Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2503032
lundi 2 novembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2503032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TARON |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2025, Mme D... U... et M. H... U..., agissant en leur nom propre et en celui de leur enfant mineur, C..., représentés par Me Taron, demandent au tribunal :
1°) d’annuler les décisions des 5 et 6 mars 2025, par lesquelles le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine a refusé de mettre en œuvre la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du département d’Ille-et-Vilaine du 6 juin 2024 portant attribution d’une aide humaine individuelle au bénéfice de leur fils à hauteur de 100 % du temps scolaire hebdomadaire du 6 juin 2024 au 31 juillet 2026 ;
2°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Rennes d’affecter un personnel accompagnant les élèves en situation de handicap (AESH) au bénéfice de leur fils, pour 100 % du temps de scolarité hebdomadaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n’est pas justifié de la compétence de l’auteur des décisions attaquées ;
- ces dernières méconnaissent le droit de leur fils à l’instruction, garanti par les articles L. 112-1 et L. 351-2 du code de l’éducation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2026, la rectrice de l’académie de Rennes conclut au non-lieu à statuer ou, à défaut, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête a perdu son objet, dès lors que le fils des requérants bénéficie de l’accompagnement d’un accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH) depuis le mois de septembre 2025 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L’enfant C..., né le 26 mars 2012, porteur d’un handicap lié à une micro-délétion, souffre d’une dyspraxie motrice et verbale ainsi que de retards dans l’acquisition. Par une décision du 6 juin 2024, la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d’Ille-et-Vilaine lui a attribué une aide humaine individuelle à hauteur de 100 % du temps scolaire pour la période du 6 juin 2024 au 31 juillet 2026 pour les actes de la vie quotidienne, les activités de la vie sociale et relationnelle et l’accès aux activités d’apprentissage. Après avoir été scolarisé en classe de CM2 en Nouvelle-Calédonie où il a bénéficié de cette aide, l’enfant C... a intégré, le 6 janvier 2025, la classe de 6ème dans un collège à Rennes, sans que cette aide ne lui soit attribuée. Par un courrier du 26 janvier 2025, ses parents, Mme et M. U..., ont mis en demeure le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine d’exécuter la décision de la CDAPH du 6 juin 2024 en lui attribuant l’aide précitée à hauteur de 100 %. Par deux courriers des 5 et 6 mars suivant, dont Mme et M. U... demandent l’annulation, le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à leur demande en l’absence de moyens suffisants d’accompagnement mis à disposition par le pôle inclusif d’accompagnement localisé (PIAL).
Sur l’exception de non- lieu :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n’a d’autre objet que d’en faire prononcer l’annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n’ait statué, l’acte attaqué est rapporté par l’autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d’être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l’ordonnancement juridique de l’acte contesté, ce qui conduit à ce qu’il n’y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l’acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. La légalité des décisions attaquées doit être appréciée à la date de leur édiction. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier et n’est ni même allégué en défense, que les décisions attaquées auraient été retirées. Si la rectrice de l’académie de Rennes fait valoir que l’enfant C... bénéficie de l’accompagnement d’un AESH à temps plein de scolarisation depuis la rentrée 2025-2026, il est toutefois constant que les décisions attaquées ont reçu exécution jusqu’à cette rentrée. Dans ces conditions, l’exception de non-lieu à statuer ne peut qu’être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. L’égal accès à l’instruction est garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958. Ce droit, confirmé par l’article 2 du Premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l’article L. 111-1 du code de l’éducation, qui énonce que : « Le droit à l’éducation est garanti à chacun. ». L’exigence constitutionnelle d’égal accès à l’instruction est mise en œuvre par les dispositions de l’article L. 131-1 de ce code, aux termes desquelles : « L’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans », ainsi que par celles de l’article L. 112-1 du même code qui prévoient : « Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap (…). ». L’article L. 351-1 du même code désigne les établissements dans lesquels sont scolarisés les enfants présentant un handicap. L’article L. 351-2 de ce code prévoit que la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées désigne les établissements correspondant aux besoins de l’enfant en mesure de l’accueillir et que sa décision s’impose aux établissements et l’article L. 351-3 du même code indique que l’aide individuelle apportée à l’enfant selon la quotité horaire fixée par la commission précitée peut être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1 du code de l’éducation.
5. Il résulte de ces dispositions, d’une part, que le droit à l’éducation étant garanti à chacun, quelles que soient les différences de situation, et, d’autre part, que l’obligation scolaire s’appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants handicapés ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à l’État, au titre de sa mission d’organisation générale du service public de l’éducation, de prendre l’ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants handicapés, un caractère effectif. La carence de l’État dans l’accomplissement de cette mission est constitutive d’une faute de nature à engager sa responsabilité, sans que l’administration puisse utilement se prévaloir de l’insuffisance des structures d’accueil existantes ou du fait que des allocations compensatoires sont allouées aux parents d’enfants handicapés, celles-ci n’ayant pas un tel objet.
