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions dirigées contre une telle décision inexistante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
D ÉC I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.
La rapporteure,
signé
M. Thalabard
Le président,
signé
E. Berthon
La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026