LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500883

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500883

lundi 5 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNGUYEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté préfectoral du 20 décembre 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour un an. La juridiction a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de la signataire, le défaut de motivation, et la violation des articles L. 423-7 du CESEDA et 8 de la CEDH. Le tribunal a considéré que la décision était suffisamment motivée et que le requérant ne justifiait pas d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février et 14 mars 2025, M. D B, représenté par Me Nguyen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code du justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été précédé d'un examen suffisant de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure au regard des articles 230-8 et R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les dispositions de cet article ; il remplit les conditions d'octroi d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René, rapporteure,

- et les observations de Me Nguyen, représentant M. B.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 7 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant marocain né le 17 octobre 1996, est entré en France le 1er mai 2017. Il s'est vu délivrer un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfants français valable du 11 mai 2021 au 10 mai 2022, dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 20 décembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 28 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme C A, directrice des étrangers en France et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de renvoi, ainsi que les interdictions de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui citent les textes applicables et font état d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à sa situation personnelle et familiale, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation de ces trois décisions doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de M. B, y compris au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant de prendre les décisions en litige. Alors en particulier qu'il est constant que le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 423-7 du même code, en qualité de parent d'enfants français, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait transmis aux services de la préfecture des éléments sur sa situation professionnelle justifiant que le préfet vérifie son droit au séjour au regard de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui prévoit la délivrance de titres de séjour au titre de l'exercice d'une activité salariée. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen suffisant de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision portant refus de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () " Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les motifs tirés de la menace à l'ordre public qu'il représente et de ce qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 22 février 2024, la juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Rennes a maintenu l'exercice par leurs deux parents de l'autorité parentale sur les deux enfants de M. B de nationalité française nés les 14 janvier 2020 et 1er novembre 2021, lui a accordé un droit de visite en lieu neutre deux samedis par mois pour une durée de deux heures et a fixé à 50 euros la somme qu'il devait verser chaque mois au titre de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de chaque enfant, soit 100 euros au total. Or, si le requérant justifie avoir exercé son droit de visite en lieu neutre à partir de septembre 2023, en exécution d'un précédent jugement, jusqu'au mois d'août 2024, il ne justifie pas avoir continué à voir régulièrement ses enfants ultérieurement et ne fournit aucune explication sur les raisons pour lesquelles il n'a pas exercé ce droit de visite. De plus, il ne justifie que de dix transferts d'argent adressés à la mère de ses enfants effectués entre juillet 2022 et mars 2024, de montants compris entre 10 et 100 euros, de sorte qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait respecté son obligation prévue par le jugement du 22 février 2024 de verser chaque mois la somme de 100 euros au titre de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et il ne fournit pas davantage d'explication sur les raisons pour lesquelles il n'a pas satisfait à cette obligation. Dans ces conditions, et alors que les quelques photographies produites sur lesquelles il apparaît avec ses enfants ne sont pas datées, M. B ne peut être regardé comme justifiant, à la date de l'arrêté attaqué, d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis au moins deux ans dans les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit dès lors être écarté.

9. D'autre part, il ressort de la " fiche-navette à destination de l'autorité administrative ", signée par le vice-procureur près le tribunal judiciaire de Rennes et produite par le préfet, que M. B a fait l'objet d'une procédure alternative aux poursuites le 7 avril 2022 pour des faits de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste le 24 janvier 2022, que le préfet a pu prendre en compte sans commettre d'erreur de droit alors même qu'ils n'ont pas donné lieu à une condamnation. Le requérant a en outre été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 8 février 2023 à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, à savoir l'un de ses deux enfants, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 22 mars 2022. Enfin, il ressort de l'ordonnance d'homologation et statuant sur l'action civile rendue le 21 mars 2024 par le président du tribunal judiciaire de Rennes que l'intéressé a été condamné à une peine de 120 jours-amende de six euros pour avoir, le 22 avril 2023, proféré une menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre de trois personnes dépositaires de l'autorité publique ainsi que des familles de ces trois policiers intervenants, conjoint, ascendant ou descendant en ligne direct, ou vivant habituellement avec, en raison des fonctions exercées par ces derniers, outragé ces trois mêmes personnes, dans ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions, et, en outre, proféré une menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre de ces mêmes personnes. Le requérant fait valoir qu'il a exécuté le stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes, au suivi duquel il a également été condamné par le jugement du 8 février 2023, et qu'il s'inscrit dans une démarche de repentance, indiquant que les faits de violence qu'il a commis envers son ancienne compagne s'inscrivaient dans un contexte spécifique tenant en particulier à sa consommation d'alcool. Cependant les seules pièces médicales qu'il produit, à savoir une lettre d'adressage rédigée par un médecin généraliste le 15 février 2024 en vue d'une " prise en charge d'un problème comportemental lors d'exposition à l'alcool " et une unique attestation de soins émanant du centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie du centre hospitalier Guillaume Régnier, selon laquelle M. B a été vu en consultation le 10 mars 2025, ne sauraient suffire à démontrer que l'intéressé ferait l'objet, à la date de l'arrêté attaqué, d'un suivi médical régulier en lien avec sa consommation d'alcool. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, ainsi que de la réitération de ces faits dont les derniers ont été commis moins de deux ans avant l'intervention de l'arrêté attaqué, la présence de M. B en France doit être regardée, ainsi que le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a estimé dans cet arrêté, comme constituant une menace pour l'ordre public.