6. Par une décision du 6 juin 2024, la CDAPH d’Ille-et-Vilaine a décidé d’accorder à l’enfant des requérants une aide humaine individuelle à raison de 100 % du temps scolaire par semaine, afin de le soutenir dans sa scolarisation du 6 juin 2024 au 31 juillet 2026. Conformément aux dispositions précitées, il appartenait aux services du rectorat de désigner un assistant d’éducation auprès de l’enfant des requérants lors de sa scolarisation, le 6 janvier 2025, en classe de 6ème dans un collège à Rennes, pour la quotité horaire indiquée par la CDAPH. Il est constant qu’après avoir bénéficié d’une aide humaine individualisée à compter du 21 mai 2025, à hauteur de douze heures hebdomadaires, puis de dix-huit heures hebdomadaires du 10 juin au 4 juillet 2025, l’enfant des requérants a bénéficié d’un personnel accompagnant les élèves en situation de handicap (AESH) à temps plein le temps de sa scolarisation seulement à compter de la rentrée scolaire 2025-2026. Si l’établissement justifie de l’attribution de cette aide par la production de l’emploi du temps de travail de l’accompagnant pour l’année scolaire 2025-2026, cette circonstance ne remet pas en cause l’absence d’attribution de l’aide d’une quotité de 100 % entre le 6 janvier et le 10 septembre 2025, date de prise d’effet de l’emploi du temps de travail de l’AESH. Dans ces conditions, Mme et M. U... sont fondés à soutenir que les décisions des 5 et 6 mars 2025 portant refus d’exécuter intégralement la décision de la commission précitée du 6 juin 2024 méconnaissent le droit de leur fils à l’éducation garanti par les dispositions des articles L. 112-1 et L. 351-2 du code de l’éducation.
7. Il résulte de ce qui précède que les décisions du directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine des 5 et 6 mars 2025 doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
8. Il est constant que le 10 septembre 2025, un AESH a été attribué à l’enfant des requérants pour une quotité de 100 % conformément à la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d’Ille-et-Vilaine du 6 juin 2024. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’injonction assorties d’une astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à Mme et M. U... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du directeur académique des services de l’éducation nationale d’Ille-et-Vilaine des 5 et 6 mars 2025 sont annulées.
Article 2 : L’État versera à Mme et M. U... la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... U..., à M. H... U... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l’académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Martin, premier conseiller faisant fonction de président,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2026.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
Le premier conseiller
faisant fonction de président,
signé
F. Martin
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 2 mai 2025, Mme D... U... et M. H... U..., agissant en leur nom propre et en celui de leur enfant mineur, C..., représentés par Me Taron, demandent au tribunal :
1°) d’annuler les décisions des 5 et 6 mars 2025, par lesquelles le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine a refusé de mettre en œuvre la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du département d’Ille-et-Vilaine du 6 juin 2024 portant attribution d’une aide humaine individuelle au bénéfice de leur fils à hauteur de 100 % du temps scolaire hebdomadaire du 6 juin 2024 au 31 juillet 2026 ;
2°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Rennes d’affecter un personnel accompagnant les élèves en situation de handicap (AESH) au bénéfice de leur fils, pour 100 % du temps de scolarité hebdomadaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n’est pas justifié de la compétence de l’auteur des décisions attaquées ;
- ces dernières méconnaissent le droit de leur fils à l’instruction, garanti par les articles L. 112-1 et L. 351-2 du code de l’éducation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2026, la rectrice de l’académie de Rennes conclut au non-lieu à statuer ou, à défaut, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête a perdu son objet, dès lors que le fils des requérants bénéficie de l’accompagnement d’un accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH) depuis le mois de septembre 2025 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin,
- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L’enfant C..., né le 26 mars 2012, porteur d’un handicap lié à une micro-délétion, souffre d’une dyspraxie motrice et verbale ainsi que de retards dans l’acquisition. Par une décision du 6 juin 2024, la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d’Ille-et-Vilaine lui a attribué une aide humaine individuelle à hauteur de 100 % du temps scolaire pour la période du 6 juin 2024 au 31 juillet 2026 pour les actes de la vie quotidienne, les activités de la vie sociale et relationnelle et l’accès aux activités d’apprentissage. Après avoir été scolarisé en classe de CM2 en Nouvelle-Calédonie où il a bénéficié de cette aide, l’enfant C... a intégré, le 6 janvier 2025, la classe de 6ème dans un collège à Rennes, sans que cette aide ne lui soit attribuée. Par un courrier du 26 janvier 2025, ses parents, Mme et M. U..., ont mis en demeure le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine d’exécuter la décision de la CDAPH du 6 juin 2024 en lui attribuant l’aide précitée à hauteur de 100 %. Par deux courriers des 5 et 6 mars suivant, dont Mme et M. U... demandent l’annulation, le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à leur demande en l’absence de moyens suffisants d’accompagnement mis à disposition par le pôle inclusif d’accompagnement localisé (PIAL).
