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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2503333

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2503333

jeudi 12 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2503333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMSS M. GOSSELIN Olivier 4ème chambre
Avocat requérantYOUSFI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. C A, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2025 par lequel le préfet du Finistère l'avait assigné à résidence. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen de la situation, et la méconnaissance des articles L. 732-7 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il a jugé que l'arrêté était légal, le préfet ayant justifié de la perspective raisonnable d'éloignement et respecté les obligations d'information. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée faute de justification d'une demande préalable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2025, M. C A, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2025 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant assignation à résidence a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en fait ;

- le préfet n'a pas suffisamment examiné sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'autorité de la chose jugée par le juge des libertés ;

- il méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gosselin,

- les observations de M. B, représentant le préfet du Finistère.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. A ne justifiant pas avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

2. Par un arrêté 29 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. L'arrêté mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet le 20 juin 2023 et dont le délai d'exécution est expiré, et la perspective raisonnable de son départ. Le préfet indique également les modalités de l'assignation et du pointage. L'arrêté comporte ainsi les considérations de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation en fait doit donc être écarté.

4. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. A sans avoir à mentionner sa date et le lieu de sa naissance.

5. Aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. ".

6. La notification d'un arrêté intervenant postérieurement à son édiction, la circonstance que cette notification ne serait pas régulière est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux d'assignation à résidence, laquelle s'apprécie à la date de son édiction et non pas de sa notification. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu et signé les formulaires d'information prévues aux articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En mentionnant qu'il n'y a pas lieu de prononcer l'une quelconque des mesures prévues au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des libertés et de la détention n'a fait que se prononcer sur la mesure de rétention dont il était saisi et n'a pas entendu se prononcer sur les mesures que l'autorité administrative pourrait prendre au regard de la situation de M. A, lesquelles ne relèvent d'ailleurs pas de la même cause juridique. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par le juge des libertés et de la détention doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

9. M. A n'apporte aucun élément susceptible d'établir qu'il serait dans l'impossibilité de quitte le territoire français ou ne pouvoir regagner son pays d'origine. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant l'arrêté attaqué doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

11. En se bornant à indiquer que l'obligation de pointage cinq fois par semaine est excessive et complique sa vie familiale et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, M. A ne fait état d'aucune circonstance précise et particulière ne lui permettant pas de satisfaire aux obligations de pointage et de demeurer en un lieu précis et n'établit pas que l'assignation à résidence et les mesures d'accompagnement de la décision d'assignation présenteraient un caractère disproportionné ou seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2025 portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2025.

Le magistrat désigné,

signé

O. GosselinLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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