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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2503227

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2503227

vendredi 4 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2503227
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGERIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée le 25 mars 2025 sous le n°2503227, Mme C A, représentée par Me Gerin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 mars 2025 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes.

Elle soutient que :

- elle n'a pas sollicité l'asile auprès des autorités allemandes ;

- la décision en litige ne tient pas compte de l'état de santé de son époux ;

- elle n'a pas refusé d'exécuter la décision lors de son entretien, mais a seulement fait part de son souhait de voir sa demande d'asile examinée en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II) Par une requête, enregistrée le 25 mars 2025 sous le n°2503228, M. D A, représenté par Me Gerin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 mars 2025 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes.

Il soutient que :

- il n'a pas sollicité l'asile auprès des autorités allemandes ;

- la décision en litige ne tient pas compte de son état de santé ;

- il n'a pas refusé d'exécuter la décision lors de son entretien, mais a seulement fait part de son souhait de voir sa demande d'asile examinée en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Villard, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2025 à 14h :

- le rapport de M. Villard ;

- et les observations de Me Gérin, représentant M. et Mme A, en présence de Mme B,interprète, qui soulève à l'audience les moyens tirés du défaut de motivation des arrêtés attaqués, de leur absence de notification dans une langue qu'ils comprennent, de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement du 26 juin 2013, et de l'erreur de fait.

La clôture d'instruction a été prononcée à 14h25 à l'issue de l'audience en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1.Mme C A et M. D A, couple de ressortissants kosovares nés respectivement le 5 août 1969 et le 27 mai 1958, déclarent être entrés en France le 2 décembre 2024 et ont présenté une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Isère le 20 janvier 2025. La consultation du fichier Visabio a révélé le même jour qu'ils sont titulaires d'un visa délivré par les autorités allemandes et valables du 30 août 2023 au 29 août 2025. Le 27 janvier 2025, les autorités françaises ont saisi les autorités allemandes de demandes de reprise en charge sur le fondement du 2. de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, lesquelles ont explicitement accepté ces demandes le 30 janvier 2025. La préfète du Rhône a pris le 18 mars 2025 un arrêté portant remise aux autorités allemandes de M. et Mme A, chacun en ce qui le concerne, ces décisions ayant été notifiées aux intéressés le même jour. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de ces arrêtés de transfert.

2.Les requêtes susvisées portent sur la situation d'un couple de ressortissants étrangers et demandent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3.En premier lieu, les arrêtés en litige énoncent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et permettent aux intéressés de les contester utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4.En deuxième lieu, en tout état de cause, il ressort de l'acte de notification des arrêtés attaqués que celle-ci a été réalisés par l'intermédiaire d'un interprète. La seule circonstance que cette notification ait été effectué par voie téléphonique n'est pas de nature à établir qu'elle n'aurait pas été réalisée dans une langue que les intéressés comprennent. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

6.Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A se sont vus remettre, le 20 janvier 2025, à l'occasion de leur entretien individuel, les deux brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " rédigées en albanais, langue qu'ils ont déclaré comprendre. Ces brochures contiennent l'ensemble des informations prescrites par les dispositions du paragraphe 1 de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile doit être écarté.

7.En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

8.Il ressort des pièces du dossier, et notamment du cachet apposé sur le résumé des entretiens en cause, que les entretiens dont ont bénéficié M. et Mme A le 20 janvier 2025 a été mené par un agent de la direction de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Isère affecté au guichet unique pour demandeur d'asile. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale doit être regardée comme apportant la preuve que les entretiens en cause ont été menés par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013. Par ailleurs, il ressort du résumé des entretiens en cause que M. et Mme A ont bénéficié, lors de leur entretien individuel, des services d'un interprète en albanais. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

9.Aux termes de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'Etat membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () ". Aux termes du 1. de l'article 13 du même règlement : " Lorsqu'il est établi [] que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière ". Aux termes du 1. de l'article 14 de ce règlement : " 1. Lorsqu'un ressortissant de pays tiers ou un apatride entre sur le territoire d'un État membre dans lequel il est exempté de l'obligation de visa, l'examen de sa demande de protection internationale incombe à cet État membre.

10.La circonstance que M. et Mme A n'aient pas déposé de demande d'asile en Allemagne est sans incidence sur la légalité des décisions contestées, qui sont fondées sur les dispositions précitées du 2. de l'article 12 du règlement du 26 juin 2013 et non sur celles de son article 13 . De plus, il ressort des pièces du dossier que les autorités allemandes ont bien délivré à M. et Mme A un visa de court séjour valable du 30 août 2023 au 29 août 2025, les ressortissants kosovares n'étant exemptés de cette obligation que depuis le 1er janvier 2024. Cette circonstance, qui n'est pas entachée d'erreur de fait, suffit donc à fonder légalement la responsabilité des autorités allemandes dans l'examen de leur demande d'asile ainsi que les arrêtés en litige ordonnant leur remise à ces autorités.

11.En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

12.Si les requérants font valoir que M. A souffre d'une " maladie grave et nécessitant des soins urgents et immédiats ", en l'occurrence une dyspnée et une anémie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier en Allemagne de soins adaptés et du suivi nécessaire à son état de santé et que le transfert n'aurait pas lieu dans des conditions permettant de sauvegarder de manière appropriée et suffisante son état de santé.

13.Enfin, la circonstance que les intéressés se seraient opposés lors de leur entretien à leur transfert vers l'Allemagne est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

14.Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés en litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D A, et au ministre en charge de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.

Le magistrat désigné,

N. VILLARD

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre en charge de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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