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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409324

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409324

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409324
TypeDécision
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantANGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 novembre 2024 et le 6 février 2025, Mme H G, représentée par Me Angot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer le titre sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 février 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 21 février 2025.

Un mémoire présenté pour Mme G le 21 février 2025 n'a pas été communiqué.

Une demande de pièce pour compléter l'instruction a été adressée le 11 mars 2025 afin de préciser la date d'installation de M. B F en qualité de directeur général de la police nationale à l'administration centrale du ministère de l'intérieur et la date d'installation de Mme E dans les fonctions de préfète de l'Isère.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère ;

- et les observations de Me Angot, représentant Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre à titre provisoire Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Mme G, ressortissante congolaise née en 1995, déclare être entrée en France en 2013. Le rejet de sa demande d'asile a été confirmé en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 30 août 2016. Par arrêté du 11 octobre 2016, le préfet du Val d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Mme G n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement. Le 14 avril 2021, elle s'est mariée avec un ressortissant français. Le 25 septembre 2023, elle a demandé son admission au séjour. La préfète de l'Isère a pris à son encontre, le 5 novembre 2024, un arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour d'une durée d'un an. Dans la présente instance, Mme G demande l'annulation de cet arrêté.

3. En vertu du deuxième aliéna du I de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements, en cas de vacance momentanée du poste de préfet, l'intérim est assuré par le secrétaire général de la préfecture.

4. L'arrêté attaqué du 5 novembre 2024 a été signé par Mme A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature de la part de M. B F, préfet de l'Isère, en date du 3 septembre 2024 et régulièrement publiée dans le recueil des actes administratifs du 12 septembre 2024. Or, M. B F a été nommé directeur général de la police nationale à compter du 4 novembre 2024, par un décret du 31 octobre 2024. Sa remplaçante, Mme I E, n'a été nommée que par un décret du 6 novembre 2024, publié au journal officiel le 7 novembre 2024. Une demande de pièce pour compléter l'instruction a été adressée à la préfète de l'Isère le 11 mars 2025 afin de préciser, notamment, la date d'installation de M. B F en qualité de directeur général de la police nationale à l'administration centrale du ministère de l'intérieur. La préfète de l'Isère, qui n'a pas répondu à cette demande de pièces, ne soutient pas que M. B F aurait été installé en qualité de directeur général de la police nationale à l'administration centrale du ministère de l'intérieur postérieurement au 6 novembre 2024. Ainsi, à la date de la décision attaquée, la délégation de signature antérieurement consentie à Mme A par le précédent préfet était nécessairement devenue caduque, du fait de sa nomination en qualité de directeur de la police nationale à compter du 4 novembre 2024. En outre, si le secrétaire général de la préfecture assure de plein droit l'administration du département pendant la période de vacance qui va du départ d'un préfet à l'installation de son successeur, alors même qu'il n'a pas reçu délégation de signature du préfet nouvellement nommé mais non encore installé, il résulte de l'instruction que ce dernier n'a accordé de délégation de signature à Mme C A J, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer toutes les correspondances et décisions relevant des attributions de sa direction que le 7 novembre 2024. Ainsi, Mme G est fondée à soutenir que l'arrêté du 5 novembre 2024 a été pris par une autorité incompétente.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme G est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Isère du 5 novembre 2024.

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé mais seulement qu'elle réexamine la demande de Mme G. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Isère de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement et de munir la requérante sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur son dossier. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que l'avocat de Mme G renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Angot. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme G par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à cette dernière.

D E C I D E :

Article 1er :

M. G est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Article 2 :

L'arrêté du 5 novembre 2024 est annulé.

Article 3 :

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme G dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement et de munir la requérante sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur son dossier.

L'Etat versera à Me Angot, avocat de Mme G, une somme de 900 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme G par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros lui sera versée.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme H G, à Me Angot et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Coutarel, première conseillère,

M. Deroleppot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe 27 mars 2025.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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