Le Tribunal Administratif de Rennes (6ème chambre) a examiné le recours pour excès de pouvoir de Mme A..., ressortissante congolaise, contre l'arrêté du 3 juin 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire, et lui interdisant le retour pour un an, ainsi que contre l'arrêté du 6 août 2025 l'assignant à résidence. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir pour tardiveté soulevée par le préfet, faute de preuve de la date de notification de la décision d'aide juridictionnelle. Sur le fond, il a annulé les décisions contestées en se fondant sur une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales, et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de la requérante.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2025, Mme B..., représentée Me Vaillant, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet d’Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) d’annuler la décision du 6 août 2025 par laquelle le préfet d’Ille-et-Vilaine l’a assignée à résidence et l’a soumise à une obligation de pointage ;
3°) d’enjoindre au préfet d’Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, l’ensemble dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) d’enjoindre au préfet d’Ille-et-Vilaine, de procéder ou de faire procéder au retrait des informations la concernant dans le système d’information Schengen dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
Sa requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour et l’obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions violent l’arrêté du 27 décembre 2016 ;
- elles sont entachées d’insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen complet et approfondi de sa situation ;
- elles sont entachées d’erreur de fait ;
- elles méconnaissent l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elles méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi viole l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le préfet méconnu l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision d’interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les articles L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’erreur d’appréciation ;
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence et obligation de pointage :
- la décision est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle entachée d’insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen ;
- elle entachée d’erreur manifeste d’appréciation et violation de l’article R.733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2025, le préfet d’Ille-et-Vilaine conclut à l’irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son au rejet au fond.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Le Roux ;
- et les observations de Me Vaillant, représentant Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., ressortissante de la république démocratique du Congo née en 1999, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 15 janvier 2022, démunie de tout visa. La demande d’asile qu’elle a présentée le 10 février 2022 a été rejetée par décision du 31 mai 2022 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 7 février 2023. Mme A... a également formé une demande de titre de séjour le 31 mai 2022 à raison de son état de santé. Par un arrêté du 3 juin 2024 le préfet d’Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par un autre arrêté du 6 août 2025, le préfet d’Ille-et-Vilaine l’a assignée à résidence et l’a soumise à une obligation de pointage Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de ces deux arrêtés.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Contrairement à ce que fait valoir le préfet d’Ille-et-Vilaine le cachet apposé par le greffe du bureau d’aide juridictionnelle indiquant une date de notification au 23 novembre 2024 ne saurait être regardé comme mentionnant la notification de cette décision à son bénéficiaire. Par suite, en l’absence de date certaine de notification de la décision d’aide juridictionnelle, le préfet d’Ille-et-Vilaine n’est pas fondé à se prévaloir de la tardiveté de la requête.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que pour examiner le droit au séjour de Mme A..., le préfet d’Ille-et-Vilaine a regardé l’intéressée comme étant née à « Pointe Noire (Congo (RDC)), de nationalité congolaise ». Ce disant, le préfet a opéré une confusion entre la République démocratique du Congo (RDC), ayant Kinshasa pour capitale et la République du Congo ayant Brazzaville comme capitale, et a attribué, par conséquent, une nationalité erronée à la requérante. Dans ces conditions, cette dernière est fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet d’Ille-et-Vilaine lui a refusé le séjour est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu’il y a lieu d’annuler la décision portant refus de séjour prise à l’encontre de Mme A... par le préfet d’Ille-et-Vilaine le 3 juin 2024 ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français lui octroyant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et l’interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d’un an, et celle du 6 août 2025 portant assignation à résidence de l’intéressée.
Sur les conclusions présentées à fin d’injonction :
5. D’une part, eu égard au motif d’annulation retenu par le présent jugement, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet d’Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A... dans un délai d’un mois et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.
6. D’autre part, le présent jugement, qui prononce l’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique nécessairement que le préfet supprime le signalement aux fins de non-admission du requérant dans le système d’information Schengen. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de procéder à cette suppression dans un délai d’un mois à compter de la notification de ce jugement.
Sur les frais de l’instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à Me Vaillant, avocate de Mme A..., en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : Les arrêtés des 3 juin 2024 et 6 août 2025 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d’Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A..., dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’État versera à Me Vaillant, avocate de Mme A... la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission de Mme A... dans le système d’information Schengen dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B..., à Me Vaillant et au préfet d’Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l’audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
P. Le Roux
Le président,
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au préfet d’Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.