Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme B... visant à suspendre la décision du directeur du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin imposant un dispositif de séparation par hygiaphone pour ses visites au parloir pendant trois mois. Le juge a estimé que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’était pas remplie, faute pour la requérante de démontrer des conséquences irréversibles liées à cette privation de contact physique. Les conclusions aux fins d’injonction et de frais de justice ont également été rejetées. La décision s’appuie sur les articles L. 521-1, L. 522-3 et R. 522-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Beigelman, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision du directeur de l’établissement du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin du 12 novembre 2025 mettant en place un dispositif de séparation par hygiaphone à l’ensemble de ses visites au parloir pour une durée de trois mois ;
2°) d’enjoindre à l’administration pénitentiaire, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de rétablir son droit de visite sans aucun dispositif de séparation ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 440 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la requête au fond n° 2508285 ;
- les pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de son article L. 522-1 : « Le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou orale ». Aux termes de son article L. 522-3 : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ». Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce.
Pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision contestée, Mme B... fait valoir que son conjoint est particulièrement vulnérable en raison des conditions d’incarcération difficiles, dès lors qu’il ne reçoit pas d’autres visites et que l’absence de lien avec sa famille est d’autant plus douloureuse que son père a subi une opération cardiaque en urgence en octobre, avec un pronostic vital engagé. Elle fait en outre valoir que cette rupture de contact physique avec son compagnon a des répercussions psychologiques sur sa propre santé mentale. Toutefois, si la présence de Mme B..., comme elle l’a indiqué dans ses observations faites au courrier de l’administration pénitentiaire du 28 octobre 2025 suspendant à titre conservatoire son permis de visite, est essentielle pour soutenir moralement son compagnon, les arguments développés par la requérante ne démontrent pas que la privation de contact physique pendant une durée de trois mois emporterait pour elle et son compagnon des conséquences irréversibles. En particulier, Mme B... ne relate aucune conséquence notable liée à ce manque de contact physique depuis l’entrée en vigueur de la décision contestée le 12 novembre 2025.
Il s’ensuit qu’en l’état de l’instruction, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B... aux fins de suspension de l’exécution de la décision du directeur de l’établissement du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin du 12 novembre 2025 doivent être rejetées par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :
La présente ordonnance n’appelle aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte présentées par Mme B... ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par Mme B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Copie en sera transmise au directeur du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin.
Fait à Rennes, le 9 décembre 2025.
Le juge des référés,
signé
N. Tronel
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.