jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003118 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juin 2020 et le 2 février 2022, la société Domino Sign, représentée par Me Tournoud, demande au tribunal :
1°) de lui accorder la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2013 pour un montant de 82 969 euros pénalités incluses, et au titre de la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2016 pour un montant de 123 076 euros ainsi que les pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le service n'établit pas que les opérations d'achat et de transport de certaines marchandises sont fictives alors qu'il n'a pas remis en cause les produits comptabilisés à l'impôt sur les sociétés et les flux financiers au profit du client européen ; en tout état de cause, il n'est pas fondé à soumettre à la T.V.A les opérations qu'il considère fictives, la réalisation de fausses factures n'étant pas au nombre des activités imposables à la T.V.A ;
- il est justifié de la réalité des livraisons et exportations des machines hors de France ; l'absence de mention du numéro d'identification à la T.V.A sur la facture de vente ne constitue pas une condition de fond de l'exonération ;
- les machines expédiées au départ d'un pays autre que la France à destination d'un pays membre ou d'un pays tiers à la communauté européenne, ne sont pas territorialement situées en France et ne peuvent y être imposées ;
- les pénalités qui ne sont pas plus fondées seront dégrevées en conséquence.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2020, la direction de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de Me Tournoud représentant la société Domino Sign
Une note en délibéré présentée pour la société Domino Sign a été enregistrée le 30 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2016, l'administration a notamment mis à la charge de la SARL Domino Sign, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en raison de l'absence de justification des opérations d'exportation et de livraison intracommunautaire correspondantes. Cette dernière a contesté par une réclamation du 25 octobre 2019 restée sans réponse, les droits et pénalités mis en recouvrement à la suite de la remise en cause des opérations exonérées.
2. Aux termes de l'article 262 du code général des impôts : " I. - Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° les livraisons de biens expédiés ou transportés par le vendeur ou pour son compte, en dehors de la Communauté européenne ainsi que les prestations de services directement liées à l'exportation. () ". Selon l'article 74 de l'annexe III au code général des impôts : " 1. Les livraisons réalisées par les assujettis et portant sur des objets ou marchandises exportés sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée à condition : () / d. que, dans les cas où l'assujetti exportateur ne produit pas les justificatifs prévus au c (), il mette à l'appui de sa comptabilité ou du registre mentionné au a l'un des éléments de preuve alternatifs ci-après, pour justifier de la sortie des biens expédiés vers un pays n'appartenant pas à la Communauté européenne, un territoire mentionné au 1° de l'article 256-0 du code général des impôts ou un département d'outre-mer : / 1° La déclaration en douane authentifiée par l'administration des douanes du pays de destination finale des biens ou une attestation de cette administration accompagnée, le cas échéant, d'une traduction officielle ;/ 2° Tout document de transport des biens vers un pays n'appartenant pas à la Communauté européenne, un territoire mentionné au 1° de l'article 256-0 du code général des impôts ou un département d'outre-mer ou tout document afférent au chargement du moyen de transport qui quitte la Communauté européenne pour se rendre dans le pays ou le territoire de destination finale hors de la Communauté ; / 3° Tout document douanier visé par le service des douanes compétent et utilisé pour la surveillance de l'acheminement des biens vers leur destination finale hors de la Communauté, lorsqu'il s'agit de biens soumis à des contrôles particuliers ;/ 4° les documents mentionnés à l'article 302 M du code général des impôts, émis sur support papier ou transmis par voie électronique dans le cadre du système d'informatisation du suivi des mouvements de produits soumis à accises visés par le bureau des douanes du point de sortie de la Communauté ou de tout autre élément de preuve alternatif accepté par l'administration chargée de la surveillance des mouvements de produits soumis à accises () ".
3. La société Domino Sign a inscrit en comptabilité le 17 juin 2013, la vente d'une machine d'un montant de 48 500 euros hors taxes au profit de la société Expo solutions Ltd établie au Nigeria. La facture d'achat de la machine qu'elle joint au dossier mentionne une livraison du bien à Lyon tandis que la lettre de transport aérien devant justifier le transfert de la machine au Nigeria depuis la Corée ne comporte aucune référence à la facture émise par la société Domino Sign ni aucune référence précise du bien livré. En outre, cette même lettre de transport désigne un bénéficiaire de la livraison distinct de celui inscrit en comptabilité. Le justificatif produit ne comportant aucun lien avec la vente pour laquelle la requérante réclame l'exonération de TVA prévue à l'article 262 du code général des impôts, son moyen doit être écarté.
4. En l'absence de lien entre le justificatif de transport faisant état d'une livraison au Nigéria depuis la Corée et la vente inscrite en comptabilité le 17 juin 2013, le moyen tiré de ce que l'opération ne serait pas soumise à la TVA en France est inopérant.
5. S'agissant des exportations que la société Domino Sign soutient avoir réalisées au titre de la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2013 et pour lesquelles l'exonération a été remise en cause à l'issue du contrôle, elle ne verse au dossier aucun document de nature à établir la réalité du transfert physique des marchandises hors du territoire communautaire.
6. Aux termes de l'article 262 ter du code général des impôts : " I. - Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° Les livraisons de biens expédiés ou transportés sur le territoire d'un autre Etat membre de la Communauté européenne à destination d'un autre assujetti ou d'une personne morale non assujettie () ".
