jeudi 10 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2504652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2025, M. A E B, alors retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2025 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel il doit être renvoyé en exécution d'une interdiction du territoire français, d'une durée de trois ans, prononcée le 11 mai 2022 par le tribunal correctionnel de Toulouse.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il a été pris au terme d'une procédure qui a méconnu le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Le préfet de la Loire-Atlantique a produit des pièces mais n'a pas produit d'observations en réponse à la requête.
Vu :
- l'ordonnance du 7 juillet 2025 par laquelle le vice-président chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de liberté prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile près le tribunal judiciaire de Rennes a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-six jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy ;
- les observations de Me Louis, avocate commise d'office, représentant M. B, qui a présenté des conclusions nouvelles tendant à la mise à la charge de l'État du versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui a abandonné le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et qui a soulevé un moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les explications de M. B, assisté d'un interprète ;
- le préfet de la Loire-Atlantique n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 2001, a été condamné le 11 mai 2022, par le tribunal correctionnel de Toulouse, à une peine de dix mois d'emprisonnement délictuel, assortie d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans. Par l'arrêté attaqué du 2 juillet 2025, le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays dont M. B a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de cette interdiction prononcée par l'autorité judiciaire.
2. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, () du code pénal. ".
3. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal dans sa rédaction application à la date du jugement prononçant l'interdiction du territoire français : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / Lorsque l'interdiction du territoire accompagne une peine privative de liberté sans sursis, son application est suspendue pendant le délai d'exécution de la peine. Elle reprend, pour la durée fixée par la décision de condamnation, à compter du jour où la privation de liberté a pris fin. / () ".
4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe () le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
5. Il résulte des dispositions précitées qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire ou que la durée de cette interdiction, calculée selon les modalités prévues à l'article 131-30 du code pénal, n'est pas parvenue à son terme, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. La désignation du pays de renvoi, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police soumise notamment aux dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, et devant être motivée en application du 1° de l'article L. 211-2 de ce même code.
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à la fixation du pays à destination duquel M. B doit être éloigné. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un courrier a été adressé, le 6 juin 2025 à M. B, alors qu'il était incarcéré à la maison d'arrêt de Nantes, afin de l'inviter à présenter des observations sur la fixation du pays de renvoi. M. B n'a pas présenté d'observations écrites. Par ailleurs, un officier de police judiciaire s'est rendu sur place, le 12 juin 2025, afin de recueillir ses éventuelles observations orales, mais M. B a refusé de se rendre au parloir. Ainsi l'administration l'a mis à même de présenter des observations. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris sans qu'il ait été préalablement entendu en méconnaissance des droits de la défense.
9. En troisième lieu, M. B a fait valoir à l'audience qu'un retour en Algérie lui fait courir le risque d'être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, circonstance qu'il estime également constitutive pour lui d'une conséquence d'une exceptionnelle gravité. Il fait valoir qu'il est recherché dans son pays d'origine par les parents d'une jeune fille avec laquelle il a eu une relation sentimentale et qu'il a subi des agressions de la part du frère de cette personne avant son départ pour la France. Il produit un dossier de demande d'asile déposé en janvier 2024 alors qu'il était retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, lequel fait apparaître qu'il a, à cette occasion, déclaré être entré en France en 2019. Il ressort toutefois de ses déclarations qu'il s'est désintéressé de l'issue de sa demande d'asile, présentée cinq ans après son arrivée en France et alors qu'il était en rétention administrative, demande qui a pourtant dû être examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en procédure accélérée. Il ne produit, par ailleurs, aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère actuel du risque qu'il invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation de M. B, doivent être écartés.
10. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit, à l'appui duquel aucune argumentation permettant d'en apprécier la teneur et le bien-fondé n'est présentée, ne peut qu'être écarté.
11. Il ressort des pièces du dossier et il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué a été précédé d'un examen complet de la situation de M. B, alors même qu'il ne fait pas état de la demande d'asile présentée par le requérant en janvier 2024.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de sa demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Louis.
Décision communiquée aux parties le 10 juillet 2025, en application de l'article R. 922-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le magistrat désigné,
signé
E. Albouy
La greffière d'audience,
signé
E. RamilletLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026