jeudi 18 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2503529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2025, M. A B, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2025, par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à venir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé avec autorisation de travail dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Béguin, une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- il viole de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur de droit ;
- il viole l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il viole l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces ont été enregistrées le 28 août 2025 pour le préfet des Côtes-d'Armor.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Roux,
- et les observations de Me Nguyen substituant Me Béguin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né en 2002, est entré régulièrement en France le 20 août 2022 puis a obtenu un titre de séjour en qualité de " travailleur saisonnier ", valable du 5 décembre 2022 au 4 décembre 2024. Sa demande, formée le 7 novembre 2023, tendant à l'obtention d'un titre de séjour vie privée et familiale en qualité de " conjoint de français " a été rejeté par un arrêté du 18 avril 2025 du préfet des Côtes-d'Armor, dont l'intéressé demande l'annulation, lui faisant également obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Georges Salaün, secrétaire général de la préfecture des Côtes-d'Armor. Il ressort des pièces du dossier que celui-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 25 novembre 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans ce département, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que les décisions en litige comportent de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, en particulier s'agissant de la situation personnelle et familiale du requérant. Ainsi le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté attaqué, que le préfet des Côtes-d'Armor doit être regardé comme ayant procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation particulière du requérant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 433-6 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6. ".
5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, si, en vertu de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'une carte de séjour est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, une telle formalité n'est pas exigée de l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui, alors qu'il réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle, sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur un autre fondement.
6. Toutefois, si M. B a présenté sa demande de carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de français avant l'expiration de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier, il ressort des motifs non contestés de l'arrêté attaqué qu'il avait méconnu les termes de cette carte de séjour en se maintenant irrégulièrement en France et en ne concluant plus de contrat de travail saisonnier. Dès lors, il ne pouvait être regardé comme résidant régulièrement sur le territoire français et comme étant entré régulièrement sur le territoire français lors de sa dernière entrée le 1er septembre 2024. Ainsi, faute d'entrée régulière à la date de la décision attaquée, le préfet des Côtes-d'Armor était fondé à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Par ailleurs, si, ainsi que le soutient le requérant, le préfet a indiqué en méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le titre de séjour " travailleur saisonnier " ne permettait pas d'envisager un changement de statut, toutefois, il résulte du point 6 que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs de l'arrêté contesté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
9. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet des Côtes-d'Armor, qui a tenu compte de la durée de présence du requérant sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'aurait pas vérifié l'existence d'un droit au séjour éventuel du requérant, quand bien même il n'a pas fait état, dans sa décision, de l'ensemble des circonstances invoquées par celui-ci.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. M. B est marié à une ressortissante française depuis le 9 septembre 2023, toutefois, les pièces versées au dossier n'établissent l'antériorité de cette relation, celle-ci doit donc être regardée comme récente à la date de la décision attaquée. En outre, le requérant a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, que l'état de santé de son épouse rendrait impératif le maintien en France de M. B et ferait obstacle à la courte séparation du couple nécessaire à l'obtention d'un visa long séjour en qualité de conjoint de Français. Par suite, en refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de l'intéressé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation, d'injonction sous astreinte et de frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Le Berre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
P. Le Roux
Le président
Signé
G. Descombes
La greffière,
Signé
L. Garval
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2503529
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026