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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2507699

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2507699

lundi 8 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2507699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS PAMLAW

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la requête de la société Free Mobile visant à suspendre le refus de permis de construire opposé par la maire de Quimper pour l’implantation d’un pylône de téléphonie mobile. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, la société ne démontrant pas un préjudice suffisamment grave et immédiat compte tenu de la couverture déjà existante sur le territoire communal. Il a également considéré qu’aucun doute sérieux ne pesait sur la légalité de la décision, fondée sur la protection des espaces paysagers et du site patrimonial remarquable au titre du code de l’urbanisme et du code du patrimoine. La demande d’injonction et les conclusions au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 novembre et 2 décembre 2025, la société Free Mobile, représentée par Me Pascal Martin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du 19 août 2025 par laquelle la maire de la commune de Quimper a refusé de lui accorder un permis de construire pour l’installation d’un pylône de téléphonie mobile sur un terrain situé 58 route de Douarnenez ;

2°) d’enjoindre à la maire de la commune de Quimper, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire qu’elle a sollicité, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande de délivrance d’un permis de construire puis à l’édiction d’une nouvelle décision dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Quimper la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Sur l’urgence :
- elle est caractérisée compte tenu de l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et des engagements pris à l’égard de l’Etat pour assurer la couverture de la population métropolitaine par la 4G et le THD ainsi que par la 5G ;
- la partie du territoire sur laquelle la station relais, objet du litige, doit être implantée n’est pas couverte par les réseaux ;
- la décision contestée emporte un préjudice suffisamment grave et immédiat en ce qu’elle fait obstacle à ce que les travaux d’implantation de la station en cause, nécessaire au déploiement de son réseau, soient entrepris ;

- Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- elle a été prise par une autorité dont la compétence n’est pas établie ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation, en ce qu’elle met en cause l’impact du projet sur son milieu environnant, alors même que le milieu situé à proximité immédiate de la parcelle d’assiette du projet est loin de présenter des caractéristiques susceptibles de le rendre incompatible avec un tel projet d’implantation, pour lequel sera retenue la technique dite du pylône radômé, présentant l’avantage d’assurer le camouflage du système antennaire.


Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2025, la maire de la commune de Quimper conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de la société Free Mobile la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie, dans la mesure où la société Free Mobile bénéficie d’ores et déjà d’un déploiement important de son réseau sur le territoire de la commune et où l’intérêt de la société requérante ne semble pas compromis par la décision en litige ;
- la décision contestée a été signée par M. A... B..., adjoint à l’urbanisme et à la voirie, régulièrement habilité à cet effet ;
- la parcelle cadastrée IX n°163 fait partie d’un linéaire de 1,1 kilomètres de talus bocager, exempt de toute urbanisation de ce côté de la route de Douarnenez, protégé dans le plan local d’urbanisme (PLU) en tant qu’espace paysager à protéger ;
- la parcelle en cause relève également de la règlementation du site patrimonial remarquable, secteur manoirs, châteaux et vallées ;
- le projet de la société Free Mobile consiste à implanter une antenne tubulaire d’une hauteur de 37,02 mètres sur une vaste parcelle non urbanisée, qui est incluse dans une séquence d’approche largement paysagère du centre de la commune de Quimper.


Vu :
- la requête n° 2506879 enregistrée le 14 octobre 2025 par laquelle la société Free Mobile demande l’annulation de la décision du 19 août 2025 de la maire de la commune de Quimper portant refus de permis de construire ;
-les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du patrimoine ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.



Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 décembre 2025 :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les observations de Me Brunstein-Compard, représentant la société Free Mobile, qui confirme ses conclusions écrites, par les mêmes moyens, qu’il développe, en faisant valoir d’une part, que l’urgence est caractérisée en l’absence d’antenne dans cette zone et au regard de l’intérêt général qui s’attache à la couverture du territoire, et d’autre part, qu’il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée qui se fonde uniquement sur l’insertion paysagère du pylône, alors même que celui-ci, de forme tubulaire et de couleur brun chocolat, est conforme aux prescriptions du PLU et sera camouflé en partie par les arbres situés à proximité, que l’appréciation d’une telle implantation doit tenir compte du fait que la zone comporte de nombreuses constructions, telles qu’une station de lavage ou un concessionnaire automobile, et que l’avis émis par l’architecte des bâtiments de France n’a pas nécessairement à être suivi.

La maire de la commune de Quimper n’était ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Le 22 mai 2025, la société Free Mobile a déposé auprès des services de la mairie de Quimper (Finistère) un dossier de demande de permis de construire pour l’installation d’un pylône de téléphonie mobile sur un terrain situé 58 route de Douarnenez. Par un arrêté du 19 août 2025, la maire de la commune de Quimper a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. La société Free Mobile a saisi le tribunal d’un recours en annulation contre cet arrêté et, dans l’attente de son jugement par une formation collégiale, elle demande au juge des référés d’en suspendre l’exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Selon l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

En ce qui concerne l’urgence :

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce.

