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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2503525

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2503525

vendredi 27 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2503525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBEGUIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A. Ce dernier sollicitait une injonction pour que le préfet d'Ille-et-Vilaine enregistre sa demande de titre de séjour et lui délivre un récépissé l'autorisant à travailler. Le juge a estimé que la demande se heurtait à une contestation sérieuse, car aucun dossier complet n'était en cours d'instruction, le préfet ayant refusé l'enregistrement pour incomplétude. En conséquence, la condition d'utilité de la mesure n'était pas remplie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 mai et 4 juin 2025, M. B A, représenté par la Selarl Béguin Emmanuelle, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente de son instruction, un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : en l'absence de récépissé, il ne peut pas prouver la régularité de son séjour et s'expose à perdre sa promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée ;

- la mesure sollicitée est utile : en dépit des diligences qu'il a effectuées, aucune réponse ne lui a été fournie par les services de la préfecture concernant la délivrance d'un récépissé et l'instruction de sa demande alors qu'il n'est pas contesté que son dossier était complet ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- le dossier qu'il a fait parvenir en préfecture le 17 juin 2024 était complet et n'avait pas à comporter, à cette date, le contrat d'engagement au respect des principes de la République française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la demande de titre formulée par M. A le 17 juin 2024 a fait l'objet d'un refus implicite d'enregistrement pour incomplétude né le 17 octobre 2024 et il n'existe aucune demande de titre en cours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les autres conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de ces dispositions, d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant sénégalais né le 11 juin 1986, est entré en France le 12 décembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour, valable du 11 décembre 2019 au 11 mai 2020 portant la mention " travailleur temporaire ". Le 17 juin 2024, il a sollicité par voie postale la délivrance d'un titre de séjour " salarié " sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette première demande lui a été retournée en lui indiquant qu'il convenait de prendre un rendez-vous sur le site de la préfecture. Il a adressé une nouvelle demande le 25 juillet 2024 par voie postale et a été convoqué le 9 septembre 2024 aux fins d'enregistrement de son dossier mais il lui a été indiqué que cette convocation lui avait été délivrée par erreur.

5. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine fait valoir, sans être sérieusement contesté, qu'aucune demande de titre de séjour n'est actuellement en cours d'instruction pour M. A. Il résulte en effet de ce qui a été dit au point précédent que le dossier initialement déposé par M. A lui a été renvoyé pour incomplétude sans être enregistré et qu'aucun dossier n'a davantage été enregistré le 9 septembre 2024 lors de sa convocation. La demande de M. A tendant à se voir délivrer un récépissé se heurte, par suite, à une contestation sérieuse.

6. En second lieu, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. D'autre part, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

7. Il résulte des différents échanges avec les services de la préfecture que ceux-ci ont considéré que le dossier de M. A était incomplet. Si ce dernier se prévaut de ce que sa demande de titre de séjour était en réalité complète dès le 17 juin 2024 et qu'il y a lieu de l'enregistrer, il est constant qu'il a déposé, le 2 mai 2025, un recours en annulation de la décision implicite par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de telle sorte que les mesures sollicitées dans le cadre de la présente instance se heurtent également à l'exécution d'une décision administrative.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 27 juin 2025.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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