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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2503341

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2503341

lundi 26 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2503341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantJEANMOUGIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a annulé la décision du 7 mai 2025 par laquelle l'OFII refusait à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période du 2 octobre 2024 au 6 mai 2025. La requérante, entrée en France le 15 septembre 2024, avait enregistré sa demande d'asile le 2 octobre 2024, soit dans le délai de quatre-vingt-dix jours prévu à l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que l'OFII avait commis une erreur d'appréciation en lui refusant les conditions matérielles d'accueil sur ce fondement. Il a enjoint à l'OFII de réexaminer le droit de Mme B pour cette période dans un délai de quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 20 mai 2025, Mme A B, représentée par Me Jeanmougin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 mai 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 2 octobre 2024, ou à tout le moins à compter de la date à laquelle les conditions matérielles d'accueil ont cessé, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Jeanmougin d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette somme devant être versée à Mme B en cas de refus de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- il n'est pas établi qu'elle ait bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle est entrée en France le 15 septembre 2024 et a procédé à l'enregistrement de sa demande d'asile le 2 octobre 2024 en sorte que le délai de quatre-vingt-dix jours mentionné au 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respecté par elle ; si la demande d'asile ainsi enregistrée le 2 octobre 2024 a fait l'objet d'une décision de clôture le 28 janvier 2025, cette circonstance ne lui est pas imputable ; ainsi, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle avait vocation à bénéficier des conditions matérielles d'accueil du 2 octobre 2024 au 7 mai 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2025, le directeur général de l'OFII conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que, par décision du 20 mai 2025, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été accordé à Mme B à compter du 7 mai 2025, date de réouverture de sa demande d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Par une décision du 20 mai 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a accordé à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 7 mai 2025. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision attaquée en tant qu'elle refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 mai 2025 en tant qu'elle refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du 2 octobre 2024 au 6 mai 2025 :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. (). ". Le 3° de l'article L. 531-27 mentionne la situation dans laquelle, " sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, dont il est constant qu'elle est entrée en France le 15 septembre 2024, a vu sa première demande d'asile enregistrée le 2 octobre 2024, soit moins de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Par suite, c'est au prix d'une erreur d'appréciation que l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil entre le 2 octobre 2024 et le 6 mai 2025 au motif qu'elle aurait été au nombre des demandeurs d'asile visés au 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée doit donc être annulée dans cette mesure, sans qu'il soit besoin d'examiner le surplus des moyens.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Compte tenu du motif de l'annulation ainsi prononcée, il y a seulement lieu d'enjoindre à l'OFII de réexaminer le droit de la requérante au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au titre de la période du 2 octobre 2024 au 6 mai 2025, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, en prenant en compte la décision de clôture de la demande d'asile de la requérante, prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 janvier 2025.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jeanmougin, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Jeanmougin de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à celle-ci.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B dirigées contre la décision du 7 mai 2025 en tant que celle-ci refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 7 mai 2025.

Article 3 : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 7 mai 2025 est annulée en tant qu'elle refuse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B au titre de la période du 2 octobre 2024 au 6 mai 2025.

Article 4 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer le droit de Mme B au bénéfice des conditions matérielles d'accueil durant la période du 2 octobre 2024 au 6 mai 2025, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Jeanmougin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'OFII versera à Me Jeanmougin, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à celle-ci.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Jeanmougin et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2025.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière d'audience,

signé

E. Ramillet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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