7. Il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu du fait que seul le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est en mesure de produire les documents relatifs au transport des biens, lorsqu'il l'a lui-même assuré, ou tout document de nature à justifier leur livraison effective, lorsque le transport a été assuré par l'acquéreur, d'apprécier si la condition de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée tenant à ce que les biens ont été effectivement expédiés ou transportés hors de France par le vendeur, par l'acquéreur ou par un tiers pour leur compte, à destination d'un autre Etat membre est remplie.
8. La société Domino Sign verse au dossier différents documents de transport afin de justifier l'expédition hors de France à destination d'un Etat membre de l'UE, des biens dont la vente a été exonérée de TVA.
9. En ce qui concerne la vente du 14 février 2013 au profit de la société allemande Triple Media, il est constant que la livraison du bien a été effectuée à Grenoble dans les locaux de la requérante. Toutefois, aucun justificatif ne démontre le transfert de ce bien en Allemagne, ni d'ailleurs le transport vers l'Allemagne des consommables vendus à la même société à la suite de cette cession.
10. S'agissant des ventes effectuées en décembre 2012 et février 2014 au profit de sociétés estoniennes, les lettres de transport du 20 décembre 2012 et du 23 février 2014 portent la signature de l'expéditeur et du transporteur mais pas celles des destinataires attestant du transfert des biens en Estonie. En outre, les mentions sommaires de ces documents ne désignent pas le matériel pris en charge et ne comportent aucune référence aux factures de vente concernées par l'exonération de TVA.
11. S'agissant de la vente du 19 janvier 2015 au profit d'une société établie en Estonie, les documents de transport insuffisamment lisibles ne justifient pas du transfert du bien cédé.
12. Il en va de même de la vente du 8 septembre 2015 au profit d'une société établie en République Tchèque, le document de transport terrestre produit ne comportant aucune référence à la société Domino Sign et à la vente exonérée. Ainsi, l'existence d'un transfert du bien depuis la Corée vers la République Tchèque n'est pas démontrée.
13. Il résulte de l'instruction que la société Domino Sign a cédé le 31 mars 2016 à la société Mouse PS Eood établie en Bulgarie, une machine référencée #SC-16385 pour le prix de 62 500 euros. La machine achetée le 15 avril 2016 auprès du fournisseur coréen a été expédiée en France le 20 avril 2016 selon les mentions de la facture Fedex établie le même jour. La lettre de transport rédigée le 22 avril 2016 et signée par le transporteur, comporte la référence de la machine mais ne comporte pas la signature et le tampon du destinataire. Elle est ainsi insuffisante pour démontrer l'expédition du bien vers la Bulgarie.
14. Cependant les documents versés au dossier établissent le transport au départ de Corée et à destination de la Suède, des biens cédés le 12 février 2014 à la société Novalux Skylt AB et le 20 mars 2014 à la société Signtronic Produktion AB et achetés auprès du fournisseur coréen le 14 février 2014 et le 21 mars 2014. En effet, les factures émises par les sociétés de transport qui comportent les références des factures comptabilisées par la société Domino Sign justifient du transfert de ces biens depuis la Corée vers la Suède.
15. S'agissant des autres livraisons intracommunautaires pour lesquelles l'exonération a été remise en cause au titre de la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2013, la société Domino Sign ne verse au dossier aucun document de nature à établir la réalité du transfert physique des marchandises hors de France.
16. Il résulte de l'instruction que le tableau annexé aux propositions de rectification du 20 décembre 2016 et du 19 juillet 2017, fixant le montant et la liste des opérations exonérées remises en cause au titre de la période du 1er avril 2012 au 31 mars 2013, ne comporte pas de rappel concernant la vente du 27 avril 2012 pour le prix de 46 000 euros au profit de la société ABM Visual domiciliée au Danemark. Ainsi, même si l'administration cite cette opération dans les différents documents de procédure adressés à la société, elle n'a pas intégré le montant de cette vente dans la liste des rappels mis en recouvrement. Par suite, le moyen de la société dirigé contre ce rappel inexistant est inopérant.
17. Il résulte de ce qui précède que la société Domino Sign doit être déchargée des droits supplémentaires de TVA concernant les ventes du 12 février 2014 et du 20 mars 2014 au profit des sociétés Novalux Skylt AB et Signtronic Produktion AB établies en Suède. Par voie de conséquence, les pénalités mises à la charge de la société au titre de ces deux opérations doivent également être déchargées.
18. En revanche, eu égard au rejet de ses autres demandes, la demande de décharge des pénalités présentée par la société Domino Sign, en conséquence de la décharge des droits contestés doit être rejetée.
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La société Domino Sign est déchargée des droits supplémentaires de TVA concernant les ventes du 12 février 2014 et du 20 mars 2014 au profit des sociétés Novalux Skylt AB et Signtronic Produktion AB établies en Suède, et des pénalités correspondantes.
Article 2 :L'Etat versera à la société Domino Sign une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la SARL Domino Sign et à l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme A et Mme B, assesseurs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 202Le rapporteur,
C. A
Le président,
T. Pfauwadel
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026