Sur l’exception de non- lieu :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n’a d’autre objet que d’en faire prononcer l’annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n’ait statué, l’acte attaqué est rapporté par l’autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d’être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l’ordonnancement juridique de l’acte contesté, ce qui conduit à ce qu’il n’y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l’acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. La légalité des décisions attaquées doit être appréciée à la date de leur édiction. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier et n’est ni même allégué en défense, que les décisions attaquées auraient été retirées. Si la rectrice de l’académie de Rennes fait valoir que l’enfant C... bénéficie de l’accompagnement d’un AESH à temps plein de scolarisation depuis la rentrée 2025-2026, il est toutefois constant que les décisions attaquées ont reçu exécution jusqu’à cette rentrée. Dans ces conditions, l’exception de non-lieu à statuer ne peut qu’être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. L’égal accès à l’instruction est garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958. Ce droit, confirmé par l’article 2 du Premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l’article L. 111-1 du code de l’éducation, qui énonce que : « Le droit à l’éducation est garanti à chacun. ». L’exigence constitutionnelle d’égal accès à l’instruction est mise en œuvre par les dispositions de l’article L. 131-1 de ce code, aux termes desquelles : « L’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans », ainsi que par celles de l’article L. 112-1 du même code qui prévoient : « Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap (…). ». L’article L. 351-1 du même code désigne les établissements dans lesquels sont scolarisés les enfants présentant un handicap. L’article L. 351-2 de ce code prévoit que la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées désigne les établissements correspondant aux besoins de l’enfant en mesure de l’accueillir et que sa décision s’impose aux établissements et l’article L. 351-3 du même code indique que l’aide individuelle apportée à l’enfant selon la quotité horaire fixée par la commission précitée peut être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1 du code de l’éducation.
5. Il résulte de ces dispositions, d’une part, que le droit à l’éducation étant garanti à chacun, quelles que soient les différences de situation, et, d’autre part, que l’obligation scolaire s’appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants handicapés ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à l’État, au titre de sa mission d’organisation générale du service public de l’éducation, de prendre l’ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants handicapés, un caractère effectif. La carence de l’État dans l’accomplissement de cette mission est constitutive d’une faute de nature à engager sa responsabilité, sans que l’administration puisse utilement se prévaloir de l’insuffisance des structures d’accueil existantes ou du fait que des allocations compensatoires sont allouées aux parents d’enfants handicapés, celles-ci n’ayant pas un tel objet.
6. Par une décision du 6 juin 2024, la CDAPH d’Ille-et-Vilaine a décidé d’accorder à l’enfant des requérants une aide humaine individuelle à raison de 100 % du temps scolaire par semaine, afin de le soutenir dans sa scolarisation du 6 juin 2024 au 31 juillet 2026. Conformément aux dispositions précitées, il appartenait aux services du rectorat de désigner un assistant d’éducation auprès de l’enfant des requérants lors de sa scolarisation, le 6 janvier 2025, en classe de 6ème dans un collège à Rennes, pour la quotité horaire indiquée par la CDAPH. Il est constant qu’après avoir bénéficié d’une aide humaine individualisée à compter du 21 mai 2025, à hauteur de douze heures hebdomadaires, puis de dix-huit heures hebdomadaires du 10 juin au 4 juillet 2025, l’enfant des requérants a bénéficié d’un personnel accompagnant les élèves en situation de handicap (AESH) à temps plein le temps de sa scolarisation seulement à compter de la rentrée scolaire 2025-2026. Si l’établissement justifie de l’attribution de cette aide par la production de l’emploi du temps de travail de l’accompagnant pour l’année scolaire 2025-2026, cette circonstance ne remet pas en cause l’absence d’attribution de l’aide d’une quotité de 100 % entre le 6 janvier et le 10 septembre 2025, date de prise d’effet de l’emploi du temps de travail de l’AESH. Dans ces conditions, Mme et M. U... sont fondés à soutenir que les décisions des 5 et 6 mars 2025 portant refus d’exécuter intégralement la décision de la commission précitée du 6 juin 2024 méconnaissent le droit de leur fils à l’éducation garanti par les dispositions des articles L. 112-1 et L. 351-2 du code de l’éducation.
7. Il résulte de ce qui précède que les décisions du directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) d’Ille-et-Vilaine des 5 et 6 mars 2025 doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
8. Il est constant que le 10 septembre 2025, un AESH a été attribué à l’enfant des requérants pour une quotité de 100 % conformément à la décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d’Ille-et-Vilaine du 6 juin 2024. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’injonction assorties d’une astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à Mme et M. U... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du directeur académique des services de l’éducation nationale d’Ille-et-Vilaine des 5 et 6 mars 2025 sont annulées.
Article 2 : L’État versera à Mme et M. U... la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... U..., à M. H... U... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l’académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
M. Martin, premier conseiller faisant fonction de président,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2026.
La rapporteure,
signé
C. Pellerin
Le premier conseiller
faisant fonction de président,
signé
F. Martin
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.