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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2505382

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2505382

mardi 26 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2505382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS NAUSICA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'exécution du refus d'autorisation d'instruction dans la famille pour le jeune René, présentée par ses parents. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les requérants n'ayant pas démontré que la scolarisation en établissement était impossible en raison de leurs contraintes professionnelles. Il a également considéré qu'aucun moyen soulevé, notamment celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ou de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La décision se fonde sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 131-5 du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2025, M. B C et Mme A C, représentés par la SELAS Nausica avocats, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 juin 2025 par laquelle la commission de l'académie de Rennes a, sur recours administratif préalable obligatoire, rejeté leur demande d'autorisation d'instruction dans la famille de leur fils René au titre de l'année scolaire 2025-2026, ainsi que la décision du directeur académique des services de l'éducation nationale du Morbihan du 14 mai 2025 leur refusant cette autorisation ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fils sur le fondement du 3° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige a pour effet de les contraindre à inscrire leur enfant dans un établissement d'enseignement afin de respecter l'obligation d'assiduité et que le respect d'une telle obligation est impossible pour eux compte tenu des déplacements professionnels de la cellule familiale ; leurs activités professionnelles respectives rendent urgente la mise en place d'une organisation scolaire souple ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige de refus d'autorisation d'instruction dans la famille dès lors qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur fils en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi qu'à leur droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2025, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête au fond n° 2505381 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 août 2025 :

- le rapport de Mme René,

- les observations de Me Barreau Azema, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle insiste, s'agissant de la condition d'urgence, sur l'impossibilité de scolariser le jeune René dans un établissement d'enseignement compte tenu en particulier des déplacements nécessités par l'activité professionnelle de son père, sur la circonstance que la décision en litige préjudicie à la situation de l'enfant et sur le fait que la décision au fond interviendra nécessairement tardivement et, s'agissant de la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision, sur les circonstances que les déplacements professionnels de M. C, dont la réalité est suffisamment établie, caractérisent une situation d'itinérance de la famille et que les deux parents détenteurs de l'autorité parentale sont concernés par des déplacements professionnels imposés par leur activité professionnelle ;

- et les observations de M. D, représentant le recteur de l'académie de Rennes, qui rappelle les arguments développés dans les écritures en défense ; il insiste sur l'absence de démonstration par les requérants de la situation d'itinérance de la famille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont les parents du jeune René, âgé de 4 ans. Ils ont présenté, le 21 mars 2025, une demande d'autorisation d'instruction en famille pour l'année scolaire 2025-2026 au motif de l'itinérance de la famille en France. Par une décision du 14 mai 2025, le directeur académique des services de l'éducation nationale du Morbihan a rejeté leur demande. Les intéressés ont formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, qui a été rejeté par une décision de la commission de recours de l'académie de Rennes du 3 juin 2025, laquelle s'est substituée à la précédente décision du 14 mai 2025. M. et Mme C demandent, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du refus d'autorisation d'instruction en famille.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative () fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Aux termes de l'article L. 131-2 du code de l'éducation, dans sa version en vigueur à compter du 1er septembre 2022 : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5. ". L'article L. 131-5 de ce code prévoit notamment que : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / () / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; (). ". Aux termes de l'article R. 131-11-4 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'itinérance en France des personnes responsables de l'enfant, elle comprend toutes pièces utiles justifiant de l'impossibilité pour l'enfant de fréquenter assidûment, pour ces raisons, un établissement d'enseignement public ou privé. / Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public, elle comprend toutes pièces utiles établissant cet éloignement. ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit autorisée à titre dérogatoire, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part, dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

4. En l'espèce, la commission de l'académie de Rennes chargée d'examiner les recours administratifs préalables obligatoires exercés contre les décisions de refus d'autorisation d'instruction en famille a en particulier estimé que M. et Mme C n'établissaient pas une itinérance de la famille en France qui empêcherait leur enfant de fréquenter assidûment un établissement d'enseignement public ou privé.

5. Les requérants invoquent leurs activités professionnelles respectives pour démontrer la réalité de l'itinérance de la famille. Toutefois, d'une part, l'emploi du temps prévisionnel de M. C entre septembre 2025 et mars 2026 mentionnant des déplacements en semaine dans diverses communes du grand ouest de la France ainsi que les factures et devis produits ne permettent pas d'établir une situation d'itinérance de la famille au sens des dispositions précitées de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. De même, par la seule attestation produite, il n'est pas démontré que Mme C serait depuis peu gérante d'une société, ni que cette activité nécessiterait des déplacements empêchant son enfant de fréquenter assidûment un établissement d'enseignement. Dans ces conditions, les allégations des requérants et les pièces produites à l'instance ne permettent pas, en l'état de l'instruction, d'établir une itinérance avérée de la famille au cours de l'année scolaire 2025-2026 qui ferait obstacle à la scolarisation de leur enfant dans un établissement d'enseignement et nécessiterait qu'il soit fait droit, dans l'intérêt supérieur de cet enfant, à la demande d'autorisation présentée sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation n'est pas de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Aucun des autres moyens invoqués et analysés ci-dessus, tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, n'est davantage de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Par suite, la requête de M. et Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et Mme A C, ainsi qu'au recteur de l'académie de Rennes.

Fait à Rennes, le 26 août 2025.

La juge des référés,

C. René

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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