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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2503057

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2503057

mercredi 16 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2503057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantYAHI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A. Ce dernier demandait qu’il soit enjoint au préfet d’Ille-et-Vilaine d’examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé. Le tribunal a constaté que la demande de titre de séjour de M. A avait fait l’objet d’un refus d’enregistrement pour incomplétude, dont il avait été informé, et qu’une décision implicite de rejet était née en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, la mesure sollicitée se heurtait à une contestation sérieuse et ne pouvait être ordonnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2025, M. B A, représenté par Me Yahi, demande au juge des référés d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé.

Il soutient que :

- il a sollicité, le 18 février 2024, son admission exceptionnelle au séjour et n'a, depuis, eu aucune information sur l'état d'avancement de l'instruction de son dossier, malgré ses nombreuses démarches auprès du service instructeur ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite ; il est maintenu dans une situation précaire, pendant un temps anormalement long ;

- la carence de la préfecture à lui délivrer le récépissé auquel il a droit le maintient dans une situation irrégulière et dans une situation précaire ; il ne peut honorer son contrat de travail ;

- les mesures sollicitées sont utiles et ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la demande de titre de séjour de M. A a été nécessairement rejetée de manière implicite et, au cas d'espèce, elle a fait l'objet d'un refus d'enregistrement pour incomplétude, ce dont il a été informé le 24 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Il ne saurait, à cet égard, faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. Aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de son article R. 431-10 : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Aux termes de son article R. 431-11 : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour. Aux termes de son R. 431-12 : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise son article L. 431-3, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour.

4. Aux termes, par ailleurs, de son article R. 432-1 : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de son article R. 432-2 : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26 ".

5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande. Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait, par ailleurs, en principe naître, au terme du délai mentionné au point 4, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

6. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que le dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour transmis par M. A le 27 février 2024 à la préfecture d'Ille-et-Vilaine ne comportait pas toutes les pièces listées par les dispositions citées au point 3, ce que ne conteste pas l'intéressé, de sorte que le dossier en cause doit être regardé comme ayant fait l'objet d'un refus implicite d'enregistrement, insusceptible de recours. Dans ces circonstances et en l'état de l'instruction, les mesures sollicitées par M. A, tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine d'examiner sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé le temps de cette instruction, ne présentent aucune utilité, outre qu'elles font obstacle à l'exécution de cette décision portant refus d'enregistrement. Les conclusions présentées en ce sens doivent, par suite, être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 16 juillet 2025.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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