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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2502512

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2502512

vendredi 18 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2502512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. A B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 4 avril 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, de défaut de motivation et de violation du droit d'être entendu. Il a jugé que la décision était légalement fondée sur les articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans méconnaître les articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 avril 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 9 avril 2025, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2025 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission au sein du système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer, sans délai, une attestation provisoire de séjour, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

o elle a été signée par une autorité incompétente ;

o elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance de son droit d'être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

o elle est insuffisamment motivée ;

o elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

o elle a été signée par une autorité incompétente ;

o elle est insuffisamment motivée ;

o elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

o elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- s'agissant du refus de délai de départ volontaire :

o il a été signé par une autorité incompétente ;

o il est insuffisamment motivé ;

o il est illégal à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle il se fonde ;

o il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant 5 ans :

o elle a été signée par une autorité incompétente ;

o elle est insuffisamment motivée ;

o elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. Bouju, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 20 mai 2006, est entré en France en 2021, selon ses déclarations. Par l'arrêté attaqué du 4 avril 2025, le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant cinq ans.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, M. C D, chef du service de l'immigration et de l'intégration, a reçu, par arrêté du 10 février 2025 publié au recueil des actes administratifs du département du Finistère du même jour, délégation du préfet à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au vu desquels le préfet du Finistère a pris les décisions attaquées. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation des décisions attaquées doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu les 14 mars et 4 avril 2025, soit préalablement à l'obligation de quitter le territoire français en litige, par les services de police sur sa situation administrative, personnelle et familiale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit d'être entendu préalablement à l'édiction de cette mesure.

6. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. B, qui ne conteste pas être entré irrégulièrement en France en 2021, y séjourner sans avoir accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation et avoir déjà fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français, se borne à faire valoir sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un fils. Toutefois, alors qu'il produit une attestation d'hébergement chez un ressortissant français à Brest, il n'établit pas qu'il serait toujours en couple avec cette ressortissante française, et se borne à produire des photographies contemporaines de la naissance de son enfant, qui a, par la suite, été placé par l'aide sociale à l'enfance et avec lequel il ne justifie pas de la réalité des liens qu'il aurait continué d'entretenir. En outre, si M. B indique qu'il " ne trouble pas l'ordre public ", il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 3 mars 2023 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol et le 26 novembre 2024 à 35 heures de travail d'intérêt général pour des faits de tentative de vol aggravé, et que le 14 mars 2025, il a été placé en garde à vue pour des faits de recel de vol et d'infractions à la législation sur les stupéfiants, faits dont il a partiellement reconnu être l'auteur au cours de son audition. Par ailleurs, il ne conteste pas son implication dans les nombreux autres faits délictuels de vol, de dégradation, d'infraction à la législation sur les stupéfiants ou de violence que mentionnent le préfet dans l'arrêté attaqué. Il ressort encore des pièces du dossier qu'il dispose d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses parents et son frère avec lesquels il a déclaré être toujours en contact. Enfin, il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière en France. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que cette mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour contester la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B ne justifie pas de la poursuite d'une relation de couple avec une ressortissante française, ni des liens qu'il aurait continué d'entretenir avec son fils qui fait l'objet d'un placement auprès de l'aide sociale à l'enfance. En outre, et en tout état de cause, il n'est pas établi qu'un retour dans son pays d'origine le priverait de toute possibilité de nouer un lien avec son fils et la mère de celui-ci. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les autres moyens dirigés contre le refus de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'articles L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

13. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour contester la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

14. En second lieu, si M. B soutient qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes et ne présente pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, il ne conteste pas avoir déjà fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. S'il produit une attestation d'hébergement par un ressortissant français, il a reconnu lors de son audition par les services de police ne pas être en mesure de justifier d'une adresse fixe, et ne plus disposer de son passeport, ni d'aucun autre document d'identité ou de voyage. En outre, il ne conteste pas son entrée irrégulière et son maintien irrégulier sur le territoire, ni les condamnations pénales dont il a fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

Sur les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. En dépit de la relation qu'il a pu entretenir avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant qui est aujourd'hui placé auprès de l'aide sociale à l'enfance, M. B, qui ne justifie pas entretenir des liens avec cet enfant, n'a séjourné sur le territoire français que depuis 2021, sans jamais chercher à régulariser sa situation administrative et sans se soumettre à trois précédentes mesures d'éloignement. Il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière en France et a déjà fait l'objet de deux condamnations pénales. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de cette interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions de celle-ci tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2025 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2025, où siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2025.

Le rapporteur,

signé

D. Bouju Le président,

signé

D. Labouysse

La greffière,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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