Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juillet 2025 et 30 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Degirmenci, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de condamner, sur le fondement des dispositions de l’article R. 541-1 du code de justice administrative, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes à lui verser une provision d’un montant de 12 959,10 euros à valoir sur la première tranche de l’aide à la reprise et à la création d’entreprise (ARCE) qui lui est due à la date du 1er avril 2025, provision assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 janvier 2025 ;
2°) d’enjoindre au CHU de Rennes de lui verser cette somme dans un délai de dix jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au CHU de Rennes de fixer le montant définitif dû au titre de l’ARCE, assorti des intérêts au taux légal à compter du 27 janvier 2025, dans un délai de quatorze jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge du CHU de Rennes le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ancien agent contractuel employé par le CHU de Rennes jusqu’au 30 septembre 2024, il s’est inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi le 1er janvier 2025 ;
- suite à sa démission des fonctions occupées au sein du CHU de Rennes et à la conclusion d’un contrat à durée indéterminée dans le secteur privé, il a été involontairement privé d’emploi ;
- gérant de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) LPH Data dont il a le contrôle effectif et bénéficiaire de l’aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (ACRE) mais pas au cours des trois années précédant la création de cette société, il a droit au versement de l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise (ARCE) en lieu et place de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) dont les droits lui ont été ouverts à compter du mois de janvier 2025 ; il bénéficie d’un droit d’option entre ces deux allocations sans que l’opportunité de son choix ne puisse être discutée ;
- le bénéfice de l’ARCE n’est conditionné par la démonstration d’aucune situation budgétaire ou financière particulière ;
- au 1er avril 2025, le CHU de Rennes lui est, en application des règles de calcul de l’article 35 du règlement d’assurance chômage, redevable d’une somme de 12 959,10 euros au titre de la première tranche de l’ARCE ;
- les montants versés au titre de l’ARE devront être déduits par le CHU de Rennes sur la seconde tranche de l’ARCE.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2025, le CHU de Rennes, représenté par Me Lacroix de la société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Minier Maugendre & Associées, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A... le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le requérant n’établit pas ne pas avoir été involontairement privé d’emploi ;
- le requérant n’établit pas qu’il bénéficie de l’ACRE et qu’il n’en a pas bénéficié les trois années précédant la création de sa société en l’absence de production d’une attestation en ce sens dressée par l’Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (URSSAF) ;
- il n’est pas tenu de verser l’ARCE sur demande de l’intéressé en lieu et place de l’ARE ;
- le requérant ne peut se prévaloir de ses dépenses personnelles qui sont sans lien avec la création de son entreprise pour établir son besoin au versement de l’ARCE ; certaines de ces dépenses ne sont pas établies, tout comme leur actualité et l’incapacité du foyer à les assumer ;
- l’ARE perçue doit être déduite du montant de l’ARCE de sorte qu’il lui revient d’en calculer le montant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;
- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;
- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
M. A... a exercé des fonctions de développeur informatique au sein du CHU de Rennes par application d’un contrat à durée déterminé conclu le 28 mars 2022 et valable jusqu’au 27 mars 2023 inclus. Suite à la conclusion de plusieurs avenants, le dernier en date du 23 novembre 2023, le terme du contrat de travail de M. A... a été reporté au 31 décembre 2024. Celui-ci a cependant démissionné à compter du 30 septembre 2024 afin de conclure un contrat de travail à durée indéterminée au sein d’une société de droit privé. Le 1er janvier 2025, M. A... s’est inscrit sur la liste des demandeurs d’emploi auprès de France Travail qui l’a redirigé vers le CHU de Rennes pour le versement de ses allocations. Le 10 janvier 2025, M. A... a fait immatriculer la SASU LPH Data au registre du commerce et des sociétés de Paris. Par une décision du 28 février 2025, la directrice des ressources humaines du CHU de Rennes a refusé d’ouvrir à M. A... des droits à l’ARCE mais lui a ouvert des droits à l’ARE à compter du 1er janvier 2025. Par un courrier du 30 mai 2025, reçu par les services de cet établissement le 4 juin suivant, l’intéressé a présenté une demande indemnitaire préalable tendant au versement de la somme de 12 959,10 euros. Par la requête visée ci-dessus, M. A... demande au juge des référés de condamner le CHU de Rennes à lui verser une provision à valoir sur ses droits sur la première tranche d’ARCE au 1er avril 2025.
