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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002283

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002283

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002283
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2020, M. A B, représenté par Me Tournoud, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'ordonner le remboursement, assorti des intérêts moratoires, de toutes sommes qui auraient été versées à ce titre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le règlement de la facture F00009 - société Vizilloize a été porté dans ses déclarations ;

- la facture FA00027 - société Vizilloise n'a pas été payée par le client ;

- la facture FA 00050 - Sarl A2C émise en 2015 a été payé partiellement le 22 février 2016 ;

- les dépenses liées aux déplacements lointains, à la location d'un téléviseur, à l'habillement, à l'utilisation d'un appareil de marque Coyote, aux dosettes de café Nespresso ainsi que les dépenses de boucherie, bazar alimentaire et courses alimentaires ont été engagées dans l'intérêt de l'entreprise ;

- il est contraint d'utiliser son véhicule personnel pour se rendre sur des chantiers dont certains étaient très éloignés lorsque le véhicule de l'entreprise est indisponible ;

- il n'a reçu aucun règlement ou versement en espèces, les retraits étant destinés à régler des faux frais et des frais de déplacement lors des chantiers éloignés ; le service n'apporte aucun élément permettant de justifier d'un enrichissement supérieur à ses revenus régulièrement déclarés ;

- le service ne justifie pas de la réunion des conditions nécessaires à l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Isère Rénovation, qui exerce une activité de travaux immobiliers de rénovation intérieure, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ses exercices clos en 2014 et 2015. A l'issue de cette procédure, l'administration fiscale a estimé que la société avait distribué des avantages non déclarés à M. B, son gérant et associé unique. Par une proposition de rectification du 16 mai 2017, elle a imposé M. B à raison de ces revenus distribués sur le fondement du a. et du c. de l'article 111 du code général des impôts. La réclamation préalable de M. B ayant fait l'objet d'une décision de rejet, il demande la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. () / c. Les rémunérations et avantages occultes ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées par une société, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé, sauf à démontrer qu'il peut être regardé comme le maître de l'affaire.

En ce qui concerne l'existence et le montant des revenus distribués :

S'agissant des factures non comptabilisées :

3. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. () / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. ".

4. L'administration a réintégré aux résultats de la société Isère Rénovation plusieurs factures de travaux immobiliers dont les paiements correspondants ont été encaissés sans qu'elles n'aient toutefois été inscrites en comptabilité. D'une part, s'agissant de la facture " F00009-société Vizilloise " émise le 9 novembre 2014 pour un montant de 5 968,23 euros, si M. B soutient que le règlement correspondant a été porté dans les déclarations de la SAS Isère Rénovation, il ne l'établit pas. D'autre part, s'agissant des factures " FA00027 - société Vizilloise " émise le 14 juin 2015 pour un montant de 250 euros et " FA00050 - Sarl A2C " émise le 21 décembre 2015 pour un montant de 7 054 euros, M. C soutient qu'elles n'ont pas été intégralement payées par ses clients. Ce faisant, il ne conteste pas que les prestations en cause ont été achevées au cours de l'exercice 2015 et qu'elles étaient ainsi imposables au titre de cet exercice en application des dispositions du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts. Dès lors, l'administration était fondée à réintégrer dans les résultats de la société le montant de ces factures.

S'agissant des dépenses non engagées dans l'intérêt de la société :

5. En premier lieu, M. B soutient que la location du téléviseur correspond à une prestation supplémentaire lors de la location d'un chalet dans un camping, cette location n'ayant pas été remise en cause par le service. Toutefois, il ne produit aucun élément de nature à justifier que cette dépense était utile aux besoins de l'exploitation. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a exclu cette dépense des charges déductibles de la société Isère Rénovation.

6. En deuxième lieu, il est constant que la société Isère Rénovation n'a employé au cours des exercices contrôlés qu'un salarié et ce seulement sur la période du 19 mai au 18 juillet 2015. Si M. B soutient que les dépenses d'habillement sont destinées aux salariés, il ne produit aucun document de nature à justifier ces dépenses qui ont été effectuées dans des enseignes qui ne proposent pas de vêtements destinés aux professionnels du bâtiment. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a procédé à la réintégration des dépenses litigieuses dans le bénéfice imposable de la société Isère Rénovation.

