jeudi 4 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2502288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTHET-LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2025, Mme B A, représentée par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :
1°) de dire que l'arrêté du 5 décembre 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour est inexistant, ou à défaut, d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'annuler la décision en date du 5 décembre 2024 par laquelle le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français, obligation de pointage, interdiction de retour sur le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Berthet-Le Floch, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est inexistante dans la mesure où le dispositif de l'arrêté préfectoral du 5 décembre 2024 ne mentionne aucun refus de délivrance de titre de séjour ;
- à supposer qu'il existe une décision de refus de titre de séjour, elle est entachée d'incompétence ;
- est illégale, faute d'établir qu'un avis a été régulièrement émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) préalablement à la décision ;
- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de base légale en l'absence de décision de refus de séjour ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant fixation du pays de renvoi est illégale par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français.
La décision portant obligation de pointage une fois par semaine aux services de la gendarmerie de Plourin-Lès-Morlaix est disproportionnée au regard des objectifs poursuivis.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
- est entachée d'un défaut d'examen ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13, R. 631-2 et R. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Bonniec a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, née en 1953, déclare être entrée en France, le 24 mai 2023. Le 27 mai suivant, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un avis du 8 octobre 2024, l'OFII a précisé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme A peut, pour sa prise en charge, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un arrêté n° 29-2024-650 en date du 5 décembre 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Finistère lui a refusé l'admission au séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français avec fixation du pays de destination, assortie d'une interdiction de retour en France pendant une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, si le préfet du Finistère a omis, dans le dispositif de son arrêté, d'insérer un article spécifique à la décision relative à la demande de titre de séjour, il ressort, de manière claire et non équivoque, de l'intitulé et des motifs de cet arrêté que le préfet a entendu rejeter la demande titre de séjour de Mme A, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'omission de cet article dans le dispositif de l'arrêté attaqué doit être ainsi regardée comme une simple erreur matérielle, laquelle est sans incidence quant à l'existence, dans cet arrêté, d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à la requérante.
4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture du Finistère, qui avait reçu délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté de délégation du 29 novembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Finistère. Par suite, le moyen d'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII a rendu le 8 octobre 2024 un avis sur le dossier de Mme A. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de procédure en l'absence d'avis régulièrement émis par le collège des médecins de l'OFII doit être écarté comme manquant en fait.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé/ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ".
7. Pour l'application des dispositions précitées, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. En l'espèce, pour refuser la demande de titre de séjour de Mme A, le préfet a estimé que si l'état de santé de celle-ci nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il a estimé, en revanche, qu'elle pouvait bénéficier effectivement dans son pays d'origine, la Guinée, d'un traitement approprié.
9. Le préfet se prévaut à cet effet de l'avis émis, en ce sens, par le collège des médecins de l'OFII le 8 octobre 2024. Si Mme A soutient qu'" elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, où sa maladie cardiaque n'a jamais pu être correctement diagnostiquée ni prise en charge ", que " plusieurs des molécules qui composent son traitement ne figurent pas dans la liste des médicaments essentiels de la Guinée, ainsi de la SITAGLIPTINE (JANUVIA) et du NEBIVOLOL (TEMERIT), médicaments utilisés dans le traitement du diabète, de l'hypertension artérielle et de l'insuffisance cardiaque ", et que " le médicament JANUVIA a été introduit devant l'intolérance au médicament METFORMINE et devant une néphropathie débutante, ce qui implique qu'il ne peut être remplacé par un autre anti-diabétique ", ce faisant, d'une part, elle invoque une liste qui ne constitue selon le ministre de la santé guinéen qu'un " outil de base pour le système national d'approvisionnement ", et n'a donc qu'une valeur incitative, et, d'autre part, elle n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que ces traitements seraient pour elle indisponibles en Guinée, ni au demeurant d'élément de nature à infirmer l'avis émis par l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de l'absence de base légale pour prendre à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.
12. En deuxième lieu, Mme A soutient qu'en retenant, dans les motifs de la décision contestée, qu'elle " ne fait valoir aucun lien privé et familial en France particulièrement intense ; qu'elle est hébergée chez un particulier, et n'apporte aucun élément sur la teneur de leurs liens ", le préfet du Finistère aurait méconnu les prescriptions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, impliquant qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français soit précédée d'une vérification du droit au séjour de l'intéressée, " en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". Elle se prévaut également de la circonstance que " la totalité des membres de [sa] famille proche () réside sur le territoire français, ainsi de ses trois enfants et de ses huit petits-enfants de nationalité française " et qu'elle est hébergée par sa fille cadette qui l'accueille lors de ses séjours sur le territoire français.
