jeudi 17 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2504671 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | ZAEGEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2025, M. B C, représenté par Me Zaegel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2025 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2025, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision de refus d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles du 8° de l'article L. 612-3 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant un pays de renvoi assortit l'obligation de quitter le territoire français qui est illégale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an assortit l'obligation de quitter le territoire français qui est illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'assignation à résidence a été prise alors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin ;
- les observations de Me Zaegel, représentant M. C, qui insiste sur sa situation familiale en France.
- les explications de M. C ;
- les observations de M. D, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né en 1983, est entré en France, selon ses déclarations, en août 2023. Suite à un placement en retenue aux fins de vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français, par un arrêté du 30 juin 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence à Rennes. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail () ".
3. En premier lieu, Mme E A, adjointe au chef du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, disposait d'une délégation de signature prise par un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 28 octobre 2024, publié au recueil des actes administratifs du même jour, pour signer en son nom les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, portant interdiction de retour et fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En second lieu, si M. C fait valoir qu'il vit en concubinage depuis près d'un an avec une ressortissante française, qu'ils ont emménagé ensemble en décembre 2024, que sa compagne est enceinte, qu'il entend travailler et que sa sœur et son frère résident en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est entré, selon ses déclarations récemment en France en 2023 où il y séjourne irrégulièrement sans avoir sollicité un titre de séjour, qu'il ne produit aucun élément justifiant une insertion professionnelle, sociale ou amicale particulière, et que l'intensité et la durée de sa relation avec une ressortissante françaises sont récentes. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale en Algérie, pays où il a vécu pendant une vingtaine d'années. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté, à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt général dans lesquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
5. Selon l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire lorsqu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque, comme le prévoit l'article L. 612-3, l'étranger qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ou a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ou encore ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité.
6. Si M. C fait valoir qu'il est installé en France avec sa compagne, ressortissante française actuellement enceinte, il ressort des pièces du dossier qu'il ne justifie pas être entré régulièrement en France, qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'est pas en mesure de présenter des documents de voyage en cours de validité. Il a également indiqué, lors de son audition par les services de police réalisée dans le cadre de la vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français, qu'il n'avait pas l'intention de quitter la France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions citées au point 5 ou serait entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
7. L'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays () à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français qui serait illégale, les moyens dirigés contre cette décision étant tous écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
8. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ".
9. M. C n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an aurait été prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français qui serait illégale, les moyens dirigés contre cette décision étant tous écartés.
10. Si M. C fait valoir qu'il entretient une vie amoureuse avec une ressortissante française depuis près d'un an, qu'ils ont une vie commune depuis le 14 décembre 2024 et que sa compagne attend un enfant, ces circonstances ne sont pas de nature à révéler une circonstance humanitaire. Dans ces conditions, même si l'intéressé fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour méconnaîtrait les dispositions citées au point 8 ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours :
11. Le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, lorsqu'il fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. ".
12. M. C n'est pas fondé à soutenir que l'assignation à résidence aurait été prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français qui serait illégale, les moyens dirigés contre cette décision étant tous écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 30 juin 2025 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.
Le magistrat désigné,
signé
F. Martin
La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026