jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002967 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 mai 2020 et le 9 avril 2021, M. A B, représenté par Me Tournoud, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et des pénalités correspondantes auxquels il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de lui accorder la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2017 après réduction des revenus distribués imposés à hauteur de 35 810 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la vérification de comptabilité portant sur les années 2015 et 2016 qui a débuté avant l'envoi d'un avis de vérification, est irrégulière ;
- l'administration apporte la preuve dans ses propres écritures que les revenus distribués par la SASU B à hauteur de 35 810 euros ont profité à des tiers.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de Me Hakkar représentant le requérant.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 3 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. En janvier 2018, l'administration fiscale a engagé un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP) du foyer fiscal de M. B portant sur les années 2015 et 2016. Elle a également engagé une vérification de comptabilité de son activité individuelle de maçonnerie portant sur la période du 20 juin 2013 au 14 avril 2016 et de la SASU B Ercan créée le 6 juillet 2015 dont il est le président et l'associé unique. Ces différents contrôles ont donné lieu à des rectifications des bénéfices industriels et commerciaux au titre des années 2015 et 2016, et des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2016 et 2017. M. B a demandé la décharge des impositions supplémentaires et des pénalités mises en recouvrement par une réclamation du 6 novembre 2019, rejetée par une décision du 7 mai 2020. Il demande, dans la présente instance, la décharge de la totalité des impositions auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ainsi que la décharge partielle des suppléments et pénalités mis en recouvrement au titre de l'année 2017.
2. Au titre de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " () une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. () ".
3. Il résulte de l'instruction que M. B a exercé son activité individuelle de maçonnerie et a créé la SASU B Ercan malgré la décision du tribunal du commerce de Grenoble du 23 novembre 2010 prononçant pour une durée de quinze ans, une interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler une entreprise commerciale ou artisanale et toute personne morale. En effet, il a déclaré le 20 juin 2013 la reprise de son activité individuelle qu'il a cessée le 14 avril 2016 après avoir créé la SASU le 6 juillet 2015. Il est constant qu'aucun bénéfice industriel et commercial tiré de son activité individuelle n'a été déclaré au titre des années 2015 et 2016 en litige. Lors de l'engagement de l'ESFP en février 2018, il a indiqué avoir exercé son activité en qualité d'autoentrepreneur et avoir perçu des rémunérations sur ses comptes bancaires personnels, les revenus d'activité de la SASU étant enregistrés sur un compte bancaire distinct au nom de la société. M. B n'a cependant fourni à l'administration aucun relevé bancaire et cette dernière a obtenu l'ensemble de ses relevés bancaires personnels dans le cadre de droits de communication exercés auprès des établissements concernés. Si le requérant a indiqué au vérificateur que ses comptes personnels comportaient des revenus professionnels tirés de son activité individuelle, il est constant qu'il n'a pas tenu de comptabilité pour cette activité et n'a transmis au vérificateur aucun relevé bancaire. Or, les relevés de comptes bancaires d'une entreprise dont l'administration a eu connaissance dans le cadre de l'exercice, auprès d'un établissement bancaire, de son droit de communication ne constituent pas un élément de la comptabilité tenue par cette entreprise. Par suite, l'administration qui n'a consulté aucun élément appartenant à la comptabilité du contribuable avant le début des opérations de contrôle de l'activité individuelle le 14 mai 2018, n'a pu procéder irrégulièrement à la vérification de ses écritures comptables.
4. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.
5. Lors du contrôle de la SASU B Ercan, l'administration a réintégré au résultat imposable de l'exercice clos le 30 septembre 2017 une somme de 36 603 euros correspondant à des charges dépourvues de justificatifs. La somme de 36 603 euros a été imposée entre les mains de M. B, maître de l'affaire, au titre de l'année 2017. M. B soutient que l'administration connaissait l'identité des bénéficiaires des sommes versées à hauteur de la somme de 35 810 euros qui ne pouvait par conséquent être imposée à son nom. Il fait valoir en effet que l'administration cite elle-même les bénéficiaires des sommes dans la proposition de rectification adressée à la SASU. Toutefois, le tableau repris par l'administration dans la proposition de rectification du 16 mai 2018 est un extrait de la comptabilité de la société qui liste les charges remises en cause pour défaut de justificatif. La réalité de ces charges n'ayant pu être établie par le requérant, ce dernier ne peut utilement se prévaloir du nom des bénéficiaires inscrits en comptabilité. Par suite, en l'absence de bénéficiaire identifié, c'est à bon droit que M. B a été regardé comme le maître de l'affaire et imposé au titre de l'année 2017 sur les revenus distribués à hauteur de la somme de 35 810 euros seule en litige.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme C et Mme D, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 202Le rapporteur,
C. C
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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