Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2507441
mardi 1 septembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2507441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SACHOT |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2025 et 5 juin 2026, M. B... A..., représenté par Me Sachot, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 31 mars 2025 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour le temps de l’instruction dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour le temps de l’instruction, dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’est pas établi que les médecins composant le collège ont signé l’avis et que le médecin ayant établi le rapport médical n’a pas siégé au sein du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- le droit d’être entendu tel qu’il résulte de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle revêt un caractère disproportionné ;
S’agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- le droit d’être entendu tel qu’il résulte de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Sachot, représentant M. A...,
- et celles de M. A..., entendu en français.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant somalien né le 2 février 1995, est entré en France le 8 juin 2016 muni de son passeport. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 19 octobre 2017 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 8 octobre 2018. Après avoir bénéficié de plusieurs titres de séjour délivrés sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile compte tenu de son état de santé, il en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 31 mars 2025, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (…) ».
Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A..., le préfet de la Loire-Atlantique s’est notamment fondé sur l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 10 octobre 2024 selon lequel, si l’état de santé de l’intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins lui permettre de voyager vers son pays d’origine afin d’y bénéficier effectivement d’un traitement approprié eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Somalie.
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui est entré en France en 2016, souffre de schizophrénie paranoïde, pour laquelle il bénéficie d’un suivi médical régulier depuis 1998 et reçoit un traitement médicamenteux composé de lévomépromazine (nozinan), de quiétapine (xeroquel), de tropatépine (lepticure) et d’injections tous les quinze jours de zypadhera (olanzapine). Les médecins psychiatres qui suivent l’intéressé attestent par divers certificats contemporains à la date de l’arrêté en litige qu’à la suite de plusieurs hospitalisations en urgences psychiatriques et en raison d’un suivi régulier médical, son équilibre psychique a été stabilisé grâce au traitement médicamenteux adapté et qu’un changement dans la délivrance de ce traitement et l’organisation de son suivi entraînerait des risques pour sa stabilité. M. A... conteste l’existence d’un traitement approprié et d’un suivi adapté eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Somalie. Il produit, au soutien de ses dires, une attestation d’un psychiatre, établie postérieurement à la date de l’arrêté en litige, selon laquelle, en l’état des connaissances de ce professionnel, les traitements médicamenteux de fond prescrits pour le requérant ne sont pas disponibles en Somalie et des documents publics émanant d’Amnesty International en 2023 et du ministère des affaires étrangères français en 2025, selon lesquels l’accès à des soins de qualité n’est pas garanti à la population, en raison notamment de ce que l’approvisionnement en médicaments, même courants, n’est pas assuré. En outre, il verse aux débats des échanges par courrier électronique avec un laboratoire pharmaceutique qui confirment que le nozinan et le lepticure ne sont pas commercialisés en Somalie. Si le préfet fait valoir que, bien que les molécules composant le traitement de M. A... ne sont pas disponibles dans son pays d’origine, elles sont substituables par d’autres qui y sont accessibles, il ressort des pièces du dossier que le requérant s’est vu délivrer, depuis son arrivée en France en 2016, plusieurs titres de séjour sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que la délivrance du dernier de ces titres a fait suite à un avis du collège des médecins de l’OFII du 18 septembre 2023 aux termes duquel, l’offre de soins et les caractéristiques du système de santé en Somalie ne permettaient pas à M. A... de bénéficier d’un traitement approprié. Alors que la contestation de M. A... sur la possibilité de bénéficier d’un traitement approprié en Somalie à la date de l’arrêté en litige est sérieuse et étayée et est de nature à remettre en cause l’appréciation du collège des médecins de l’OFII du 10 octobre 2024, le préfet se fonde exclusivement sur la liste des médicaments essentiels en Somalie établie en 2019 pour justifier le non-renouvellement du titre de séjour du requérant, pourtant délivré régulièrement depuis la même année. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en refusant de renouveler son titre de séjour.
Dans ces conditions, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour en qualité d’étranger malade, ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Compte tenu du motif d’annulation de la décision attaquée, l’exécution du présent jugement implique nécessairement le renouvellement du titre de séjour de M. A... en qualité d’étranger malade. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A... la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an prévue à l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai qu’il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant, dès cette notification, d’une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, le conseil du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Sachot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à ce conseil de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er :
L’arrêté du 31 mars 2025 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 :
Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A... la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an prévue à l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dès cette notification, d’une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 :
L’Etat versera à Me Sachot la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Sachot.
Délibéré après l’audience du 27 août 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Heng, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2026.
