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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2504896

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2504896

vendredi 1 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2504896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCASTILLO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de l'arrêté du préfet du Finistère du 27 décembre 2024 prescrivant des travaux de traitement de l'insalubrité. La requête est rejetée car la requête au fond en annulation, enregistrée le 3 juillet 2025, est tardive, le délai de recours contentieux de deux mois ayant expiré, et cette irrecevabilité rend impossible la création d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Castillo, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le préfet du Finistère a prescrit la réalisation de travaux en vue du traitement de l'insalubrité de l'immeuble sis 24, rue du Pont à Douarnenez (parcelle cadastrée section AL n° 108) ;

2°) de lui accorder les plus larges délais pour lui permettre de vendre cet immeuble ou de réaliser les travaux prescrits par le préfet du Finistère.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'étant surendetté, l'arrêté contesté aurait des conséquences irréversibles sur situation ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté, car le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, au regard de ses obligations familiales et de ses charges financières et fiscales, et ce alors qu'il avait sollicité un délai pour trouver un acquéreur à même de reloger les locataires, qui n'acquittent plus leur loyer, et pour effectuer les travaux demandés par cette autorité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête à fin d'annulation est irrecevable pour tardiveté, si bien que la requête à fin de suspension doit être rejetée ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête au fond n° 2504637, enregistrée le 3 juillet 2025 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Met, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 juillet 2025 :

- le rapport de M. Met ;

- les observations de M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, qu'il reprend et développe : il rappelle la grande précarité financière dans laquelle il se trouve et l'absence de patrimoine personnel lui permettant d'assumer les travaux, dont il ne nie pas qu'une partie est nécessaire ; il détaille les démarches qu'il a menées pour procéder à des travaux et qui ont échoué faute d'obtenir un financement ; enfin, il explique qu'une partie des désordres affectant l'appartement n° 2 a pour origine la négligence des anciens locataires occupant l'appartement du dessus, et qu'hormis son conflit avec locataire de cet appartement, ses relations ont toujours été bonnes avec ses locataires.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Si la requête tendant à l'annulation du ou des actes administratifs dont la suspension est demandée est irrecevable, aucun des moyens présentés au soutien d'une requête formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité du ou des actes administratifs contestés. Lorsqu'elle ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés, l'irrecevabilité de la requête à fin d'annulation doit être relevée, le cas échéant d'office, pour constater que la requête à fin de suspension ne peut qu'être rejetée.

2. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. L'immeuble à usage d'habitation collective sis 24, rue du Pont à Douarnenez appartenant aux époux A a fait l'objet de visites par la délégation départementale du Finistère de l'agence régionale de santé de Bretagne en novembre 2023 et avril 2024. Par un courrier du 10 septembre 2024 se fondant sur le rapport du 15 juillet 2024 établi en suite de ces visites, et qui faisait état de nombreux et graves désordres affectant les appartements et les parties communes de cet immeuble, le préfet du Finistère a informé les propriétaires de son intention d'édicter un arrêté de traitement de l'insalubrité et leur a demandé de présenter leurs éventuelles observations à cet égard. À l'issue de la procédure contradictoire, par un arrêté du 27 décembre 2024, dont la notification mentionnait les délais et les voies de recours ouverts à son encontre, le préfet a mis en demeure M. et Mme A de réaliser, dans un délai de douze mois, divers travaux de traitement de l'insalubrité, et de proposer, dans un délai d'un mois, une solution d'hébergement à leurs locataires.

4. Par lettre recommandée avec accusé de réception datée du 17 mars 2025, l'autorité préfectorale a rejeté le recours gracieux que M. A avait formé, par un courrier notifié le 31 janvier 2025, contre l'arrêté litigieux. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant cette lettre, vainement présenté au domicile de M. A les 21 et 22 mars 2025, a été mis en instance au bureau de poste jusqu'au 9 avril suivant, date à laquelle, faute pour le requérant de l'avoir retiré, il a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé non réclamé ". Le préfet établit ainsi avoir régulièrement notifié le rejet du recours gracieux de M. A à la date du 21 mars 2025, de sorte que le délai de recours contentieux contre l'arrêté litigieux a recommencé à courir à compter de cette date, la seconde notification de ce rejet le 5 mai 2025 n'ayant pas eu pour effet de faire courir à nouveau ce délai. Or la requête en annulation de M. A a été enregistrée au greffe du tribunal administratif le 3 juillet 2025, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Il suit de là qu'ainsi que le préfet le fait valoir, cette requête est tardive, de sorte que les conclusions de la requête en suspension de M. A ne peuvent qu'être rejetées, y compris, en tout état de cause, les conclusions en injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.

Copie pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 1er août 2025.

Le juge des référés,

signé

F. Met

La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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