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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203131

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203131

mercredi 23 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL EDEN AVOCATS ROUEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, qui contestait la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre l'ajournement de sa demande de naturalisation. Le tribunal a rappelé que la décision ministérielle s'était substituée à la décision préfectorale, rendant inopérants les moyens dirigés contre cette dernière. Sur le fond, il a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que M. B ne justifiait pas d'une assimilation suffisante à la communauté française, notamment en raison de connaissances lacunaires sur l'histoire et la culture françaises, en application des articles 21-24 du code civil et 37 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2022, M. A B, représenté par Me Mahieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation°;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2'000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'entretien d'assimilation est partial et a été retranscrit de manière lacunaire, ce qui l'a privé d'une garantie ;

- la décision préfectorale n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;

- la décision préfectorale est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a pu citer Voltaire et Dalida ;

- la décision préfectorale est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- sa décision s'est substituée à la décision préfectorale ; donc les moyens dirigés contre cette décision sont inopérants ;

- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2025 :

- le rapport de M. Jégard,

- et les observations de Me Pavy substituant Me Mahieu, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au tribunal d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours dirigé contre la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi la requête doit-elle être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre la décision préfectorale sont-ils inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle':

3. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / A l'issue du contrôle de son assimilation, l'intéressé signe la charte des droits et devoirs du citoyen français. Cette charte, approuvée par décret en Conseil d'Etat, rappelle les principes, valeurs et symboles essentiels de la République française ". L'article 21-25 du même code énonce : " Les conditions dans lesquelles s'effectuera le contrôle de l'assimilation et de l'état de santé de l'étranger en instance de naturalisation seront fixées par décret'".

4. Selon l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, applicable à la date de la décision attaquée : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / () / 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le demandeur ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du demandeur qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial ; / c) A l'exercice de la citoyenneté française : il est attendu du demandeur qu'il connaisse les principaux droits et devoirs qui lui incomberaient en cas d'acquisition de la nationalité, tels qu'ils sont mentionnés dans la charte des droits et devoirs du citoyen français ; / d) A la place de la France dans l'Europe et dans le monde : il est attendu du demandeur une connaissance élémentaire des caractéristiques de la France, la situant dans un environnement mondial, et des principes fondamentaux de l'Union européenne. / Les domaines et le niveau des connaissances attendues sont illustrés dans un livret du citoyen, disponible en ligne, dont le contenu est approuvé par arrêté du ministre chargé des naturalisations. Il est élaboré par référence aux compétences correspondantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture mentionné au premier alinéa de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation ". Selon l'article 41 de ce décret : " () / Lors d'un entretien individuel et après réception des enquêtes prévues à l'article 36, l'agent vérifie l'assimilation du demandeur à la communauté française, selon les critères prévus par l'article 21-24 du code civil et établit un compte rendu de l'entretien°".

5. Le compte rendu d'entretien d'assimilation mené à la préfecture de la Seine-Maritime le 10 juin 2021 ne reproduit pas les réponses données par M. B aux questions qui lui ont été posées mais est une synthèse de ces réponses rédigées par l'agent qui a mené l'entretien. Cette synthèse ne permet pas de se rendre compte des réponses exactes apportées par le postulant. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir l'intéressé, les seules citations de ses réponses sont rédigées de manière empreinte de glottophobie, l'agent ayant voulu mettre en exergue l'accent du postulant. Eu égard au manque d'impartialité et d'exhaustivité de ce compte rendu, M. B est fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien tel qu'il est prévu par les dispositions citées au point 4. La procédure doit donc être regardée comme ayant été conduite sans un véritable entretien, méconnaissant ainsi une garantie pour le postulant. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure est fondé et est donc de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte':

7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. B, après un nouvel entretien, dans un délai de six mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais d'instance soient versés à l'avocat de M. B, qui n'est pas partie à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation présentée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de statuer à nouveau sur la demande de naturalisation de M. B, après un nouvel entretien, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2025.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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