10. Eu égard à ce qui a été dit aux points 8 et 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Enfin, aux termes du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorable sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ". Aux termes de l'article 230-8 du même code : " Le traitement des données à caractère personnel est opéré sous le contrôle du procureur de la République territorialement compétent, qui, d'office ou à la demande de la personne concernée, ordonne qu'elles soient effacées, complétées ou rectifiées, notamment en cas de requalification judiciaire, ou qu'elles fassent l'objet d'une mention. () La personne concernée peut former cette demande sans délai à la suite d'une décision devenue définitive de relaxe, d'acquittement, de condamnation avec dispense de peine ou dispense de mention au casier judiciaire, de non-lieu ou de classement sans suite. Dans les autres cas, la personne ne peut former sa demande, à peine d'irrecevabilité, que lorsque ne figure plus aucune mention de nature pénale dans le bulletin n° 2 de son casier judiciaire. () Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. () ". La règle fixée par les dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale tend à protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans les fichiers d'antécédents judiciaires constitués par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause.

12. Il ressort des pièces du dossier qu'avant l'intervention de l'arrêté en litige qui relève que M. B est connu au traitement des antécédents judiciaires comme étant auteur de plusieurs faits, les services de la préfecture ont saisi le procureur de la République conformément à l'article 40-29 du code de procédure pénale. En revanche, il ressort de la " fiche-navette à destination de l'autorité administrative " produite en défense que les faits y figurant, mentionnés dans l'arrêté attaqué, de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis du 25 octobre au 21 décembre 2020 ont fait l'objet d'un classement sans suite. Leur matérialité n'étant pas établie par les pièces du dossier, le préfet d'Ille-et-Vilaine ne pouvait légalement se fonder sur ces faits pour prendre les décisions litigieuses. Cependant, il résulte de tout ce qui précède que le préfet aurait, par l'arrêté attaqué, pris les mêmes décisions en se fondant sur les seuls faits et condamnations mentionnés au point 9, sans se référer aux faits de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis du 25 octobre au 21 décembre 2020.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Lorsque des dispositions législatives ou des stipulations d'une convention internationale prescrivent l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

14. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ".

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. B ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui ne justifie pas d'une activité professionnelle régulière lui assurant des revenus stables, disposerait d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes ou d'une autorisation de travail, de sorte que contrairement à ce qu'il fait valoir, il ne remplit en tout état de cause pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur de droit au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des dispositions de cet article doivent être écartés.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

17. Eu égard à ce qui a été dit aux points 8 et 9, compte-tenu de la menace à l'ordre public que représente la présence en France de M. B et de sa situation personnelle, familiale et professionnelle telle qu'elle ressort des pièces versées à l'instance, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant, au droit au respect de sa vie privée et familiale reconnu par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni comme méconnaissant l'intérêt supérieur de ses enfants prévu par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent dès lors être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas, en obligeant M. B à quitter le territoire français, commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et celle de ses enfants.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

18. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

19. M. B était présent sur le territoire français depuis environ sept ans et demi à la date de l'arrêté attaqué. S'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants à la date de l'arrêté attaqué, il n'en demeure pas moins qu'il a eu au moins jusqu'au mois d'août 2024 des relations régulières avec eux, respectant le calendrier des visites qui avait été établi. Par ailleurs, le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et en dépit de la menace à l'ordre public que sa présence en France représente, le préfet d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant le retour de M. B sur le territoire français pour une durée d'un an.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé pour contester cette décision, que l'arrêté du 20 décembre 2024 en litige doit être annulé en tant seulement qu'il prévoit une interdiction de retour du requérant sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions du requérant à fin d'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination et qui prononce l'annulation de la seule interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour, ni de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé avec autorisation de travail. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie pour l'essentiel perdante dans la présente instance, le versement à l'avocate de M. B d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 20 décembre 2024 interdisant le retour de M. B sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet d'Ille-et-Vilaine et à Me Kim-Anh Nguyen.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2025.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

D. Labouysse

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions