lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303935 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juin 2023 et le 10 novembre 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 février 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son époux ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de faire droit à sa demande de regroupement familial et de délivrer à son époux un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation, le tout sous astreinte journalière de 200 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- la décision est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tiré de l'absence de l'avis du maire de la commune de résidence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues.
Par un mémoire enregistré le 25 août 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Isère fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridique totale par décision du 31 mai 2023.
Par ordonnance du 13 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 janvier 2024.
Le 20 mars 2024, le tribunal a demandé au préfet de l'Isère de transmettre l'avis que le maire de la commune de résidence de Mme C a formulé sur sa demande de regroupement familial au titre de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 avril 2024, Mme Letellier a lu son rapport. Me Provost, substituant Me Vigneron, a présenté des observations pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B épouse C, ressortissante marocaine, réside en France depuis 2005. Elle est titulaire d'une carte de résident de dix ans, valable jusqu'au 2 mai 2026. Le 20 avril 2022, elle a présenté une demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. C, alors présent en France. Par décision du 28 février 2023, le préfet de l'Isère a rejeté cette demande.
Sur les conclusions en annulation et en injonction :
2. Aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. / Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable. "
3. La consultation obligatoire du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement de l'étranger formulant une telle demande. Elle constitue ainsi une garantie instituée par le législateur et précisée par le pouvoir réglementaire sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'en l'absence d'avis explicitement formulé, cet avis soit réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative.
4. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, malgré la mesure d'instruction faite en ce sens, que le préfet aurait consulté pour avis le maire de la commune de résidence de Mme C, avant de rejeter la demande de regroupement familial présentée par celle-ci. L'absence de consultation du maire a privé l'intéressée d'une garantie dans l'instruction de sa demande de regroupement familial. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 28 février 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de regroupement familial.
6. Eu égard au motif qui la fonde, la présente annulation n'implique pas, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de l'Isère autorise le regroupement familial sollicité par Mme C, mais seulement qu'il procède à un réexamen de cette demande de regroupement familial dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées Me Vigneron sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er :La décision du préfet de l'Isère du 28 février 2023 est annulée.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de Mme C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 :Les conclusions Me Vigneron tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à Me Vigneron et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme B... qui sollicitait la suspension de saisies administratives à tiers détenteur émises pour le recouvrement de taxes foncières. La requérante invoquait l'urgence en raison de sa faible pension de retraite et un doute sérieux sur la légalité des saisies, notamment pour non-exigibilité d'une partie de la créance. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour Mme B... de justifier de conséquences graves liées à l'exécution des saisies. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
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