jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003842 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ARBOR TOURNOUD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2020, M. C A B, représenté par la SELARL Arbor, Tournoud et associés, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er décembre 2014 au 31 décembre 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en utilisant une méthode basée exclusivement sur les frais de transport, l'administration n'a pas reconstitué les recettes ou les bénéfices selon la méthode la plus fidèle parmi celles dont elle pouvait disposer et elle est radicalement viciée dans son principe ;
- les poids des articles retenus ne sont pas ceux constatés dans l'entreprise et ne correspondent pas aux conditions particulières de l'exploitation ;
- l'estimation du nombre de produits vendus ne tient pas compte des accessoires,
notamment du poids des emballages et des cintres ;
- la méthode utilisée pour reconstituer les recettes n'est ainsi pas de nature, ni dans
son principe, ni dans ses modalités d'exécution, à apporter la preuve de l'insuffisance de chiffre
d'affaires alléguée, et encore moins du dépassement des limites de la franchise.
Par un mémoire enregistré le 5 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel, président ;
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;
- les observations de Me Hakkar, avocat de M. A B, qui reprend les moyens invoqués dans sa requête et relève en outre que le vérificateur a déterminé le poids total des marchandises achetées de façon erronée en multipliant le montant total facturé par le tarif au kilogramme du transporteur alors qu'il convenait de le diviser par ce tarif.
Une note en délibéré présentée pour M. A B a été enregistrée le 30 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B exerce une activité individuelle de vente au détail de textiles, habillement et chaussures sur les marchés et depuis le 1er mai 2015 également dans un magasin. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2014 et 2015, à l'issue de laquelle le vérificateur, estimant que celle-ci était irrégulière en la forme et dépourvue de valeur probante au fond, a procédé à une reconstitution extracomptable du chiffre d'affaires de l'entreprise. Le chiffre d'affaire reconstitué dépassant le plafond du régime de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sous lequel s'était placé M. A B, ce dernier s'est vu notifier des rappels de TVA de 576 euros pour le mois de décembre 2014 et de 7 414 euros pour 2015. Sa réclamation ayant été rejetée, M. A B demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.
2. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a relevé des irrégularités formelles dans la tenue des documents comptables de M. A B, savoir pour l'année 2014, l'absence de registre des achats, l'absence de factures d'achat, et pour l'année 2015, l'absence de registre des achats, de livre de recettes et de factures de transport, la présentation de seulement dix-neuf factures d'achat de vêtements, dont seulement trois, représentant un montant total HT de 1 130 euros, pour la période du 1er janvier au 7 septembre 2015. Le vérificateur a également relevé une incohérence au regard des recettes déclarées par le contribuable, celle-ci s'élevant à 5 365 euros pour 2014 et 8 680 pour 2015, inférieur au montant des frais de transport de 8152 euros en 2014 et 9 068 euros en 2015 et à celui du loyer de 10 288 euros en 2015, alors que les encaissements par carte bancaire entre le 27 juin et le 31 décembre 2015 se montent à 25 346 euros. Enfin, il a constaté que les achats et les frais de transport ont été intégralement payés en espèces, aucune dépense de cette nature n'ayant été enregistrée au débit de ses comptes bancaires. Dans ces conditions, c'est à juste titre que la comptabilité de M. A B a été considérée comme irrégulière en la forme et dépourvue de valeur probante au fond, et qu'il a été procédé à une reconstitution extracomptable du chiffre d'affaires de l'entreprise.
3. L'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires de l'entreprise à partir des frais de transport des marchandises achetées. L'agent vérificateur s'est fondé sur le montant des sommes facturées à M. A B communiqué par le seul transporteur identifié, soit 6 828 euros HT en 2014 et 7 324 euros HT en 2015, pour en déterminer, en multipliant ces chiffres par le tarif de 0,57 euros par kilogramme pratiqué par le transporteur, un poids total de marchandises transportées et donc achetées de 3 892 kg en 2014 et 4 174 kg en 2015. Le poids moyen d'un article ayant été estimé à 200 grammes, le nombre d'articles acheté a été fixé à 19 548 articles pour 2014 et 20 874 pour 2015. Le prix d'achat moyen de chaque article, de 5,07 euros selon les treize factures d'achats présentées, a été pondéré à 1,92 euros en fonction des volumes. A ces montants d'achats ont été appliqués un coefficient moyen de marge de 3 pour fixer le montant du chiffre d'affaires à 112 080 TTC, soit 93 400 HT au titre de l'année 2014, et à 120 234 TTC, soit 100 195 HT au titre de l'année 2015, supérieurs à la limite d'application du régime de la franchise en base de TVA de 82 200 euros.
