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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2505813

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2505813

lundi 15 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2505813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme A, ressortissante angolaise, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeurs d'asile. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que l'administration avait procédé à un examen particulier de sa situation, notamment de sa vulnérabilité. Il a également estimé que la procédure était régulière, l'entretien de vulnérabilité ayant été mené par un agent qualifié conformément à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Enfin, le tribunal a considéré que le refus n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, Mme A n'ayant pas justifié d'un motif légitime pour le dépôt tardif de sa demande d'asile, en application de l'article L. 551-15 du CESEDA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2025, Mme B A, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 août 2025 par laquelle la directrice territoriale de Rennes de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de Rennes de l'OFII de procéder à un réexamen de sa situation, de lui proposer un hébergement et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile à compter du dépôt de sa demande dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement au profit de son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen particulier de sa situation de vulnérabilité ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en ce qu'il n'est pas établi que l'entretien de vulnérabilité a été mené par un agent qualifié, conformément aux dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'un vice de procédure, faute d'établir que l'information sur les modalités de retrait et de cessation des conditions matérielles d'accueil lui a été délivrée, conformément aux dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que sa situation relève d'un motif légitime justifiant le dépôt de sa demande d'asile au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours et en ce qu'elle ne dispose d'aucune ressource pour subvenir à ses besoins du quotidien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2025, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thalabard a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante angolaise, qui déclare être née le 7 mai 1998 à Luanda (Angola), est entrée en France le 6 mai 2024. Elle a déposé une demande d'asile, le 20 août 2025, et s'est alors vu remettre par les services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine une attestation de demande d'asile en procédure accélérée, valable jusqu'au 19 février 2026. Le même jour, la directrice territoriale de Rennes de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cette décision du 20 août 2025.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme A, ainsi qu'elle le demande, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a refusé à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, cite l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application, mentionne l'examen qui a été fait de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale et le fait que sa demande d'asile n'a pas été déposée dans le délai de quatre-vingt-dix jours, sans motif légitime. Elle énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en sont le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A, notamment au regard de sa vulnérabilité, et compte tenu des informations portées à sa connaissance par l'intéressée, avant de prendre la décision litigieuse.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié, le 20 août 2025, d'un entretien portant sur l'évaluation de sa vulnérabilité. La fiche d'évaluation de vulnérabilité qui a été complétée, comporte le cachet de l'OFII et mentionne que cet entretien a été mené par un auditeur de l'OFII, identifié par ses initiales et sa signature. Si la requérante soutient qu'il n'est pas établi que l'agent qui a mené l'entretien était qualifié à cet effet, aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur le compte-rendu rédigé à l'issue de cette évaluation, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel, en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ".

8. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite que l'entretien du 20 août 2025 a été mené en langue française par l'auditeur de l'OFII. À l'issue de cet entretien, Mme A a signé la fiche d'évaluation et a ainsi certifié avoir été informée dans une langue qu'elle comprend des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. La requérante soit, en conséquence, être regardée comme ayant bénéficié, dans une langue qu'elle comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'elle la comprend, de l'information selon laquelle le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être refusé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la garantie de procédure prévue par l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur.".

10. Il est constant que Mme A n'a sollicité l'asile que le 20 août 2025 alors qu'elle est présente sur le territoire français depuis le 6 mai 2024. Si elle fait valoir qu'à son arrivée en France, elle a été accueillie par des membres de sa famille qui ne l'ont pas encouragée à entreprendre de quelconques démarches et qui ont refusé de l'orienter vers des structures spécialisées, cette seule circonstance ne peut suffire à constituer un motif légitime. De même, les faits d'exploitation et de harcèlement sexuel dont elle soutient avoir été victime de la part d'un employeur qui l'hébergeait sont, selon ses déclarations, postérieurs au délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée sur le territoire français. Enfin, Mme A ne saurait se contenter de faire état de sa situation d'extrême isolement, sans logement fixe et sans ressources pour subvenir à ses besoins du quotidien pour critiquer l'évaluation qui a été faite par l'OFII de sa vulnérabilité, au regard notamment de la mention de son hébergement actuel chez une personne domiciliée à Lorient. Au regard de ces éléments, la directrice territoriale de l'OFII a pu, sans commettre d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision du 20 août 2025 par laquelle la directrice territoriale de Rennes de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision litigieuse, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur général de l'OFII.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 septembre 2025

La juge des référés,

signé

M. ThalabardLa greffière de l'audience,

signé

A. Burézière

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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