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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2502463

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2502463

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2502463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme C, ressortissante camerounaise, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII, fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était suffisamment motivée et avait été précédée d'un examen particulier de la situation de la requérante. Il a également estimé que l'OFII n'avait commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en refusant les conditions matérielles d'accueil, dès lors que Mme C n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France, sans motif légitime.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2025, Mme A C, représentée par Me Gonultas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, l'ensemble dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à Me Gonultas en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Berre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Berre ;

- et les observations de Me Gonultas, représentant Mme B présente, qui souhaite insister sur la particulière vulnérabilité de sa cliente.

L'OFII n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise, est entrée en France le 5 août 2023 afin de déposer une demande d'asile. Par une décision du 9 avril 2025, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Rennes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée en France sans motif légitime. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Mme B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont elle fait application et relève que Mme B n'a pas respecté le délai de quatre-vingt-dix jours, à la suite de son arrivée en France, pour déposer une demande d'asile et ce, sans motif légitime. La décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, sans qu'elle doive nécessairement comporter les circonstances de fait invoquées par la requérante lors de son entretien de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de cette motivation et de l'entretien de vulnérabilité, effectué le 9 avril 2025, que l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Le moyen doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

6. En l'espèce, il est constant que Mme B a effectué une demande d'asile en 2025, alors qu'elle est entrée en France en 2023, soit postérieurement au délai de quatre-vingt-dix jours prévu par la règlementation. Si l'intéressée soutient qu'elle n'avait pas connaissance de la procédure à suivre pour déposer une demande d'asile dès lors qu'elle a été hébergée par sa tante à son arrivée en France, décédée depuis, ces éléments de contexte ne sauraient constituer un motif légitime permettant de justifier le non-respect du délai prévu par l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort du compte-rendu de l'entretien de vulnérabilité qui a été mené que Mme B a précisé avoir des problèmes de santé. En effet, lors de l'audience qui s'est tenue, l'intéressée a transmis un document médical précisant qu'elle souffre d'une hernie ombilicale. Toutefois, ce document ne saurait suffire à établir une situation d'une particulière vulnérabilité. Par conséquent, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en refusant à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

La magistrate désignée,

signé

A. Le BerreLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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