4. M. A B soutient que la méthode de reconstitution est radicalement viciée dans son principe dès lors qu'elle a été effectuée à partir des frais de transport, et non des achats revendus et des marges de l'entreprise. Il soutient également que le poids moyen de 200 grammes par article retenu par le vérificateur correspond non pas à une valeur moyenne pondérée d'un échantillon représentatif des produits qu'il vend, mais à une valeur forfaitaire, choisie arbitrairement et sans référence aux conditions d'exploitation de l'entreprise.
5. D'une part, si l'administration avait connaissance par les factures présentées de l'identité de fournisseurs, de la nature d'articles achetés et de leur prix d'achat unitaire, l'absence de tenue et de présentation lors du contrôle d'un registre des achats ne permettait pas de vérifier que les émetteurs des factures présentées étaient les seuls fournisseurs de M. A B. En outre, le vérificateur a exercé un droit de communication auprès des douze fournisseurs mentionnés sur les factures d'achat présentées par le contribuable, mais seuls cinq d'entre eux ont répondu. L'administration ne pouvant ainsi avoir connaissance de l'intégralité des achats, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires qu'il propose aurait été plus fiable et plus précise.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction que le vérificateur a retenu le poids moyen de chaque article, en l'absence de données détaillées, après avoir relevé sur les factures d'achat présentées que M. A B achetait des chaussures et des vêtements plus lourds, mais aussi des articles plus légers tels que des foulards. Le requérant, qui n'a présenté aucune facture pour 2014, ne conteste pas que selon les factures présentées pour 2015, 92,08% du total des articles achetés en 2015 sont légers, à savoir 42,79% de foulards, 30,34% de sacs légers d'un prix compris entre 0,83 euros et 2 euros, 12,75% d'écharpes, 4,08% de caleçons et de 2,12% bandeaux, alors que les articles plus lourds ne représentent que 7,92 % des articles achetés, dont 0,46 % pour les manteaux, 1,36 % pour les pulls, 0,82% pour les vestes, 4,57 % pour les chaussures. Il ressort du calcul effectué par l'administration à partir des pourcentages précédents et application d'un poids de 1 200 g pour une paire de chaussures, 600 g pour un pull, 600 g pour une veste, 900 g pour un manteau, 500 g pour un sac de type " sac à main ", 120 g pour une écharpe, 100 g pour un sac léger de type " sac pochette ", 70 g pour un bandeau, 70 g pour un caleçon, 60 g pour un foulard, que le poids moyen pondéré d'un article acheté est de 151,3 g. Si le requérant soutient que le poids des vêtements et chaussures retenus par l'administration ne correspondraient pas aux conditions particulières de l'exploitation dès lors qu'ils n'ont pas été constatés dans l'entreprise mais reprennent ceux mentionnés sur le site internet de la Poste, il ne justifie pas, alors que la charge de la preuve lui incombe en application du deuxième alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dès lors que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, que le poids de chaque catégorie d'articles qu'il a vendus pendant la période considérée était supérieur à celui retenu par l'administration. Il ne justifie pas davantage que le poids total moyen pour chaque article dépasserait 200 g après prise en compte du poids des emballages et des cintres qui accompagneraient la livraison de certains vêtements. En outre, la détermination du poids des marchandises transportées en divisant le montant total facturé par le transporteur par le tarif de 0,57 euros au kilogramme aboutit à un chiffre d'affaires largement supérieur à celui obtenu, par une erreur de calcul, en le multipliant. La méthode de reconstitution du chiffre d'affaires n'étant ainsi ni radicalement viciée dans son principe ni excessivement sommaire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les chiffres d'affaires qu'il a réalisés en 2014 et 2015 étaient inférieurs à ceux retenus par l'administration fiscale ni à demander la décharge des rappels de TVA mis à sa charge.
7. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Permingeat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Bailleul
La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026