Sur la provision :
Aux termes de l’article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ». Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s’assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l’existence d’une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n’a d’autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l’obligation dont les parties font état. Dans l’hypothèse où l’évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d’une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
D’une part, aux termes de l’article L. 5424-1 du code du travail : « Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : (…) 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat (…) ». Aux termes de l’article L. 5424-2 du même code : « Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. (…) ». Aux termes de l’article R. 5424-2 du même code : « Lorsque, au cours de la période retenue pour l'application de l'article L. 5422-2, la durée totale d'emploi accomplie pour le compte d'un ou plusieurs employeurs affiliés au régime d'assurance a été plus longue que l'ensemble des périodes d'emploi accomplies pour le compte d'un ou plusieurs employeurs relevant de l'article L. 5424-1, la charge de l'indemnisation incombe à l'opérateur France Travail pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1. / Dans le cas contraire, cette charge incombe à l'employeur relevant de l'article L. 5424-1, ou à celui des employeurs relevant de cet article qui a employé l'intéressé durant la période la plus longue. »
D’autre part, aux termes de l’article L. 131-6-4 du code de la sécurité sociale dans sa version applicable au litige : « I.-Bénéficient de l'exonération des cotisations dues aux régimes d'assurance maladie, maternité, veuvage, vieillesse, invalidité et décès et d'allocations familiales dont elles sont redevables au titre de l'exercice de leur activité les personnes qui créent ou reprennent une activité professionnelle ou entreprennent l'exercice d'une autre profession non salariée (…) sous la forme d'une société, à condition d'en exercer effectivement le contrôle, notamment dans le cas où cette création ou reprise prend la forme d'une société mentionnée aux 11°, 12° ou 23° de l'article L. 311-3 du présent code (…) IV.-Une personne ne peut bénéficier de l'exonération mentionnée au I pendant une période de trois ans à compter de la date à laquelle elle a cessé d'en bénéficier au titre d'une activité antérieure. » Jusqu’au 1er janvier 2026, seuls les travailleurs indépendants listés à l’article L. 631-1 de ce code devaient formuler une demande auprès de l’URSSAF pour bénéficier de l’exonération prévue par les dispositions précitées. En outre, le 23° de l’article L. 311-3 du code de la sécurité sociale mentionne notamment les sociétés par actions simplifiées. Aux termes de l’article 1er du règlement d’assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019 visé ci-dessus : « Le régime d'assurance chômage assure un revenu de remplacement dénommé « allocation d'aide au retour à l'emploi », pendant une durée déterminée, aux salariés qui remplissent des conditions relatives au motif de fin du contrat de travail et à la durée d'affiliation, ainsi que des conditions d'âge, d'aptitude physique, de chômage, d'inscription comme demandeur d'emploi et de recherche d'emploi. » Aux termes de l’article 35 de ce règlement : « § 1er - Une aide à la reprise ou à la création d'entreprise est attribuée, à sa demande, à l'allocataire repreneur ou créateur d'entreprise, qui justifie de l'obtention de l'exonération mentionnée à l'article L. 131-6-4 du code de la sécurité sociale. (…) Le montant de l'aide est égal à 60 % d'un capital correspondant au produit du nombre de jours au titre desquels l'allocation reste due à la date d'attribution de l'aide par le montant de l'allocation journalière servie à cette date. / L'aide donne lieu à deux versements égaux : / - le premier paiement intervient à la date à laquelle l'intéressé réunit l'ensemble des conditions d'attribution de l'aide, après expiration, le cas échéant, des différés mentionnés à l'article 21 et du délai d'attente mentionné à l'article 22 dans les conditions prévues à l'article 23 ; / - le second paiement intervient six mois après la date du premier paiement, sous réserve que l'intéressé justifie toujours exercer l'activité au titre de laquelle l'aide a été accordée. / La durée que représente le montant de l'aide versée est imputée sur le reliquat des droits restant à la date d'attribution de l'aide. Le cas échéant, cette imputation est effectuée en priorité sur la part du reliquat qui est affectée par la dégressivité mentionnée à l'article 17 bis. (…) ». Aux termes de l’article 72 de la loi du 6 août 2019 visée ci-dessus : « (…) IV. - L'article L. 5424-1 du code du travail s'applique aux personnels mentionnés aux 1°, 2°, 5° et 7° du même article L. 5424-1 (…) ». Aux termes de l’article 1er du décret du 16 juin 2020 : « Les caractéristiques de l'allocation d'assurance chômage à laquelle ont droit les personnels mentionnés au IV de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 susvisée sont