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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2507527

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2507527

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2507527
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVIGNERON

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 17 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé un titre de séjour à M. B, étudiant étranger, et l'a obligé à quitter le territoire. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant, qui a formé son recours au fond le 19 juillet 2025, n'a justifié d'aucune circonstance particulière rendant nécessaire une intervention rapide du juge des référés, malgré sa situation de précarité administrative et financière. En conséquence, la requête a été rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2025, M. A B, représenté par Me Vigneron, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder, à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère :

* à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

* à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

* dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Vigneron sur le fondement des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que aux entiers dépens.

Il soutient que :

* la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a formé une demande de renouvellement de titre de séjour le 24 août 2023 et la dernière attestation de prolongation d'instruction qui lui a été délivrée a expirée le 8 octobre 2024 ; sa demande de titre de séjour ayant été rejetée, il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour et ne peut plus travailler ; il ne peut plus passer de concours ni poursuivre ses études ; il vit sur le territoire depuis plus de douze ans ; il se trouve dans une situation de précarité financière et administrative ; il est dans l'impossibilité de mener à bien son projet de thèse ;

* il existe différents moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :

o le signataire de l'acte ne disposait pas de la compétence nécessaire ;

o l'arrêté est insuffisamment motivé ; ses échecs au cours de son parcours universitaire et à l'examen au CRFPA ne suffisent pas à motiver la décision contestée ; l'arrêté ne prend pas en compte sa progression ni le caractère particulier de l'examen d'entrée au CRFPA ;

o il méconnaît le droit à être entendu prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observation avant l'édiction de la décision attaquée ; il souhaitait faire valoir des éléments tenant à l'existence de sa vie privée et familiale en France ainsi que sa progression dans ses études et sa poursuite notamment via l'inscription en doctorat ;

o il méconnaît les disposition de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il est entaché d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; la préfète ne peut motiver son arrêté par l'absence de progression et l'échec du requérant alors qu'il a obtenu une licence et deux masters ; pour apprécier le caractère réel et sérieux de ses études, la préfète a en réalité fait une application mécanique de la circulaire du 7 octobre 2008 destiné à s'appliquer aux étudiants étrangers inscrits en cursus LMD ( licence-master-doctorat) ; ces dispositions ne sauraient s'appliquer à l'examen d'entrée au CRFPA ; la décision ne tient pas compte de la particularité de son parcours ;

o il méconnaît les disposition de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dés lors que le requérant souhaite poursuivre son projet d'étude par la réalisation d'une thèse ;

o il est entaché d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il vit sur le territoire depuis douze ans ; il s'est intégré et a forgé des attaches solides ; en raison de la longueur de voyage, son chat, âgé de douze ans, risque de subir un stress qui lui causerait une détresse psychologique intense ;

o la décision portant obligation de quitter le territoire est illége par voie de conséquence de l'illégalité du rejet de la demande de titre de séjour ; elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de la motivation lacunaire et stéréotypée de la décision attaquée ;

o elle est entachée d'une méconnaissance des stipulation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o la décision fixant le pays de destination est illégalité par voie de conséquence tirée de l'illégalité du rejet de la demande de titre de séjour ;

o elle est entachée d'une méconnaissance des stipulation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

* la requête n°257526, enregistrée le 19 juillet 2025, par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

* la charte des droits fondamentaux ;

* la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

* le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. B ressortissant turc est entré en France en 2013. Il a disposé d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'en octobre 2023. Il a demandé le renouvellement de ce titre de séjour en août 2023. Le 27 mars 2024, il lui a été délivré une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 26 juin 2024 et une seconde valable jusqu'au 8 octobre 2024. Sa demande de titre a finalement été rejetée le 17 février 2025. Cette décision est également assortie d'une obligation de quitter le territoire.

5. Pour justifier l'urgence, M. B soutient sa demande de titre de séjour allant été rejetée, il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour et ne peut plus travailler, qu'il ne peut plus passer de concours ni poursuivre ses études, qu'il vit sur le territoire depuis plus de douze ans, qu'il se trouve dans une situation de précarité financière et administrative, qu'il est dans l'impossibilité de mener à bien son projet de thèse, qu'il est parfaitement intégré et s'est nécessairement forgé des attaches solides, que le 23 avril 2024, il est devenu acquéreur de l'appartement où il a vécu en tant que locataire, qu'exécuter l'obligation de quitter le territoire dans les délais impartis le conduirait à quitter le domicile où il a vécu pendant plusieurs années, que son chat est âgé et ne peut plus supporter de déplacements.

6. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / (). ".

7. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le dépôt par le requérant, le 19 juillet 2025, d'un recours en annulation dirigé contre les décisions du 17 février 2025 par lesquelles la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, fait à ce jour obstacle à son éloignement effectif et suspend ainsi, par lui-même, l'exécution de ces décisions. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions n'ayant aucun objet, elles sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

8. Par ailleurs, en ce qui concerne l'arrêté par lequel la préfète de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, il ressort des écritures du requérant qu'il a reçu notification, le 25 février 2025, de la décision contestée du 17 février 2025. Alors que sa requête au fond à l'encontre de cette décision sera examinée dans le courant du dernier trimestre 2025, M. B, qui a attendu le 19 juillet 2025, pour déposer sa requête en référé, fait valoir qu'il est dans l'impossibilité de mener à bien son projet de thèse, qu'il remplit parfaitement les conditions de délivrance du titre de séjour dont il sollicite le renouvellement et que le comportement de la préfète de l'Isère le fait basculer du séjour régulier vers le séjour irrégulier. Toutefois, dans les conditions qui viennent d'être rappelées, alors que les conditions de séjour de l'intéressé sont inchangées depuis le 25 février 2025, que des titres de séjour étudiant ne permettent pas de s'installer durablement sur le sol français, que son inscription en doctorat ne semblait pas être un élément connu de la préfecture de l'Isère, alors que l'intéressé avait fait valoir, pour justifier sa demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant, qu'il était inscrit à l'examen d'entrée au CRFPA, M. B ne justifie pas d'une urgence à statuer dans les quinze jours sur le refus de renouvellement de son titre de séjour. En l'état de l'instruction, la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Vigneron.

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère

Fait à Grenoble, le 25 juillet 2025.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 25075272

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