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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501792

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501792

mercredi 12 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501792
TypeDécision
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2025, M. C B, représenté par Me Gerin demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

M. B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Bourion, première conseillère, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourion, magistrate désignée,

- les conclusions de Me Gerin, représentant M.B.

Il soutient qu'il n'a pu déposer de demande de renouvellement de titre de séjour, que concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant a été méconnu et que concernant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée de défaut de base légale et que la durée de 3 ans est disproportionnée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h15.

Considérant ce qui suit :

1. M.B, ressortissant comorien, né en 1991, qui déclare être entré en France en 1998 à l'âge de 7 ans avec sa mère et ses deux frères se maintient depuis l'expiration de son dernier titre de séjour le 25 octobre 2023, irrégulièrement sur le territoire français. Il demande l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, M. A soutient qu'il vit en France depuis l'âge de 7 ans, soit depuis 26 ans, que toute sa famille réside sur le territoire français, qu'il a travaillé à Marseille pendant 2 ans, avant de rejoindre la mère de son enfant à naître en juillet de cette année et qu'il est parent d'une enfant de 12 ans avec son ex-compagne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, se maintient sur le territoire français en situation irrégulière depuis fin 2023, sans établir les démarches de demandes de rendez-vous qu'il aurait effectuées auprès de la préfecture. S'il fait valoir qu'il est en couple avec sa compagne qui attendrait un enfant, il n'apporte au dossier aucun élément tendant à attester ses dires. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Isère aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

2. En outre, s'il déclare être intégré professionnellement, il ne l'établit pas. Dans ces conditions. M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

3. En second lieu, il soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et que l'intérêt de l'enfant à naître est méconnu. Toutefois, s'agissant de l'enfant à naître, dès lors que la décision en litige a été édictée antérieurement à la naissance de l'enfant, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

4. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne peut être annulée par voie de conséquence.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

6. L'examen de la situation de M. B révèle une présence habituelle en France depuis plus de 20 ans. Il s'est ainsi nécessairement forgé des liens personnels et familiaux intenses. S'il est père d'une fille de 12 ans, dont la charge est confiée à la mère, il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cette enfant. En outre, il a subi une peine d'emprisonnement de 10 mois en 2015 en raison de violences commises sur la mère de son enfant. Il ne conteste pas en outre avoir été incarcéré à de multiples reprises entre 2013 et 2017 pour des faits de violences en réunion, violences avec armes, menaces de mort et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Il a en outre été interpelé le 17 janvier 2025 pour de nouveaux faits de violences conjugales envers sa compagne enceinte de 5 mois. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, la préfète de l'Isère a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Me Gerin, M. C B et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.

La magistrate désignée,

I. BOURION

L La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°250179

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