Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2025, Mme C... B..., représentée par Me Buors, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 28 août 2025 du préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet du Finistère, non seulement de la munir d’une autorisation provisoire de séjour, d’instruire sa demande mais aussi de se prononcer sur son droit à un titre de séjour, le tout sous un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai,
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’arrêté est entaché d’une incompétence de son auteur ;
l’arrêté est entaché d’une insuffisance de motivation ;
le préfet n’a pas examiné de manière attentive et personnalisée sa situation ;
l’arrêté méconnaît les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
l’arrêté méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
l’arrêté méconnaît les stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n’étant présente.
Considérant ce qui suit :
Mme B... est une ressortissante arménienne qui est née en mars 1995. Elle est entrée en France le 12 décembre 2022, selon ses dires, et y a déposé une demande d’asile avec ses parents et sa sœur qui a été définitivement rejetée le 19 décembre 2024 par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). La préfète des Deux-Sèvres a édicté à son encontre un arrêté préfectoral portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français, assorti d'un délai de départ volontaire, le 27 juillet 2023. Mme B... a sollicité, le 13 février 2025, son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir, à titre principal, sa vie privée et familiale en France, sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile Le 28 août 2025 le préfet du Finistère a rejeté sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, par un arrêté du 19 mai 2025, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l’exclusion de la réquisition du comptable public. En vertu de l’article 3 de cet arrêté, cette délégation est exercée, en cas d’absence ou d’empêchement de M. A..., par Mme D... E..., directrice de cabinet, signataire de l’arrêté en cause. Il n’est pas établi, ni même allégué, et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... n’aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire manque en fait et ne peut qu’être écarté.
En deuxième lieu l’arrêté attaquée vise les textes dont il est fait application et mentionne les considérations de fait sur lesquelles il se fonde. Il fait également état de sa situation personnelle de manière très détaillée au regard des éléments portés à la connaissance de la préfecture, précisant notamment le parcours migratoire en France de Mme B..., la date et les conditions de son entrée sur le territoire français, sa durée de présence, sa précédente mesure d’éloignement, ses ressources, l’emploi et le statut administratif de son conjoint, ainsi que sa situation privée et familiale en France et à l’étranger. Elle est ainsi suffisamment motivée.
En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l’arrêté attaqué, que le préfet du Finistère, qui n’était pas tenu de faire figurer l’ensemble des éléments de la situation de Mme B..., a procédé à un examen particulier de celle-ci. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
Il ressort des pièces du dossier, que Mme B..., qui déclare être entrée sur le territoire français le12 décembre 2022, soit il y a moins de trois ans, s’est marié, le 21 septembre 2024, avec un ressortissant arménien titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, délivrée par la préfecture du Finistère, en novembre 2023, qu’elle avait rencontré sur internet en novembre 2023. Elle s’est alors installée avec son époux chez les parents de ce dernier à Quimperlé (Finistère), alors qu’elle vivait jusqu’à lors cette relation à distance, étant domiciliée à Niort (Deux-Sèvres) Ainsi, à la date de la décision en litige, si elle était enceinte de cinq mois, la communauté de vie du couple datait seulement de moins d’un an. Par ailleurs, si elle se prévaut de la présence à Niort de ses parents et de sa sœur jumelle, il est constant qu’ils ont tous également été déboutés de leur demande d’asile et n’ont donc pas vocation à rester sur le territoire national. Enfin, si elle justifie avoir intégré Emmaüs pour une durée de 9 mois en 2023 à Prahecq (Deux-Sèvres), cette seule circonstance datée de plus de deux années ne peut attester d’une intégration professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, alors même qu’elle n’établit pas être dépourvue de toutes attaches dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 27 ans, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que le préfet du Finistère aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En cinquième lieu, si Mme B... invoque les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, les éléments qu’elle produit, ainsi qu’ils viennent d’être rappelés, ne permettent pas de caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
Comme il a été dit au point 4, la décision attaquée mentionne que les craintes de Mme B... en cas de retour dans son pays d’origine ont été jugées infondées tant par l’OFPRA que la CNDA, en outre, devant le tribunal, la requérante ne verse aucun élément nouveau de nature à établir les risques qu’elle invoque. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations rappelées au point précédent doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède, que Mme B... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué du 28 août 2025.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution pour l’application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante à l’instance, la somme que demande Mme B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Bonniec, premier conseiller,
Mme le Berre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
Signé
G. Descombes
L’assesseur le plus ancien,
Signé
P. Le Roux
La greffière,
Signé
L. Garval
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.