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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2505006

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2505006

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2505006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantVERVENNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par M. A, ressortissant comorien, afin d'obtenir une injonction à l'encontre du préfet du Morbihan pour lui fixer un rendez-vous et lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour. Le juge a rejeté la requête, considérant que la demande de titre de séjour de M. A était toujours en cours d'instruction et que la condition d'urgence n'était pas suffisamment établie. La solution retenue s'appuie sur les dispositions des articles L. 521-3 du code de justice administrative et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18, 29 et 30 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Vervenne, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui communiquer, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une date de rendez-vous en vue de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, dans un délai maximal de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée, dès lors qu'il établit avoir tenté en vain, de manière régulière et répétée, d'obtenir un rendez-vous auprès des services préfectoraux pour enregistrer sa demande de titre de séjour ;

- sa demande de rendez-vous ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;

- l'absence de réponse à la demande qu'il a déposée depuis plus de quatre mois, sa vie commune avec une compatriote en séjour régulier sur le territoire français, la présence de leurs deux enfants mineurs ainsi que des enfants français de sa compagne justifient qu'un rendez-vous lui soit accordé dans un délai bref ;

- l'enregistrement puis l'instruction de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un document provisoire de séjour lui permettront de se maintenir en France, d'y travailler et de subvenir aux besoins de sa famille ;

- il a sollicité un rendez-vous à plusieurs reprises depuis que les services préfectoraux ont réceptionné, le 4 mars 2025, sa demande de titre de séjour, en vain.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 et 30 juillet 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la demande de titre de séjour déposée par M. A est en cours d'instruction, que la complétude de son dossier sera prochainement examinée puis qu'elle fera l'objet d'une décision à l'issue d'une réunion prévue au mois d'août prochain.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 432-1 de ce code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. M. A, ressortissant comorien, né le 12 mars 1985 à M'Vouni Bambao, est entré en France le 25 octobre 2012, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 17 septembre 2013. Le titre de séjour qui lui a été délivré pour la période du 1er novembre 2013 au 31 octobre 2014 n'a pas été renouvelé, faute pour l'intéressé d'avoir poursuivi ses études. Après avoir contracté, le 16 décembre 2019, un pacte civil de solidarité avec une ressortissante comorienne, séjournant régulièrement sur le territoire français et déjà mère de deux enfants, M. A a sollicité à deux reprises son admission exceptionnelle au séjour. Le préfet du Morbihan lui a opposé deux décisions de refus de séjour, le 26 janvier 2021 puis le 25 septembre 2024. Père de deux enfants, nés en 2020 et en 2025, M. A a adressé, par voie postale, aux services de la préfecture du Morbihan, une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour, dont il a été accusé réception le 4 mars 2025.

5. Le préfet du Morbihan fait valoir dans ses écritures en défense que la demande de titre de séjour déposée par M. A est toujours en cours d'instruction, qu'il n'a pas encore été procédé à la vérification de la complétude du dossier transmis et qu'une décision sera prise à l'issue d'une réunion prévue au mois d'août prochain. Dans ces circonstances, la mesure sollicitée par le requérant tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan de lui fixer un rendez-vous pour procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour apparaît dépourvue d'utilité et d'urgence.

6. Au surplus, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer que le dossier déposé était complet, ainsi que le requérant le soutient, une décision implicite de rejet est nécessairement née du silence conservé par le préfet du Morbihan dans le délai de quatre mois suivant la réception de la demande de titre de séjour de M. A. Dans ces conditions, si le requérant demande également la remise d'un récépissé de titre de séjour en application des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle mesure a pour effet de faire obstacle à l'exécution de cette décision implicite de rejet.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, en ce comprises celles présentées aux fins d'astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Une copie de la présente ordonnance sera transmise pour information à préfet du Morbihan.

Fait à Rennes, le 30 juillet 2025.

La juge des référés,

signé

M. Thalabard

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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