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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2203306

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2203306

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2203306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 31 mai 2022, le 5 juillet 2022 et le 10 mai 2023, M. B E, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 mars 2022 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a rejeté son recours en vue d'une offre d'hébergement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui proposer un hébergement dans un délai de 48 heures ou, à défaut, à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer sa demande dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet ne justifie pas de la composition régulière de la commission de médiation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit car il ne peut être refusé d'examiner la demande d'hébergement au seul motif que le demandeur est en situation irrégulière ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il est dans une situation de grande vulnérabilité.

Une mise en demeure a été adressée le 17 mars 2023 au préfet de l'Isère qui n'a pas produit d'observations.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 janvier 2022, M. E a déposé une demande en vue d'une offre d'hébergement auprès de la commission de médiation de l'Isère. Par une décision du 7 mars 2022, la commission a rejeté sa demande. M. E demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n°90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Enfin, aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. ".

3. En se bornant à soutenir qu'il incombera au préfet de justifier que la commission de médiation était régulièrement composée, M. E n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'apprécier quelle irrégularité de procédure a pu être commise.

4. M. E allègue que, faute pour la préfecture de justifier de l'acte de nomination du président de la commission de médiation de l'Isère, la décision doit être regardée comme ayant été édictée par une personne incompétente pour ce faire. La décision en litige, du 7 mars 2022, a été prononcée par une délibération de la commission de médiation de l'Isère réunie sous la présidence de M. D Balestas, son président. Par arrêté en date du 5 janvier 2021, librement accessible en ligne, le préfet de l'Isère a désigné M. Balestas président de la commission de médiation du département de l'Isère. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le signataire de la décision attaquée n'était pas régulièrement habilité.

5. Il résulte des dispositions des articles L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français.

6. Ainsi, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter français, ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf si des circonstances exceptionnelles justifient qu'il soit reconnu comme prioritaire et devant être hébergé en urgence.

7. Si le requérant soutient que la commission de médiation ne pouvait refuser d'examiner sa demande au seul motif qu'il était en situation irrégulière, la commission de médiation a pu se fonder, pour rejeter la demande d'hébergement sur l'insuffisance de garanties d'insertion dès lors que M. E dont les recours en vue de l'obtention d'un titre de séjour ont été rejetés et qui se maintient sans droit ni titre sur le territoire français, n'établit pas l'existence de garanties d'insertion et, par voie de conséquence, d'une circonstance exceptionnelle justifiant qu'il soit reconnu comme prioritaire et devant être hébergé en urgence, la commission de médiation n'a commis aucune erreur d'appréciation en rejetant sa demande alors que le requérant est célibataire, sans charge de famille et ne fait état d'aucun problème de santé particulier. Par conséquent, la commission de médiation de l'Isère a pu rejeter sa demande au motif qu'il ne présentait pas les garanties d'insertion suffisantes.

8. Par conséquent, la requête de M. E doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Vigneron et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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