13. Néanmoins, le préfet du Finistère fait valoir en défense, sans être contredit, que Mme A n'a jamais indiqué aux services préfectoraux la présence de membres de sa famille en France, et qu'elle ne démontre pas avoir été empêchée de porter ces éléments à leur connaissance, qu'ainsi sa demande de titre de séjour a été examinée au regard des éléments qu'elle a souhaité porter à la connaissance de l'administration préfectorale, et que la décision litigieuse ne pouvait pas tenir compte d'éléments non déclarés par la requérante. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut d'examen.
14. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen de l'erreur de droit doit ainsi être écarté. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, alors que Mme A ne démontre en tout état de cause pas avoir sollicité une admission au séjour à un autre titre que sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
16. Mme A se prévaut de la présence en France de ses trois enfants et huit petits-enfants, tous de nationalité française, de ce que sa fille cadette l'héberge régulièrement chez elle à Plourin-Lès-Morlaix (Finistère) depuis son arrivée en France, soit depuis mai 2023 selon ses déclarations, de même que sa fille aînée vivant à Paris, et avoir effectué de fréquents séjours en France pour rendre visite à ses enfants et ses petits-enfants les années précédentes. Elle soutient avoir fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire français, auprès de ses enfants et petits-enfants, et avoir des liens avec la France anciens, intenses et stables. En outre, elle fait également valoir ne plus avoir aucune famille dans son pays d'origine depuis le décès de son époux en 2011. Enfin, elle se prévaut également de son état de santé et de son âge.
17. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de séjour de Mme A sur le territoire français est très récente au jour de la décision contestée, et qu'elle n'apporte pas d'élément déterminant permettant d'établir que sa présence en France serait indispensable. Lors de sa demande de titre de séjour, Mme A s'est déclarée veuve et sans enfant à charge en France. Si en cours d'instance elle se prévaut de la présence en France de trois enfants majeurs et de petits-enfants répartis sur le territoire français, et indique s'occuper de trois de ses petites-filles, qu'elle récupère à l'école, à la crèche ou au centre de loisirs, et qu'elle accompagne chez le médecin lorsque cela est nécessaire, elle ne justifie pas de l'intensité ou de l'ancienneté des attaches entretenues avec ces enfants et petits-enfants, de qui elle a vécu géographiquement séparée pendant la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, ses enfants majeurs ont constitué leur propre cellule familiale en France. Il n'est pas plus établi, ni même allégué, que la requérante serait à charge de ses enfants en France, ni que ces derniers disposeraient des moyens financiers suffisants pour subvenir aux besoins de leur mère, la requérante ayant sollicité l'aide médicale d'état pour financer ses dépenses de santé. De plus, comme indiqué au point 9, Mme A peut bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement adapté à son état de santé, qui ne fait pas obstacle à son éloignement. Enfin, Mme A ne justifie pas d'une intégration particulière en France, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 70 ans en Guinée, et malgré le décès de son mari survenu en 2011, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prenant à l'encontre de Mme A la mesure contestée.
18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 17 que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter une fois par semaine aux services de la gendarmerie de Plourin-Lès-Morlaix :
19. En se bornant à se prévaloir de son âge et de son état de santé, Mme A, qui ne conteste pas le principe de la mesure contestée, ne démontre pas en quoi l'obligation qui lui est faite de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Plourin-Lès-Morlaix afin de justifier des diligences accomplies dans la préparation de son départ serait disproportionnée au regard des objectifs poursuivis. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure contestée serait disproportionnée doit être écarté, et les conclusions à fin d'annulation de cette décision, rejetées.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
20. Mme A, qui n'établit pas le caractère illégal des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à exciper de leur illégalité à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant fixation du pays de renvoi. Les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent donc être rejetées.
En ce qui la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
21. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L.612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612- 7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
22. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, actuellement âgée de 73 ans, se déclarant veuve de son mari depuis 2011, est entrée en France pour rejoindre ses enfants de nationalité française, majeurs et ayant constitué leur cellule familiale, ainsi que ses huit petits-enfants. Il est constant que Mme A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente aucune menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances très particulières de l'espèce, celle-ci est fondée à soutenir qu'en lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet du Finistère a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de cette décision sur sa vie privée et familiale.
23. Il résulte de ce qui précède que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. Le présent jugement qui annule uniquement l'arrêté du 5 décembre 2024 du préfet du Finistère en tant qu'il fait interdiction à Mme A de retourner sur le territoire français pendant un an, implique seulement que le signalement dont l'intéressée a fait l'objet dans le système d'information Schengen soit effacé. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911 1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à cette modification dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
25. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 5 décembre 2024 du préfet du Finistère est annulé en tant seulement qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de Mme A.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Finistère de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission de Mme A dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2025.
Le rapporteur,
signé
J. Le BonniecLe président,
signé
G. Descombes
La greffière,
signé
L. Garval
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026