définies par les mesures d'application du régime d'assurance chômage déterminées dans les conditions définies aux articles L. 5422-20 et L. 5524-3 du code du travail et par les dispositions du présent décret. ». Aux termes de l’article 2 du même décret : « Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : (…) 3° Les personnels de droit public ou de droit privé dont le contrat a pris fin durant ou au terme de la période d'essai, à l'initiative de l'employeur ; (…) ». Enfin, aux termes de l’article 5 du même décret : « En complément des cas de maintien du versement de l'allocation prévus par les mesures d'application du régime d'assurance chômage mentionnées à l'article 1er, le versement de l'allocation est maintenu pour les allocataires qui bénéficient de l'exonération mentionnée à l'article L. 131-6-4 du code de la sécurité sociale. Dans ce cas, l'allocation peut leur être versée, sur leur demande, dans les mêmes conditions que celles prévues pour l'aide à la reprise ou à la création d'entreprise fixée par les mesures d'application du régime d'assurance chômage précitées. »
Il résulte de ces dispositions combinées que le bénéfice du versement de l’ARCE sous forme d’un capital est étendu aux agents fonctionnaires et non fonctionnaires relevant des trois versants de la fonction publique, en situation de privation d'emploi, dans les conditions identiques à celles permettant son versement aux salariés du secteur privé. Ces dispositions ne confèrent pas à l’administration la faculté de refuser l’attribution de l’ARCE à l’allocataire qui, optant pour le versement en capital, en remplit les conditions.
Il est constant qu’il appartient au CHU de Rennes, conformément aux dispositions précitées, d’assurer au requérant le service de l’allocation d’assurance chômage, celui-ci ayant été employé le plus longtemps par cet établissement au cours de la période de référence pour le calcul de ses droits à cette allocation. Il résulte par ailleurs de l’instruction, et en particulier de l’attestation remplie par son dernier employeur, que M. A... a été involontairement privé d’emploi en raison d’une rupture de son contrat de travail au cours de sa période d’essai à l’initiative de l’employeur conformément aux dispositions précitées. En revanche, si, comme le soutient le requérant, le président d’une société par action simplifiée est éligible à l’exonération de cotisations prévue par les dispositions précitées de l’article L. 131-6-4 du code de la sécurité sociale, il résulte des dispositions précitées de l’article 35 du règlement d’assurance chômage qu’il appartient au demandeur de l’ARCE, afin de bénéficier de cette aide, de justifier de l’obtention de cette exonération. La circonstance selon laquelle cette exonération pouvait, avant le 1er janvier 2026, être accordée au requérant sans aucune démarche de sa part n’est pas de nature à elle seule à justifier de l’obtention effective de celle-ci alors qu’il appartient à l’URSSAF de contrôler qu’il remplit les conditions pour en bénéficier. Au demeurant, M. A... n’apporte pas la preuve de ce que cette exonération ne lui a pas déjà été accordée au cours des trois années précédant l’immatriculation de la SASU LPH Data, condition requise afin qu’il puisse en bénéficier de nouveau en tant que président de cette dernière conformément aux dispositions précitées. Par suite, en se bornant à produire une attestation sur l’honneur, laquelle fait seulement état d’une absence de réception d’une décision de refus de l’exonération en cause par l’URSSAF, ainsi que deux courriels de relance adressés à cet organisme les 14 avril et 27 mai 2025, le requérant n’établit pas, alors que la défense le remet en cause, bénéficier de cette exonération. Dans ces conditions, la créance dont M. A... se prévaut apparaît, en l’état de l’instruction, sérieusement contestable. Ses conclusions tendant à titre principal au versement d’une provision doivent en conséquence être rejetées, tout comme les conclusions accessoires à celles-ci aux fins d’injonction, d’astreinte et de versement des intérêts. Il en va nécessairement de même, outre les conclusions qui leur sont accessoires relatives aux intérêts et à l’astreinte, de ses conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à ce qu’il soit enjoint au CHU de Rennes de fixer le montant de sa créance, mesure que ne saurait au demeurant ordonner le juge des référés qui, saisi au titre des dispositions précitées de l’article R. 541-1 du code de justice administrative, peut uniquement accorder une provision dont il lui appartient de déterminer le montant non sérieusement contestable.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CHU de Rennes, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.
Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. A... le versement au CHU de Rennes d’une somme sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le CHU de Rennes sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au centre hospitalier universitaire de Rennes.
Fait à Rennes, le 20 janvier 2026.
Le président,
signé
A. Poujade
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.