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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2506006

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2506006

mercredi 1 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2506006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBEGUIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. B... une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge a considéré que l'urgence était caractérisée par l'incapacité de l'intéressé à travailler et à justifier de la régularité de son séjour. Il a estimé que la demande ne se heurtait à aucune contestation sérieuse, le préfet étant tenu de délivrer ce document en application de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne pouvant invoquer une impossibilité technique pour s'y soustraire. La solution retenue est l'injonction faite à l'administration de délivrer l'attestation sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de 48 heures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 5 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Beguin, demande au juge des référés :

1°) d’enjoindre au préfet du Morbihan, en application de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’instruire sans délai la demande de délivrance de l’autorisation de prolongation d’instruction qu’il a sollicitée et sa demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

l’urgence est constituée dès lors qu’il ne dispose d’aucun document pour prouver la régularité de son séjour et est dans l’incapacité de travailler en l’absence de l’attestation de prolongation d’instruction ; son employeur a suspendu son contrat de travail ;
la mesure est utile et ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors qu’il a déposé dans les délais requis une demande complète de renouvellement de son titre de séjour le 16 juin 2025 et qu’en conséquence, le préfet est tenu de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction de sa demande de renouvellement en application de l’article R. 435-15-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qu’il n’a pas fait malgré les multiples relances en ce sens ;
la mesure ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative puisqu’aucun refus n’est né sur la demande de renouvellement du titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le dossier de demande de renouvellement du titre de séjour de M. B... est complet, que l’instruction est en cours, que le « kit OFII » a été mis à sa disposition le 9 septembre 2025 via la plateforme ANEF mais que tant que l'avis du collège des médecins n’est pas transmis à ses services, il est dans l'impossibilité technique, due au fonctionnement de la plateforme ANEF, de délivrer à l'intéressé l'attestation souhaitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

D’autre part, aux termes de l’article R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le dépôt d’une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l’article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d’une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l’instruction d’une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l’article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l’instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu’il précise. (…) Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l’attente de la remise du titre. ». Selon l’article R. 431-15-2 du même code : « (…) L’attestation de prolongation de l’instruction d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour permettant l’exercice d’une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. (…) ».

Il résulte de l’instruction que M. B... a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour pour motif médical le 16 juin 2025. Cette demande, ainsi que le mentionne le préfet dans ses écritures, est complète et permet son instruction. Depuis cette date, en dépit des relances de M. B..., le préfet du Morbihan ne lui a pas délivré de document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français. Le préfet du Morbihan ne peut utilement pas se retrancher derrière une impossibilité technique due au fonctionnement de la plateforme ANEF pour se dispenser de son obligation de délivrer l’attestation de prolongation de l’instruction découlant des articles précités du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la demande de M. B... ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

L’absence de délivrance d’une attestation de prolongation de l’instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour fait obstacle à ce qu’il poursuivre son travail au sein de la société Métier Pontivy SAS JMN. Dès lors, la demande de M. B... présente un caractère d’urgence et d’utilité.

Enfin, la demande de renouvellement du titre de séjour n’ayant fait l’objet ni d’un refus explicite, ni d’un rejet implicite, la demande présentée par M. B... au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer l’attestation de prolongation visée par les dispositions des article R. 435-15-1 et R. 435-15-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à M. B..., ou tout autre document l’autorisant à séjourner et à travailler en France, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. B... l’attestation de prolongation visée par les dispositions des articles R. 435-15-1 et R. 435-15-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ou tout autre document l’autorisant à séjourner et à travailler en France, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 000 euros euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au préfet du Morbihan et au ministre de l’intérieur.



Fait à Rennes, le 1er octobre 2025.



Le juge des référés,


signé


N. Tronel



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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