La présidente-rapporteure,
M.-P. Allio-Rousseau
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,
M. Barès
La greffière,
B. Gautier
La République mande et ordonne au le préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2025 et 5 juin 2026, M. B... A..., représenté par Me Sachot, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 31 mars 2025 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour le temps de l’instruction dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour le temps de l’instruction, dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’est pas établi que les médecins composant le collège ont signé l’avis et que le médecin ayant établi le rapport médical n’a pas siégé au sein du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- le droit d’être entendu tel qu’il résulte de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle revêt un caractère disproportionné ;
S’agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- le droit d’être entendu tel qu’il résulte de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Sachot, représentant M. A...,
- et celles de M. A..., entendu en français.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant somalien né le 2 février 1995, est entré en France le 8 juin 2016 muni de son passeport. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 19 octobre 2017 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 8 octobre 2018. Après avoir bénéficié de plusieurs titres de séjour délivrés sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile compte tenu de son état de santé, il en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 31 mars 2025, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (…) ».
Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A..., le préfet de la Loire-Atlantique s’est notamment fondé sur l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 10 octobre 2024 selon lequel, si l’état de santé de l’intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins lui permettre de voyager vers son pays d’origine afin d’y bénéficier effectivement d’un traitement approprié eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Somalie.
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui est entré en France en 2016, souffre de schizophrénie paranoïde, pour laquelle il bénéficie d’un suivi médical régulier depuis 1998 et reçoit un traitement médicamenteux composé de lévomépromazine (nozinan), de quiétapine (xeroquel), de tropatépine (lepticure) et d’injections tous les quinze jours de zypadhera (olanzapine). Les médecins psychiatres qui suivent l’intéressé attestent par divers certificats contemporains à la date de l’arrêté en litige qu’à la suite de plusieurs hospitalisations en urgences psychiatriques et en raison d’un suivi régulier médical, son équilibre psychique a été stabilisé grâce au traitement médicamenteux adapté et qu’un changement dans la délivrance de ce traitement et l’organisation de son suivi entraînerait des risques pour sa stabilité. M. A... conteste l’existence d’un traitement approprié et d’un suivi adapté eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Somalie. Il produit, au soutien de ses dires, une attestation d’un psychiatre, établie postérieurement à la date de l’arrêté en litige, selon laquelle, en l’état des connaissances de ce professionnel, les traitements médicamenteux de fond prescrits pour le requérant ne sont pas disponibles en Somalie et des documents publics émanant d’Amnesty International en 2023 et du ministère des affaires étrangères français en 2025, selon lesquels l’accès à des soins de qualité n’est pas garanti à la population, en raison notamment de ce que l’approvisionnement en médicaments, même courants, n’est pas assuré. En outre, il verse aux débats des échanges par courrier électronique avec un laboratoire pharmaceutique qui confirment que le nozinan et le lepticure ne sont pas commercialisés en Somalie. Si le préfet fait valoir que, bien que les molécules composant le traitement de M. A... ne sont pas disponibles dans son pays d’origine, elles sont substituables par d’autres qui y sont accessibles, il ressort des pièces du dossier que le requérant s’est vu délivrer, depuis son arrivée en France en 2016, plusieurs titres de séjour sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que la délivrance du dernier de ces titres a fait suite à un avis du collège des médecins de l’OFII du 18 septembre 2023 aux termes duquel, l’offre de soins et les caractéristiques du système de santé en Somalie ne permettaient pas à M. A... de bénéficier d’un traitement approprié. Alors que la contestation de M. A... sur la possibilité de bénéficier d’un traitement approprié en Somalie à la date de l’arrêté en litige est sérieuse et étayée et est de nature à remettre en cause l’appréciation du collège des médecins de l’OFII du 10 octobre 2024, le préfet se fonde exclusivement sur la liste des médicaments essentiels en Somalie établie en 2019 pour justifier le non-renouvellement du titre de séjour du requérant, pourtant délivré régulièrement depuis la même année. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en refusant de renouveler son titre de séjour.
Dans ces conditions, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour en qualité d’étranger malade, ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Compte tenu du motif d’annulation de la décision attaquée, l’exécution du présent jugement implique nécessairement le renouvellement du titre de séjour de M. A... en qualité d’étranger malade. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A... la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an prévue à l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai qu’il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant, dès cette notification, d’une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, le conseil du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Sachot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à ce conseil de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er :
L’arrêté du 31 mars 2025 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 :
Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A... la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an prévue à l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dès cette notification, d’une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 :
L’Etat versera à Me Sachot la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Sachot.
Délibéré après l’audience du 27 août 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Heng, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2026.
La présidente-rapporteure,
M.-P. Allio-Rousseau
L’assesseur le plus ancien
dans l’ordre du tableau,
M. Barès
La greffière,
B. Gautier
La République mande et ordonne au le préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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