mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001101 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUCHAIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 février 2020 et 18 février 2020, M. A B, représenté par Me Bouchair, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2019 par laquelle la région Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de condamner la région à lui verser une somme de 10 000 euros au titre des divers préjudices résultant du traitement de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de la région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la région a manqué à son obligation de sécurité à son égard ainsi qu'à son obligation d'aménagement raisonnable de ses conditions de travail en tant que travailleur handicapé ; il a ainsi subi un traitement discriminatoire ;
- ce comportement fautif est de nature à engager la responsabilité de la collectivité et à justifier l'octroi d'une réparation du préjudice né de la dégradation de son état de santé et de la discrimination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête et à ce que M. B lui verse une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La région fait valoir que les prétentions indemnitaires ne sont pas fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 85-605 du 10 juin 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Argentin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint territorial de 1ère classe des établissements d'enseignement a d'abord été employé, à compter du 1er janvier 2007, comme ouvrier d'installations sanitaires et thermiques au lycée Ferdinand Buisson à Voiron. Suite à des difficultés de santé, il bénéficie depuis le 14 octobre 2013 d'une reconnaissance de la qualité de travail handicapé (RQTH), impliquant des restrictions d'emploi. A compter de l'année 2015, M. B a été affecté à mi-temps au magasin des ateliers, et l'autre mi-temps au ménage. Suite à un accident reconnu imputable au service survenu le 10 juin 2015, il a été placé en congé maladie jusqu'au 10 septembre 2015. A compter du 14 octobre 2015, M. B a demandé à bénéficier d'une affectation dans un autre poste, tenant compte de son état de santé. Estimant que la région Auvergne-Rhône-Alpes n'a pas tenu compte de ses demandes d'aménagement de poste et a manqué ainsi à son obligation de sécurité, il a demandé à la région, par un courrier du 28 octobre 2019, à être indemnisé du préjudice qu'il estime avoir subi. La région a rejeté sa demande par un courrier du16 décembre 2019. Dans la présente instance, M. B demande l'annulation de cette décision et la condamnation de la région à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la responsabilité :
2. M. B, soutient que son employeur a méconnu son obligation de sécurité et de protection de la santé de ses agents, telles que résultant des obligations posées par l'article 31 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article 5 de la directive cadre 89/391/CEE du Conseil du 12 juin 1989, l'article L. 1424-1 du code du travail, l'article 23 de la loi n° 83-34 du 13 juillet 1983, l'article 2-1 du décret n° 85-605 du 10 juin 1985, aux termes duquel " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ", et l'article 24 du même décret, aux termes duquel " Les médecins du service de médecine préventive sont habilités à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / Lorsque l'autorité territoriale ne suit pas l'avis du service de médecine préventive, sa décision doit être motivée et le comité d'hygiène ou, à défaut, le comité technique doit en être tenu informé. ". Il soutient en outre que la région n'a pas respecté son obligation d'aménagement raisonnable des conditions de travail du travailleur handicapé, résultant de l'article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983, aux termes duquel " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 323-3 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de l'exercer et d'y progresser ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur () ". Il en déduit que la région a fait preuve à son égard d'un traitement discriminatoire au sens de l'article 1er de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008, aux termes duquel : " la discrimination inclut tout agissement lié à l'un des motifs mentionnés au premier alinéa (), subis par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ".
3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de sa reconnaissance de la qualité de travail handicapé, M. B a été reclassé en qualité d'agent d'entretien et d'hygiène. La fiche de visite de la médecine préventive du 13 février 2014 mentionnait que le poste de M. B était compatible avec son état de santé sous réserve d'un certain nombre de restrictions, dont l'absence de flexion forcée du buste en avant. A la suite de cette visite, M. B a demandé à évoluer vers un poste de magasinier des ateliers. Compte tenu de l'absence de poste disponible à plein temps, M. B a été affecté, à une date non précisée par les parties, à mi-temps comme agent d'entretien et à mi-temps comme magasinier. La fiche de visite de médecine préventive du 15 février 2015 indique que ce poste est compatible avec son état de santé, sous réserve de restrictions tenant à l'absence de piétinement, de travail en hauteur, de vibrations, de flexion forcée du buste en avant et de port de charge répétitif de plus de 5 kg. Il n'est pas sérieusement contesté que l'accident de service de M. B en date du 10 juin 2015, au cours duquel il a subi un léger traumatisme crânien en heurtant deux tiges filetées au plafond, est intervenu alors qu'il nettoyait un vide-sanitaire d'une hauteur de 1,60 mètres. Cette configuration impliquait nécessairement une flexion avant forcée du buste de M. B, en méconnaissance des préconisations de la médecine de santé. La région a donc méconnu, à cette occasion, l'obligation d'assurer la sécurité de M. B posée par l'article 2-1 précité du décret du 10 juin 1985, compte tenu des restrictions médicales imposées à son emploi, contribuant ainsi à la survenue de cet accident. Cette méconnaissance est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'en dehors de cet unique épisode, M. B aurait été employé dans des conditions méconnaissant les restrictions médicales recommandées par la médecine de prévention ou de nature à menacer sa santé ou sa sécurité. Il ressort en effet des fiches de visite médicale précitées ainsi que de celles des 15 février 2016 et 16 novembre 2016, et des expertises médicales des 4 février 2019 et 21 mai 2019 que les activités de M. B sont compatibles avec son état de santé, sous réserve de restrictions d'emploi dont il n'est pas établi qu'elles auraient été méconnues par la région. Dans ces conditions, la région ne peut être regardée comme ayant continuellement méconnu son obligation de sécurité et de prévention vis-à-vis de M. B entre les années 2014 et 2019. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que la région aurait fait preuve d'une attitude discriminatoire à l'égard de M. B, alors que les pièces du dossier montrent au contraire que son employeur, qui a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 10 juin 2015, a constamment chercher à aménager les conditions de travail de l'intéressé en fonction de ses demandes. M. B ne saurait dès lors rechercher la responsabilité de son employeur de ce fait.
Sur le préjudice :
5. En l'espèce, l'accident résultant d'une faute commise par la région dont a été victime M. C a été reconnu imputable au service. Si M. B invoque la dégradation de son état de santé qui en aurait résulté, cette allégation n'est assortie d'aucune précision permettant de statuer sur la nature et la réalité du préjudice subi, que M. B évalue à une somme de 10 000 euros. En particulier, M. B n'apporte aucune précision sur les frais médicaux qu'il aurait dû supporter et qui n'auraient pas été indemnisés par la région. Il s'ensuit que les conclusions tendant à la réparation du préjudice qu'il aurait subi en conséquence de la faute commise par la région ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la région Auvergne-Rhône-Alpes sont également rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la région Auvergne-Rhône-Alpes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le rapporteur,
P.-H. D'ARGENSON
Le président,
C. VIAL-PAILLERLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001101
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026