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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2505122

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2505122

mardi 5 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2505122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantVAILLANT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme et M. B, qui contestaient le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de leur accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen de leur vulnérabilité et l'erreur de droit. La solution retenue est fondée sur les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), qui permettent de refuser ces conditions aux demandeurs d'asile en cas de demande de réexamen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2025, Mme E B et M. A B, représentés par Me Vaillant, demande au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 17 juillet 2025 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 17 juillet 2025 dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle provisoire ne lui serait pas accordée, de lui allouer cette somme.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux au regard de leur vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 141-3 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blanchard, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard, magistrat désigné ;

- les observations de Me Vaillant, qui a repris et développé les moyens de la requête.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante philippine, et M. A B, ressortissant pakistanais, ont sollicité l'asile en France. Leur recours contre la décision rejetant leur demande d'asile a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2025. Ils ont déposé une demande de réexamen le 17 juillet 2025. Le même jour, la directrice territoriale de Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues aux articles L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. et Mme B justifiant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice territoriale à Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation de signature régulière, conformément à la décision du 3 février 2025 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale des intéressés, les conditions matérielles d'accueil leur sont refusées au motif qu'ils présentent une demande de réexamen de leur demande d'asile, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants, notamment au regard de leur vulnérabilité, avant de prendre la décision litigieuse. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. () ". L'article L. 551-10 du même code dispose : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". L'article R. 551-23 prévoit : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

7. En l'espèce, il résulte de la fiche réalisée à l'occasion de l'entretien de vulnérabilité de M. et Mme B que cet entretien a été conduit avec l'assistance d'un interprète en langue ourdou. Si Mme B soutient ne pas parler la langue ourdou, il est constant que son conjoint comprend cette langue et qu'il a donc été en mesure de lui communiquer l'information qu'il avait lui-même reçue à l'occasion de l'entretien sur les modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Mme B a au demeurant signé la fiche d'entretien de vulnérabilité, qui comprend une mention attestant qu'elle a été informée dans une langue qu'elle comprend de ces modalités. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 141-3, L. 551-10 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

9. En l'espèce, M. et Mme B font valoir qu'ils sont parents de deux enfants mineurs, âgés de 3 et 10 ans, et qu'ils ne disposent que d'un hébergement précaire chez un tiers. Ils n'apportent toutefois pas de précision sur la nature de leurs relations avec la personne chez qui ils résident et ne soutiennent pas, par ailleurs, avoir entrepris de démarches pour obtenir un hébergement auprès des structures spécialisées dans la prise en charge des personnes en situation de précarité. Les requérants font également valoir qu'ils sont dénués de ressources. Toutefois, ces seuls éléments ne caractérisent pas une situation particulière de vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, en estimant que l'état de vulnérabilité de M. et Mme B ne permettait pas d'écarter les dispositions du premier alinéa de l'article

L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la directrice territoriale de l'OFII n'a pas méconnu cet article ni entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur de fait.

10. En dernier lieu, aux termes du point 2 de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " Les Etats membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'Etat membre ".

11. Si les termes précités de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 permettent de fonder un refus partiel des conditions matérielles d'accueil, ils ne s'opposent pas à ce qu'un État membre refuse totalement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au demandeur d'asile qui n'a pas introduit, sans raison valable, sa demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre, dès lors que ce refus intervient après un examen de la situation particulière de cette personne et est motivé. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions de la requête aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2025.

Le magistrat désigné,

signé

A. BlanchardLa greffière,

signé

E. Leloup

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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