4. Eu égard à l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile 4 G, THD et désormais 5 G, aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l’État quant à la couverture du territoire par son propre réseau, et à la circonstance que les cartes produites dans le cadre de l’instance font ressortir un net déficit de couverture par le réseau de téléphonie mobile de la société Free Mobile sur le territoire de la commune de Quimper, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sans qu’y fasse obstacle l’intérêt public invoqué par la commune tenant à la nécessité de préserver la qualité de l’insertion du projet dans l’environnement, eu égard à la nature de l’installation en cause.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

5. D’une part, aux termes de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme, repris à l’article N11 du règlement du PLU de la commune de Quimper : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ».

6. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales, l’autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l’autorisation d’urbanisme sollicitée ou l’assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l’existence d’une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d’une autorisation d’urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. D’autre part, aux termes de l’article L. 621-32 du code du patrimoine : « Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. /Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. ». Selon l’article L. 632-1 de ce code : « Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / (…) L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. ». L’article L. 632-2 du même code prévoit que : « I. – L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Il tient compte des objectifs nationaux de développement de l'exploitation des énergies renouvelables et de rénovation énergétique des bâtiments définis à l'article L. 100-4 du code de l'énergie. (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 632-2-1 dudit code : « Par exception au I de l'article L. 632-2, l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est soumise à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France lorsqu'elle porte sur : / 1° Des antennes relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne et leurs systèmes d'accroche ainsi que leurs locaux et installations techniques ; (…) ».

8. Il résulte des dispositions précitées du code du patrimoine que si la délivrance d’une autorisation de construction d’une antenne relais de radiotéléphonie mobile dans le périmètre d’un site patrimonial remarquable est soumise à un avis de l’architecte des bâtiments de France, cet avis n’est pas un avis conforme.

9. Il ressort des pièces du dossier que l’installation en projet consiste en l’implantation d’un pylône, de type monotube en acier galvanisé de teinte brun chocolat, dans lequel seront insérées les antennes de téléphonie mobile, rendues ainsi invisibles depuis l’espace public, ainsi que des équipements complémentaires de taille réduite et de couleur gris clair placés au pied du pylône. Il est constant que cette installation, d’une hauteur de 37,02 mètres et d’une emprise au sol de 13,38 m², dépassera des arbres existants, d’une hauteur de 9 mètres, à proximité desquels elle sera implantée sur une fondation en béton, sur une parcelle cadastrée IX n°163, se trouvant le long de la route de Douarnenez en sortie du centre-ville de Quimper, dans le site patrimonial remarquable du secteur « Manoirs, châteaux et vallées », dans son extrémité sud. Si la maire de la commune de Quimper se prévaut du linéaire de 1,1 kilomètres de talus bocager bordant le terrain d’assiette de ce projet, identifié dans le PLU communal en tant qu’espace paysager à protéger, et de la protection résultant de la règlementation du site patrimonial remarquable « Manoirs, châteaux et vallées », qui a fondé l’avis défavorable émis par l’architecte des bâtiments de France, il ne ressort pas des pièces du dossier, que compte tenu de ses caractéristiques et de la présence à proximité de silos, d’une station de lavage pour véhicules automobiles, d’une concession automobiles, d’une moyenne surface alimentaire ainsi que de nombreux lotissements, ainsi que le fait valoir, sans être contestée, la société Free Mobile, l’installation en litige serait de nature à impacter sensiblement le paysage environnant. Ainsi, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation dont serait entaché l’arrêté contesté dans l’application des dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme et de l’article N11 du PLU de la commune de Quimper est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

10. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun autre moyen n’est susceptible, en l’état du dossier, de fonder la suspension de l’arrêté en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du 19 août 2025 de la maire de Quimper portant refus de permis de construire pour l’installation d’un pylône de téléphonie mobile.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

12. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. » En vertu de ces dispositions, il appartient seulement au juge des référés d’assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l’administration.

13. La présente ordonnance, qui suspend les effets de l’arrêté du 19 août 2025 de la maire de Quimper portant refus de permis de construire, implique nécessairement que soit reprise l’instruction de la demande de la société Free Mobile, en tenant compte des motifs énoncés au point 9, dans un délai qu’il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l’arrêté délivrant le permis de construire sollicité éventuellement pris à l’issue de ce réexamen revêtant, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu’à ce qu’il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de rejeter les conclusions présentées par les parties au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :


Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 19 août 2025 de la maire de Quimper portant refus de délivrance du permis de construire n°PC 029232 25 00077 sollicité par la société Free Mobile est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Quimper de reprendre l’instruction de la demande de permis de construire de la société Free Mobile, en tenant compte des motifs énoncés au point 9 de la présente ordonnance, dans le délai d’un mois à compter de sa notification.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Quimper au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Quimper.

Fait à Rennes, le 8 décembre 2025.



La juge des référés,


signé


M. ThalabardLa greffière de l’audience,


signé


A. Bruézière


La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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