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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2501807

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2501807

vendredi 18 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2501807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 23 mars 2025 sous le n° 2501807, Mme B G, représentée par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2025 du préfet du Morbihan portant assignation à résidence pendant quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 23 mars 2025 sous le n° 2501808, Mme B G, représentée par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2025 du préfet du Morbihan portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras,

- les observations de Me Nguyen, substituant Me Béguin, représentant la requérante,

- et les observations de Mme F, représentant le préfet du Morbihan.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B G, ressortissante géorgienne née le 1er décembre 1983, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 12 février 2024 qu'elle n'a pas exécutée malgré un rejet du recours qu'elle avait intenté à l'encontre de sa légalité. Par deux arrêtés du 18 mars 2025 le préfet du Morbihan l'a assignée à résidence pendant quarante-cinq jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Elle demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2501807 et 2501806 concernent la situation administrative de la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

4. Il ressort des pièces des dossiers que Mme G est domiciliée sur Rennes dans le département d'Ille-et-Vilaine et non plus sur Vannes dans le département du Morbihan depuis le 5 mars 2025. Il en résulte qu'elle ne peut être assignée à résidence sur Vannes et se présenter tous les jours à 8 heures sauf week-ends et jours fériés au commissariat de police de Vannes. L'arrêté doit être annulé sur ce seul motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

5. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 11 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 12 septembre suivant, à Mme A C, attachée d'administration et signataire des deux arrêtés en litige, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, directeur de la citoyenneté et de la légalité et de Mme D, chef du bureau des étrangers et de la nationalité, notamment les arrêtés d'éloignement et d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

7. Contrairement à ce que soutient la requérante, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

8. Si Mme G se prévaut des séances de dialyse et de son état de santé, ces circonstances ne peuvent être qualifiées d'humanitaires alors que son recours contre le refus de titre de séjour qu'elle a sollicité en tant qu'étranger malade et l'obligation de quitter le territoire français a été rejeté en juillet 2024.

9. En revanche, si la durée de présence en France de la requérante n'est que de trois ans, qu'elle ne peut justifier de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public si bien qu'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée.

10. Il en résulte que les arrêtés du 18 mars 2025 doivent être annulés.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans les présentes instances, la somme de 800 euros sollicitée par Mme G au profit de son conseil.

DÉCIDE :

Article 1er : Les arrêtés du 18 mars 2025 du préfet du Morbihan sont annulés.

Article 2 : L'État versera au conseil de Mme G la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à Me Béguin et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2025.

Le magistrat désigné,

signé

F. TerrasLa greffière d'audience,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2501807, 2501806

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