Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407201
jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407201 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, Mme E D, représentée par le cabinet de Me Borges de Deus Correia, sous administration assurée par Me Zaïem demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- la décision porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ; elle méconnaît l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2407200.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 8 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme A qui a prévenu les parties qu'elle envisageait d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à Mme D un titre de séjour à titre provisoire jusqu'au jugement au fond ;
- les observations de Me Cans, pour Mme D qui fait valoir à l'audience que la demande de carte de résident déposée sur l'ANEF a été clôturée le 4 octobre 2024 faisant naître une décision de rejet de cette demande à l'encontre de laquelle il convient de diriger les conclusions de la requête ; cette décision est entachée de l'incompétence de son auteur et est entachée des mêmes illégalités internes que la décision initiale, notamment au regard de l'article R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en tout état de cause un refus de prolongation d'instruction méconnaît également l'article R. 413-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de M. B, pour le préfet de l'Isère, qui explique à l'audience que la demande de titre de séjour sur l'ANEF a été clôturée dans la mesure où a été demandé un titre de séjour et non une carte de résident alors que la requérante entendait bénéficier d'une carte de résident ; compte tenu d'obstacles informatiques, il n'est pas en mesure de rectifier la demande de la requérante.
La clôture de l'instruction a été repoussée au 8 octobre 2024 à 17h.
Considérant ce qui suit :
1. Madame D, ressortissante philippine, est entrée en France en 2010, après avoir contracté mariage le 16 novembre 2009 avec son époux français. Elle a obtenu en dernier lieu une carte de résident de 10 ans valable jusqu'au 1er avril 2024. Elle a sollicité en janvier 2024 le renouvellement de sa carte de résident par le biais d'un courriel adressé à la préfecture selon les indications qui lui avaient été fournies. Ce courriel n'étant plus en service, elle a déposé sa demande sur le site de l'ANEF le 16 janvier 2024. Son dossier a été clôturé au motif qu'elle devait prendre rendez-vous sur le site de la préfecture afin de déposer sa demande de renouvellement de carte de résident. Elle a obtenu, après de nombreuses tentatives infructueuses, un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de sa carte de résident le 15 avril 2024 qui a été annulé en raison de dysfonctionnements en préfecture. Ses nouvelles tentatives de prise de rendez-vous n'ont pas abouties ensuite, compte tenu de la saturation des plages de rendez-vous ouvertes par la préfecture. En application de l'arrêté du 1er juillet 2024, les demandes de renouvellement de carte de résident relèvent, à compter du 4 juillet 2024, de la plateforme ANEF, de sorte que Mme D a déposé sa demande le 4 juillet 2024 sur le site de l'ANEF, sans qu'aucun document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour ne lui soit délivré. Le 4 octobre 2024, postérieurement à l'enregistrement de la présente requête, son dossier a de nouveau fait l'objet d'une clôture motif pris de ce que la requérante a déposé une demande de titre de séjour et non une demande de renouvellement de sa carte de résident. Mme D a entendu, à l'audience, diriger ses conclusions contre cette décision de rejet de sa demande de titre de séjour du 4 octobre 2024.
Sur la demande de suspension d'exécution :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. En l'espèce, Mme D a été maintenue depuis janvier 2024 en situation irrégulière du fait des nombreux dysfonctionnements dans le traitement de sa demande de renouvellement de carte de résident et alors qu'aucun document ne lui a été délivré pour justifier de la régularité de son séjour, plaçant la requérante dans l'impossibilité de voyager et créant une situation d'angoisse. Ainsi, la condition d'urgence est remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. La clôture du dossier de demande de titre de séjour de Mme D vaut refus de délivrance de ce titre de séjour. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 octobre 2024 refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme D. Il y a lieu de préciser que la requérante est invitée à déposer sur le site de l'ANEF et sans attendre une demande de renouvellement de sa carte de résident à laquelle elle a droit en vertu des dispositions de l'article R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions d'injonction :
6. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire jusqu'au jugement de fond, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution de la décision du 4 octobre 2024 du préfet de l'Isère est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 :L'Etat versera à Mme D une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le juge des référés,
J. A
Le greffier,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2407201
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