7. En troisième lieu, M. B ne produit aucun élément de nature à justifier que les achats de dosettes de café, les dépenses de boucherie, de bazar alimentaire et de courses alimentaires étaient utiles aux besoins de son exploitation. Eu égard à la nature de ces produits, sans lien direct et immédiat avec l'activité de la société Isère Rénovation, c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans le bénéfice imposable de la société ces frais d'alimentation.

8. En quatrième lieu, la société Isère Rénovation, qui a déduit la taxe sur la valeur ajoutée relative à l'achat d'un détecteur de radars, fait valoir que cet appareil est utilisé par le personnel de l'entreprise dans le cadre des déplacements. Toutefois, en l'absence de tout élément de nature à permettre d'identifier les utilisateurs de cet équipement et son exacte condition d'utilisation, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que son utilisation dans le cadre de l'activité de la société n'est pas démontrée, et par suite, est fondée à remettre en cause la déductibilité de la charge afférente à cet achat.

S'agissant des remboursements forfaitaires des frais de déplacement

9. La société Isère Rénovation a déduit 14 529 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et 17 105 euros au titre de l'exercice clos en 2015 correspondant à des indemnités de déplacement versées à M. B. Lors des opérations de contrôle, la société n'a apporté aucune justification à ces frais qui ont été portés au crédit du compte courant de M. B. Si le requérant soutient qu'il est contraint d'utiliser son véhicule personnel lorsque le véhicule de la société est indisponible, il ne produit aucun élément de nature à justifier ces frais. Ainsi, en l'absence de justification du caractère déductible des sommes versées à M. B, l'administration a pu valablement rehausser le résultat de la société Isère Rénovation de la somme de 14 529 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et de 17 105 euros au titre de l'exercice clos en 2015.

S'agissant des prélèvements perçus par l'intermédiaire d'une caisse fictive

10. Il résulte de l'instruction que M. B a opéré des prélèvements d'espèces nets d'apports au titre des exercices clos en 2014 et 2015 d'un montant respectif de 7 933 euros et de 26 637 euros, correspondants aux soldes débiteurs du compte " caisse ". Lors des opérations de contrôle, il n'a pas reconnu l'existence de cette caisse. M. C soutient qu'il n'a perçu aucun règlement ou versement d'espèces et précise que ces retraits étaient destinés à régler des faux frais ainsi que des frais de déplacements lors des chantiers éloignés. Toutefois, il ne produit aucun élément permettant de rattacher ces retraits à des dépenses exposées dans l'intérêt de la société.

En ce qui concerne l'appréhension des distributions issues de la SAS Isère Rénovation :

11. Outre que M. B ne conteste pas avoir directement perçu une partie des dépenses exposées aux points précédents, l'administration relève, sans être contredite, que M. B était l'unique associé et le gérant de droit de la SAS Isère Rénovation au cours des années d'imposition en litige. L'administration apporte, dès lors, la preuve de l'appréhension par le requérant, des distributions résultant de la rectification des résultats de la société Isère Rénovation.

Sur les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

13. L'administration fiscale fait valoir, sans être sérieusement contredite, qu'au regard des conditions d'exploitation de la SAS Isère Rénovation, dont M. B est le gérant de droit et l'associé unique, celui-ci ne pouvait ignorer l'absence de caractère professionnel des nombreuses charges supportées par la société, s'agissant tant des dépenses acquittées que des retraits d'espèce à son profit lesquels s'élèvent à un montant total de 7 933 euros en 2014 et 26 637 euros en 2015. Ces retraits ayant de surcroit été masqués par la comptabilisation d'une caisse dont M. B n'a pas reconnu l'existence. Dès lors, l'administration apporte la preuve qui lui incombe, de la volonté de M. B d'éluder l'impôt et, ce faisant, du caractère délibéré des manquements commis. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assorti les rehaussements résultant de la remise en cause de la déductibilité des dépenses supportées par la SAS Isère Rénovation au profit de M. C, des versements en espèce et des minorations de recettes déclarées, de la majoration prévue au a. de l'article 1729 précité du code général des impôts.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins de décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ainsi que des pénalités correspondantes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant au remboursement des sommes versées assorties des intérêts moratoires ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratives.

D E C I D E :

Article 1er :

La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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